Scène 1 : Intro et générique
La pièce débute sur une musique
douce (suggestion : Jaurane sur son album " 16mm "). Gaston,
le concierge, passe la vadrouille. Sur le mur du fond qui est blanc,
on projette les diapositives du générique qui présentent
le titre et le nom des comédiens. Lorsque le générique
est terminé, on entend un bruit. Ça cogne à la
porte. Gaston va pour ouvrir. Ça cogne encore de plus belle.
Gaston : Les nerfs, les nerfs, j'arrive !
Gaston prend ses clés et débarre
la porte. Jérémie entre, suivi de Myriam, Justine, Olivier,
Béatrice, Érika et Amélie Tanguay.
Jérémie : Enfin ! Y'était temps
! (En voyant Gaston) Vous êtes qui vous ?
Jérémie vient pour entrer.
Gaston : Votre concierge, Gaston. Celui qui vous
ramasse ! Est-ce que vos souliers sont propres ?
Myriam : Ben oui !
Gaston : Je veux être certain. Je viens de
finir de passer la moppe pis quand vous allez jouer dans les champs
vos souliers sont crottés.
Amélie Tanguay : On ne revient pas des champs.
Gaston : Je ne prends pas de chance, allez vous secouer
les pieds !
Les jeunes retournent se secouer les pieds.
Gaston : Vous le direz aux autres.
Les jeunes reviennent et se dirigent vers la scène.
Myriam s'assoit un peu en retrait des autres. Elle sort un gros livre
de son sac et commence à le lire. Elle va le lire tout le reste
de la scène et une partie de la prochaine.
Jérémie : Je suppose que Luc n'est
pas arrivé.
Gaston : Y a appelé pour dire qu'il va être
en retard.
Érika : Y'est jamais à l'heure. Notre
atelier commence à10h30 pis lui, y arrive toujours à
10h32. Je perds deux minutes de mon atelier à chaque semaine.
Justine : Tu perds rien pantoute. On finit toujours
dix minutes plus tard.
Gaston : Y a dit de vous asseoir et de l'attendre.
Je pense qu'il n'a pas fini d'écrire votre pièce de
théâtre. Y manquait d'idées.
Justine : Luc ne manque jamais d'idées, voyons
!
Béatrice : Moi, ça ne me surprend pas.
Je l'ai rencontré dans la rue cette semaine. Y avait l'air
fatigué. Y m'a dit qu'il n'arrivait pas à trouver un
sujet pour notre pièce.
Jérémie : Moi, j'ai reçu un
courriel bizarre de sa part plein de questions existentielles dans
le genre " Est-il possible de créer quelque chose de nouveau
alors que tant de pièces ont été écrites,
tant de choses dites ? Dans cette cacophonie, peut-être vaudrait-il
mieux que je me taise ".
Gaston : Y a juste les artistes pour se poser des
questions de même. Qu'il l'écrive sa pièce, c'est
tout !
Érika : Toi, Gaston, quelles sortes de questions
que te poses-tu? Tu dois être le genre à te demander
si ta bagnole va partir demain matin.
Gaston : Moi, je suis un gars pratique.
Justine : Luc a raison de se questionner. Y a tellement
de gens qui écrivent des histoires totalement vides et pas
intéressantes du tout. Luc veut créer du nouveau, ce
n'est pas facile ça.
Jérémie : Du nouveau, du nouveau !
C'est n'importe quoi. Moi, je veux faire du théâtre.
On a rien qu'à jouer une pièce déjà écrite,
du Molière, du Shakeaspeare !
Olivier : Eurk ! Pas du Molière.
Béatrice : Luc a dit qu'il était un
créateur, pas un imitateur.
Amélie Tanguay : J'aime ses pièces,
ça nous ressemble et en même temps, ça ressemble
à rien d'autres. Je ne vois pas pourquoi il capote.
Gaston : Qu'est-ce que tu veux ? Des artistes, il
faut que ça capote. C'est dans eux autres. Je le sais. Ça
fait quinze ans que je fais le ménage ici. Je peux vous dire
que j'en ai vu de toutes les couleurs. Y ont tous leurs p'tites manies.
Pour certains, ça leur prend leur p'tit verre de Scotch avant
d'entrer en scène. Y en a d'autres qui doivent faire une heure
de yoga avant leur spectacle.
