Une autre pièce de théâtre
Scènes 5 à 7

Scène 5 : Le théâtre grec

Alicia : Oui, Myriam, parle-nous du théâtre grec.

Myriam : Disons que c'était très différent du théâtre qu'on connaît.

Amélie Tanguay : Comment ça ?

Myriam : Tout d'abord, les comédiens portaient des masques et de grandes robes blanches. En plus, tous les personnages étaient joués par des hommes.

Érika : Même les rôles de femme.

Myriam : Même les rôles de femme.

Amélie Savard : Mes parents sont allés plusieurs fois en Grèce et ils ont visité une ancienne agora. C'était une salle de théâtre en plein air de forme ronde. La scène et les bancs étaient tous fabriqués en pierre.

Justine : Le son devait être excellent.

Myriam : Le théâtre grec était vraiment bizarre. J'ai lu quelques extraits. Ce n'est pas simple. Je ne comprends pas trop. Il y a des personnages qu'on appelle le chur.

Audrey-Anne : Le chur ?

Jérémie : Coudonc, vous ne connaissez rien. Le chur, c'est un groupe de comédiens qui présente la pièce, qui fait le lien entre les scènes ou qui raconte certains passages pour aller plus vite. On voit ça aussi dans le théâtre classique.

Myriam : En plus, plusieurs pièces ont été écrites en vers, comme des poèmes.

Alicia : Ça devait être superbe. Du théâtre avec des répliques qui riment.

Oliver : Ça devait être endormant.

Érika : Ben, moi, j'aimerais ça l'essayer. On pourrait monter une tragédie grecque.

Alicia : Oui, c'est une bonne idée.

Érika : On n'a pas besoin des adultes. On met en scène notre propre pièce. Il me semble qu'on a des tuniques et des masques dans le coffre.

Justine : On ne peut pas fouiller dans le coffre. Le concierge nous surveille.

Alicia : Laisse-faire le concierge, j'en fais mon affaire.

Alicia et Érika vont fouiller dans le coffre. Audrey-Anne va les rejoindre.

Alicia à Audrey-Anne : Qu'est-ce que tu veux ?

Audrey-Anne : Je veux être avec toi ?

Alicia : Tu me déranges, on prépare une pièce.

Audrey-Anne : Je vais la préparer avec toi.

Alicia : Bon OK. Mets cette tunique-là.

Alicia enfile la tunique à Audrey-Anne. Pendant ce temps, Érika lance une tunique à Amélie Tanguay et une autre à Kim.

Kim : Je n'ai pas le goût de faire du théâtre grec.

Amélie Tanguay : Moi non plus.

Érika : Arrêtez de chigner, on a besoin de comédiens. À partir de maintenant, le théâtre grec est joué par les femmes.

Alicia : Venez, on va se faire un caucus.

Alicia, Érika, Audrey-Anne, Kim et Amélie Tanguay restent en arrière pour leur caucus. On ne les entend pas.

Béatrice : Plutôt surprenante la p'tite bum. Elle aime le théâtre rimé.

Xavier : Peut-être que ce n'est pas une bum pour vrai, peut-être qu'elle joue le rôle d'une bum dans la vie de tous les jours. Peut-être que c'est une grande comédienne.

Le téléphone d'Annabelle sonne. Elle s'avance pour répondre.

Annabelle : Allo Roxanne Ben, oui, c'est vrai. Notre prof de théâtre trompe sa femme. C'est une certitude. Olivier l'a vu passer en voiture. Probablement qu'ils s'en allaient au motel. Tu parles d'une histoire. Notre prof nous laisse tomber pour une aventure amoureuse. On aura tout vu.

Érika : On est prêtes.

Annabelle : Faut que je te laisse, on se fait des petits spectacles en attendant.

Annabelle se tasse et les cinq filles du caucus prennent le devant de la scène. Bien sûr, elles font face au public. Les autres restent en arrière à regarder le spectacle. Ils ne doivent pas bouger afin de ne pas déranger le déroulement du sketch.