Olivier : Du yoga ?
Gaston : C'est pour la concentration.
Amélie Tanguay : Ah oui ! Luc nous dit toujours
: Soyez concentré avant d'entrer en scène.
Gaston : Justement, je vais vous demander de rester
concentré sur vos bancs et d'attendre Luc bien sagement. Je
dois finir mon ménage.
Jérémie : On est toujours sage !
Gaston : Sauf quand vous êtes tannants ! Pis
n'oubliez pas de dire aux autres de se secouer les pieds.
Tous les jeunes ensemble : Oui Gaston !
Gaston quitte la scène en passant la vadrouille.
Scène 2 : Les autres arrivent.
Kim arrive du côté de la porte. Elle
regarde les autres.
Kim : J'imagine qu'il n'est pas encore arrivé
?
Olivier : On ne peut rien te cacher.
Kim : Je vais demander à ma mère de
faire une plainte.
Justine : Aie ! Ne fais pas ça. Luc, c'est
le meilleur prof de théâtre.
Amélie Tanguay : On ne le sait pas. On n'en
a jamais eu d'autres.
Jérémie à Justine : Tu
prends toujours sa défense. En tant que chouchou, t'as ben
raison.
Justine : Chouchou, moi ?
Jérémie : Oui ! Chouchou !
Érika : C'est vrai que t'as souvent les meilleurs
rôles, Justine.
Justine : J'apprends mes textes, moi. On ne peut
pas dire ça de tout le monde.
Justine porte un regard accusateur à Jérémie.
Jérémie : Les textes, c'est accessoire.
Au théâtre, c'est l'énergie qui compte. Moi, j'ai
de la présence. Je ne récite pas mes textes toujours
sur le même ton.
C'est maintenant Jérémie qui porte
un regard accusateur à Justine. Celle-ci est un peu froissée.
Justine : Tu sauras que j'ai gagné le concours
d'art oratoire de l'école. On ne gagne pas ça en parlant
toujours sur le même ton.
Jérémie : Ça ne compte pas,
Luc était un des trois juges.
Justine : Ah ! En tout cas ! J'espère que
je n'aurai pas de scène avec toi. Je déteste ça
pratiquer avec quelqu'un qui ne connaît pas son texte.
Béatrice : Là-dessus, on est obligé
de lui donner raison.
Alicia et Audrey-Anne entrent à leur tour.
Alicia : Excusez-moi, est-ce que c'est bien ici pour
les cours de théâtre ?
Olivier : Est-ce que vous vous êtes secoués
les pieds avant d'entrer ?
Alicia : Euh non !
Olivier : Ben allez-y sinon le concierge ne sera
pas content.
Alicia est un peu frustrée par cet accueil,
mais elle retourne quand même se secouer les pieds. Elle amène
sa sur par la main. Les autres en profitent pour parler dans son dos.
Kim : Une bum qui vient au théâtre !
Béatrice : C'est qui elle ?
Amélie Tanguay : C'est Alicia Tremblay-Levasseur.
Elle est dans ma classe. Pis l'autre, c'est sa p'tite sur. Vous êtes
mieux de vous tenir tranquille, parce qu'elles ne se laissent pas
marcher sur les pieds. La p'tite est pire que la grande.
Érika : Ah non ! Des baveuses au théâtre.
C'est plate !
Justine : Ben quoi ! Le théâtre, c'est
pour tout le monde. Elles ont le droit de s'exprimer aussi.
Jérémie : Bof ! Je suis certain qu'elles
ne termineront même pas la session.
Alicia et Audrey-Anne reviennent.
Alicia d'une manière un peu sèche
: On voudrait s'asseoir !
Spontanément Amélie Tanguay et Érika
cèdent leur place. Alicia et Audrey Anne s'assoient. Pendant
ce temps, Olivier fouille dans le gros coffre. Il en sort une perruque
qu'il se met sur la tête.
Olivier : Salut gang !
Il se promène devant tout le monde en faisant
le comique.
Justine : Olivier ! Remets ça à sa
place ! Luc ne veut pas qu'on fouille dans le coffre sans son autorisation.