Pour le sketch, Érika devient le roi Minos, Amélie Tanguay, la reine Pénélope, Alicia, le prince Hyppolite, Kim, la belle Hélène, bien-aimée du prince et Audrey-Anne, la servante Phèdre. Les rôles peuvent être interchangés au besoin. Tous les personnages ensemble forment le chur. Ils portent chacun un demi-masque et une toge blanche. Le roi Minos a une petite épée en plastique à la ceinture. Il faut aussi une petite table, un banc ou une chaise pour déposer des objets.

Le jeu des comédiens doit être très gros. C'est une satire des tragédies grecques. On peut également appuyer sur les rimes.

Le chur :
Tu as de la chance, ô spectateur.
Devant toi va se dérouler.
Une tragédie d'une grande splendeur
Que tu ne pourras oublier.

L'histoire commence dans un château
Dans l'antique ville d'Athène
Où règne Minos, un roi costaud
Sur le point d'affronter une grande peine.

Le chur se dissout, le roi Minos reste seul.

Minos : Le soleil se couche sur mon empire, que j'ai mis tant d'années à bâtir.

Le prince Hyppolite surgit.

Hyppolite : Mon père, pardonnez-moi d'interrompre vos pensées, j'ai quelque chose d'important à vous demander.

Minos : Vas-y mon fils bien-aimé à qui je ne peux rien refuser.

Hyppolite : J'ai maintenant l'âge de me marier et j'ai trouvé chaussure à mon pied.

Minos : Quel est le nom de cette chaussure ? Est-ce une bonne pointure ?

Hyppolite : On ne peut guère trouver mieux, c'est Hélène, la fille d'Égé le courageux.

Minos : Désolé, mon fils, je ne pourrais te plaire, Égé le courageux est un adversaire. Depuis longtemps, il rêve de pouvoir et il ferait n'importe quoi pour l'avoir. Et je vois dans cette ridicule liaison, une manuvre subtile pour pénétrer en ma maison.

Hyppolite : Mais Hélène est une fille super, qui est en chicane avec son père.

Minos : Il en est hors de question. Je n'ai pas de risque à prendre. Il faudra que tu te fasses une raison. Ne m'importune plus avec cette demande.

Minos quitte aussitôt la scène.

Hyppolite : Ô Minos, quel père cruel es-tu. J'aurais ma revanche le temps venu.

Hélène arrive.

Hélène : Mon bel Hypplolite adoré, quelle réponse t'a-t-il donnée ?

Hyppolite : Comme nous l'avions prévu, il m'a exprimé un refus. Est-ce que tu as trouvé le liquide que je t'avais demandé ?

Hélène sort un flacon contenant du jus de raisin.

Hélène : Voilà le fameux poison qui nous apportera la libération.

Hélène dépose le flacon sur une petite table ou une chaise.

Hyppolite : Je le ferai boire à mon paternel et nous pourrons vivre un amour éternel.

Phèdre, la servante se pointe.

Phèdre : Pardon monsieur, je dois vous prévenir. Dans vos appartements, quelqu'un veut s'introduire.

Hyppolite : Un espion à la solde de mon père. Courons surprendre cette vipère.

Hyppolite et Hélène sortent de scène rapidement en oubliant le poison. Phèdre reste seule.

Phèdre : Toujours en train de courir. Je sens que cela va mal finir.

On entend la voix de la reine Pénélope.

Pénélope : Phèdre ma servante, où es-tu cachée ? Il faut que je boive, je suis assoiffée. Apporte-moi de ce vin que j'ai demandé d'acheter ce matin.

Phèdre : Je n'ai pas eu le temps de faire cette commission, vite, il faut trouver une solution.

Phèdre aperçoit le flacon de poison oublié sur la table.

Phèdre : Voilà un vin qui tombe à point. Prenons-en un peu, elle n'y verra que du feu.

Pénélope arrive avec une coupe à la main.

Pénélope : Où est mon fils ? Où est mon mari ? Ne voient-ils pas que je m'ennuie. Alors ce vin, c'est pour demain ?

Phèdre prend le flacon de poison et en verse à sa maîtresse.

Phèdre : Je vous en verse à l'instant et j'espère qu'il saura vous plaire. Je vous quitte immédiatement, j'ai beaucoup de ménage à faire.

Phèdre s'en va en laissant le flacon sur la table.

Pénélope : Je suis toujours seule, personne ne veut jouer avec moi au Scrabble.

Tout d'un coup, Pénélope se prend la gorge.