Jérémie qui nargue Justine :
Luc ne veut pas qu'on fouille dans le coffre. Laisse-le donc faire
! Y nous fait rire ! Y fait son Olivier Guimont. S'ils ne veulent
pas que personne touche au coffre, pourquoi y ne mettent pas un cadenas
dessus ?
Olivier en remet. Béatrice va à
son tour piger dans le coffre pour en sortir une vieille robe. Elle
est bientôt suivie par Érika et tous les autres, sauf
Justine bien entendu et Myriam qui se demande ce qui se passe. Tout
le monde se promène sur la scène avec un morceau de
costume. Amélie Savard-Brunelle, Maude et Annabelle arrivent
à ce moment précis.
Amélie Savard : Aie ! Qu'est-ce que vous faites
?
Olivier : Ben, Luc n'est pas arrivé. Fa qu'on
s'amuse en attendant.
Annabelle et Maude : Cool !
Amélie Savard-Brunelle, Maude et Annabelle
viennent pour aller au coffre, mais Gaston surgit des coulisses.
Gaston : Qu'est-ce qui se passe ici ?
Érika : On ne fait rien de mal. On joue avec
les costumes.
Gaston : Je vous ai demandé de rester assis
tranquille. Remettez les costumes dans le coffre tout de suite.
Jérémie : C'est beau.
Justine : Je vous l'avais dit hein !
Les jeunes remettent les costumes et accessoires
dans le coffre.
Gaston : Est-ce que tout le monde s'est secoué
les pieds avant d'entrer ?
Annabelle : Non !
Gaston : Ben, allez-y tout de suite.
Amélie Savard-Brunelle, Maude, Annabelle
ainsi que Kim sortent pour aller se secouer les pieds.
Kim à Gaston : Ils ne me l'ont pas
dit !
Jérémie : On l'a oublié !
Alicia : Vous ne l'avez pas oublié pour nous
autres par exemple.
Gaston : Là, tâchez de rester calme
et de vous trouver des activités intelligentes.
Amélie Tanguay : Des activités intelligentes
?
Gaston : Oui, je dois finir mon ménage au
plus vite. Y a des gens importants qui viennent ici cet après-midi.
Alicia : Est-ce que les gens importants secouent
leurs pieds avant d'entrer ?
Gaston pour éviter de répondre :
Bon, je vais aller finir mon ouvrage.
Il sort de scène. Les quatre filles parties
se secouer les pieds reviennent.
Amélie Tanguay : Il faut maintenant se trouver
une activité intelligente.
Oliver : Je le sais. On joue à la claque virtuelle.
Annabelle, Kim, Jérémie, Érica
et les deux Amélie : Ah non !
Audrey-Anne : C'est quoi ça la claque virtuelle
?
Jérémie : C'est le jeu préféré
de Luc.
Béatrice : Ça l'air niaiseux, mais
c'est un très bon réchauffement. C'est un peu comme
si on se passait un ballon imaginaire. Une première personne
a le ballon. Pour le lancer, elle tape dans ses mains vers la personne
qui reçoit. Celui ou celle qui reçoit doit taper dans
ses mains pour montrer qu'elle l'a bien reçu. Et quand elle
veut le lancer, elle retape dans ses mains vers une autre personne.
L'important, c'est de bien se regarder dans les yeux.
Audrey-Anne : Je ne comprends pas trop.
Béatrice : On va te donner un exemple. J'ai
le ballon. Je tape dans mes mains vers Olivier.
Olivier à Audrey-Anne : Je reçois
le ballon et je te l'envoie.
Audrey-Anne reçoit le ballon.
Béatrice : Maintenant, tu l'envoies à
quelqu'un d'autre. Ça doit se faire le plus rapidement possible.
Il paraît que les improvisateurs professionnels font cet exercice
avant d'entrer en scène.
Audrey-Anne envoie le ballon à sa sur Alicia
qui le renvoie à Béatrice, puis à Jérémie,
à Maude, à Amélie Savard-Brunelle, à Érika,
à Amélie Tanguay. Tout d'un coup, Xavier entre et fait
semblant d'intercepter le ballon. Il le capture en tapant dans ses
deux mains.
Xavier : Et le joueur intercepte le ballon.
Tous les autres se retournent vers lui pour lui
dire : Xavier, va secouer tes pieds.
Xavier : Pas besoin. J'y avais pensé. Je l'ai
déjà fait.
Xavier regarde tout le monde quelques instants.
Xavier : Luc n'est pas là ?
Kim : Il est encore en retard.
Amélie Tanguay : C'est bien la première
fois que t'arrive avant lui. 10h45, t'es en avance. Je me demande
bien quelle raison tu vas nous donner cette fois.
Xavier : Je me suis encore couché tard parce
que je voulais écouter un film de monstres qui passait à
une heure du matin.
Érika : Xavier et les films de monstres, une
histoire d'amour. C'était bon au moins ?
Xavier : Incroyable ! C'était King Kong contre
Jaws.
Amélie : Qui a gagné ?
Xavier : Aucun, l'armée les tue tous les deux
à la fin. Dommage ! Quand je vais être plus grand, je
vais faire un film où c'est les monstres qui gagnent et l'armée
qui perd.
Kim : C'est bien d'avoir des buts dans la vie.
Scène 3 : Le livre de théâtre
Xavier : Vous étiez en train de jouer à
la claque virtuelle quand je suis entré. Maintenant, c'est
moi qui ai le ballon. Attention ! Je vais le lancer.
Xavier lance le ballon à Justine, puis
à Annabelle, puis à Jérémie qui essaie
de le lancer à Myriam. Mais, celle-ci est plongée dans
son livre.
Jérémie : Myriam, Myriam !
Myriam : Euh ! Quoi ! Qu'est-ce qui se passe ?
Jérémie : On joue à la claque
virtuelle. Je veux te lancer le ballon.
Myriam : Ça ne m'intéresse pas. Jouez
sans moi.
Annabelle : C'est quoi le livre que tu lis ?
Myriam : C'est un livre que j'ai emprunté
à la bibliothèque. Ça s'appelle l'Encyclopédie
illustrée de l'histoire du théâtre : de la préhistoire
à nos jours.
Xavier : Avec un titre pareil, ça doit être
complet.
Justine : Ça l'air très intéressant.
Myriam : Je ne peux pas le lâcher.
Jérémie : Ma photo doit être
quelque part dans ce livre-là.
Myriam : Oui, je l'ai vue. Attends un p'tit peu.
Myriam cherche dans le livre.
Myriam : Voilà, j'ai trouvé. Tu es
le premier sur la liste des plus mauvais acteurs de l'histoire du
théâtre.
Les autres partent à rire.
Jérémie : Très drôle.
Myriam : C'est écrit entre parenthèse
: célèbre pour son rôle du bossu de Notre-Dame
parce qu'il n'avait pas besoin de costume ni de maquillage.
Les autres se remettent à rire.
Amélie Savard-Brunelle : La grande gueule
à Jérémie se fait remettre à sa place.
Jérémie : Bon, bon, c'est correct.
Olivier : Y parles-tu des comédies musicales
là-dedans ?
Myriam : Y parle de tout ce qui a rapport avec le
théâtre.
Olivier : Parce que, moi, j'aimerais ça jouer
dans une comédie musicale.
Béatrice : Je me suis toujours demandé
quand est-ce que les gens ont commencé à faire du théâtre
?
Myriam : Dans le livre, y disent que le théâtre
est né en même temps que l'humanité.
Alicia : Tu veux dire que les hommes préhistoriques
faisaient du théâtre.
Myriam : Bien sûr, les premières représentations
ont eu lieu autour du feu le soir alors que nos ancêtres mimaient
des scènes de chasse.
Xavier : Ça veut dire que les premières
pièces, c'était des histoires de monstres.
Kim : Tu dois être content.
Xavier : Attendez, je vais vous imiter le théâtre
préhistorique.
Xavier va fouiller dans le gros coffre.
Justine : On ne peut pas fouiller dans le coffre.
On s'est fait avertir.
Xavier : Laisse-moi donc faire !
Xavier revient en avant avec un chapeau de fourrure
sur la tête et un petit bâton qui représente un
couteau. Il lève le couteau dans les airs. Il prend un air
solennel.
Xavier : Tuer ou ne pas tuer le mammouth, telle est
la question. Ah ! Comme la neige a neigé ! Viens ma Délima,
allons nous réfugier dans ma caverne chauffée à
la bi-énergie. Je t'emmènerai ensuite faire un tour
de ptérodactyle.
Les autres se mettent à rire.
Amélie Tanguay : T'es un peu fou Xavier.
Béatrice : Je dirais que c'est du théâtre
PRESQUE historique.
Olivier : Madame fait de l'esprit.
Jérémie : Tu ferais mieux de remettre
le matériel dans le coffre avant que Gaston te voie.
Xavier en se dirigeant vers le coffre : C'est
sévère pour rien ici.
Myriam : C'est certain qu'on ne sait pas ce que les
hommes préhistoriques faisaient autour du feu. On peut juste
le supposer. La première histoire écrite remonte seulement
à trois mille ans avant Jésus-Christ. C'est l'épopée
de Gilgamesh (prononcer Guilgamèche).
Alicia : De qui ?
Myriam : Gilgamesh.
Amélie : J'avais compris Gilligan (prononcer
Guiligane).
Myriam : Gilgamesh était une sorte de Hercule
des premières civilisations. Sa légende s'est transmise
de père en fils. Bien des gens l'ont contée, bien des
gens l'ont probablement jouée.
Alicia : Je n'avais jamais réalisé
que le théâtre existe depuis si longtemps.
Béatrice : On se pense bien important comme
comédien, mais dans le fond, c'est les histoires qui restent.
Ceux qui les jouent sont oubliés.
Myriam : C'est un peu comme une course à relais
où l'on se passe le flambeau de génération en
génération.
Béatrice : Qui peut nommer un acteur ou une
actrice des années 1800 ? Personne. Mais, on a tous déjà
entendu parler de Cyrano de Bergerac.
Jérémie : Certain, y reste juste à
côté de chez-nous.
Béatrice : T'es un p'tit comique, toi.
Jérémie : Ça devenait pas mal
trop profond à mon goût.
Olivier : C'est vrai que ça manque d'action
un peu.
Alicia : Je trouve ça super intéressant.
Je voudrais connaître la suite.
Justine, Annabelle, Amélie Tanguay : Moi-aussi.
Myriam : Le premier vrai théâtre, c'est
le théâtre grec.
Scène 4 : Le téléphone d'Annabelle
Tout d'un coup, on entend un téléphone
cellulaire. C'est celui d'Annabelle.
Annabelle : Oups ! Excusez-moi !
Annabelle sort son téléphone et
répond. Les autres jeunes la regardent, surpris.
Annabelle : Oui allo ! Salut Roxanne Ça va
pas pire Non, c'est pas vrai. Justin Nadeau s'est fait suspendre de
l'école pour une semaine parce qu'il fumait dans les toilettes
T'as raison, j'ai bien fait d'avertir la surveillante Y nous achalle
tout le temps. Ça va y apprendre. Je suis bien contente.
Alicia qui l'interrompt : On ne t'a pas appris
que c'était impoli de parler au téléphone devant
les autres. Tes histoires ne nous intéressent pas. Va donc
plus loin !
Annabelle à Roxanne : Attend-moi un p'tit
peu. (À Alicia) T'es donc ben bête toi !
Érika : C'est vrai que c'est pas mal énervant.
Annabelle : Bon ! C'est correct !
Annabelle s'avance sur le bord de la scène.
Elle continue à parler au téléphone, mais on
ne l'entend plus. L'attention reste sur le groupe.
Alicia : Enfin ! On a la paix.
Érika : Je ne suis pas certaine. Au moins
quand on l'entend, on sait qu'elle ne nous parle pas dans le dos.
Alicia : Je n'avais pas pensé à ça.
Audrey-Anne : Comment a-t-elle fait pour avoir un
téléphone cellulaire ?
Maude : C'est un cadeau de son oncle qui travaille
là-dedans.
Kim : Ses parents sont d'accords ?
Maude : Annabelle fait ce qu'elle veut avec ses parents.
Annabelle fait ce qu'elle veut avec tout le monde.
Érika : Où est-ce qu'à prend
l'argent pour se payer ça ?
Maude : Il faut dire qu'elle l'utilise juste le soir
et la fin de semaine. Pis avec l'argent qu'elle gagne en gardant des
enfants, elle peut se le permettre.
Amélie Tanguay : Je ne sais pas si je confierais
mes enfants à une gardienne qui parle toujours au téléphone.
Jérémie : Comme quoi la technologie
n'est pas toujours bénéfique !
Érika : Courez aux abris ! La commère
du quartier a un téléphone cellulaire.
Les jeunes continuent à discuter entre
eux, mais on ne les entend plus. L'attention revient vers Annabelle.
Olivier sort de scène. Il s'en va regarder par la fenêtre
pour voir si Luc arrive.
Annabelle : Il faut que je t'en conte une bonne.
Devine qui s'est inscrit au théâtre ? Alicia Tremblay-Levasseur
pis sa soeur. C'est rendu qu'on a des bums au théâtre.
Elle a déjà commencé à me baver. Il faut
que je trouve un moyen de m'en débarrasser Qui est-ce qui crie
en arrière ? Quoi ? Je n'entends rien. Ton père veut
que tu raccroches. (La ligne a été coupée). Allo
Allo Roxanne ! Ben voyons, y s'énerve pour rien son père.
On ne parle pas tant que ça.
Annabelle range son téléphone et
retourne vers le groupe.
Xavier : Et puis Annabelle, peux-tu nous faire un
résumé des dernières rumeurs ?
Annabelle : Pas grand chose de nouveau. Justin Nadeau
s'est fait suspendre de l'école et y paraît que le prof
d'éduc a pogné un ticket de vitesse.
Jérémie : C'est ça qui arrive
quand on s'achète une grosse corvette rouge.
Amélie Savard-Brunelle : Voyons, qu'est-ce
qu'il fait, Luc ? En arrivant en retard comme ça, il n'agit
pas comme un professionnel.
Annabelle : Je peux l'appeler avec mon téléphone.
Kim : Est-ce que t'as son numéro ?
Jérémie : Justine doit le savoir par
cur. Elle l'appelle à toutes les semaines pour lui téter
les meilleurs rôles.
Justine : Ah ! Ah !
Annabelle : Pas besoin, je l'ai programmé.
J'ai juste à faire la composition automatique.
Annabelle se met en retrait pour appeler Luc.
Olivier revient en vitesse.
Olivier : Je viens de voir Luc passer en auto.
Béatrice : T'es certain !
Olivier : Oui, je connais bien l'auto de Luc, c'est
une Escort 93 verte rouillée.
Maude : Il est passé tout droit ?
Olivier : Ça ben l'air.
Amélie Tanguay : Est-ce qu'il était
avec quelqu'un ?
Olivier : Avec une fille, une blonde.
Xavier : Ben non, sa blonde est brune.
Oliver : Je suis certain que c'était une blonde.
Amélie Tanguay : Ça veut dire que Luc
trompe sa blonde.
Xavier : Luc trompe sa blonde brune avec une blonde.
Annabelle revient à ce moment.
Annabelle : Ça ne répond pas chez lui.
Kim : C'est certain. Olivier vient de le voir passer
en auto avec une nouvelle blonde.
Xavier : Et on ne sait pas si la brune est au courant.
Annabelle : Wow ! Un nouveau potin. Je vais aller
raconter ça à mes amis.
Érika : Pas trop vite. C'est pas sûr.
Annabelle ne l'entend pas. Elle continue à
signaler. On la voit parler, mais on n'entend rien.
Érika : Tu parles d'une mémère.
On n'est même pas certain.
Justine : Tu dois t'être trompé Olivier.
Olivier : Non, je suis certain.
Kim : Ça veut dire qu'on va niaiser encore
longtemps.
Béatrice : J'ai une idée. On se fait
une petite partie d'impro en attendant.
Jérémie et Érika disent "Oui!".
Les autres font "Bof!" ou "Non!".
Béatrice : Tant qu'à rien faire.
Maude : On joue toujours à l'école
!
Alicia : On pourrait peut-être regarder la
suite du livre de Myriam.
Justine : Ça, c'est une bonne idée.
Xavier, Maude et Érika expriment également
leur approbation. Annabelle revient dans le groupe à ce moment.
Alicia : On est à un cours de théâtre,
parlons théâtre.
Xavier : Myriam ! Où en étions-nous?
Myriam : Au théâtre grec.
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