Pénélope : Je me sens défaillir, je crois que je vais m'évanouir.

Alors Pénélope est prise de spasmes violents. Elle s'écroule et meurt d'une façon très exagérée. Hyppolite et Hélène reviennent et découvrent le cadavre.

Hyppolite : Ô ciel, mère, que lui est-il arrivé ? Peut-être est-elle tombée ?

Pénélope en montrant le flacon : J'ai bien peur qu'elle ait ingurgité le poison que nous avons oublié.

Hyppolite : Je mérite l'enfer. J'ai tué ma propre mère.

Minos surgit à ce moment.

Minos : Traître, j'ai entendu, tu as tué ma femme et tu vas mourir sous le coup de ma lame.

Minos sort son épée.

Hyppolite en se jetant au pied de son père: Pitié, ce n'était qu'un accident. Croyez-moi, je suis repentant.

Minos : Hyppolite, tu es un hypocrite.

Hyppolite qui se relève : Minos, vous êtes un albinos.
Minos : Qu'est-ce que tu dis ? Abruti !

Hyppolite : Désolé, il fallait que ça rime, ce n'est que de la frime.

Minos : Tu as vécu en rimant, tu vas mourir en rimant.

Minos plante son épée dans le corps de son fils. En fait, il la met sous le bras d'Hyppolite. Celui-ci meurt d'une manière spectaculaire, l'épée toujours sous le bras.

Hélène : Qu'avez-vous fait ? Vous êtes un homme mauvais !

Minos : Tu as raison. J'ai eu tort. J'ai tué mon garçon. Je mérite la mort.

Minos retire l'épée qui était sous le bras d'Hyppolite.

Minos : Je remets mon âme aux dieux en espérant qu'ils soient miséricordieux.

Minos se plante l'épée dans le corps (en fait, sous le bras) et s'effondre.

Hélène : Oh mon Hyppolite, tu es parti trop vite. Sans ta présence, ma vie n'a plus aucun sens. Grâce à ce poison très fort, je vais te rejoindre dans la mort.

Hélène boit le poison et meurt à son tour. Phèdre revient.

Phèdre : Tiens, ils se sont entretués. J'en suis débarrassée. La fortune et la gloire me sourient enfin. Cela mérite un bon verre de vin.

Phèdre boit le poison et trépasse elle aussi. Elle tombe sur le tas.

Les autres jeunes qui regardaient la scène applaudissent spontanément. Érika se lève, enlève son masque et s'adresse à Alicia.

Érika : Est-ce que t'as déjà fait du théâtre ?

Alicia : Non, mais ça faisait longtemps que je voulais en faire.

Érika : Je pense que t'as bien fait de t'inscrire. T'es pas mal bonne.

Alicia : Merci.

Érika, Alica, Audrey-Anne, Kim et Amélie Tanguay vont remettre leur costume dans le coffre. Amélie Savard et Maude viennent sur le bord de la scène pour parler à part des autres.

Amélie Savard : Maude, tu m'inquiètes. Il me semble que t'as l'air bizarre. Depuis qu'on est arrivé, t'as pas beaucoup parlé. Qu'est-ce qu'il y a ?

Maude : Rien !

Amélie Savard : Non, ça fait trop longtemps que je te connais. Je le sais qu'il y a quelque chose.

Maude : Ben, je ne peux pas t'en parler. Ce n'est pas certain.

Amélie Savard : Ne me dis pas que tes parents se divorcent.

Maude : Non, c'est autre chose. Je vais pouvoir te le dire plus tard.

Amélie Savard : Bien, tu me le diras quand tu seras prête. En attendant, essaye de t'amuser.

Maude : Je vais essayer.

 

Scène 6 : La commedia dell'arte

Béatrice : Moi, aussi je veux jouer dans un sketch. Myriam, trouve-moi un thème.

Myriam : Je pourrais vous parler de la commedia dell'arte (comédia delle arté).

Justine : Ah Oui ! Je connais ça la commedia dell'arte. J'ai fait une recherche là-dessus l'an passé.

Xavier : Est-ce que c'est un mot italien ?

Myriam : Exactement. C'est un théâtre qui nous vient de l'Italie du seizième siècle. C'est un théâtre de foire qui se jouait dans la rue.

Xavier : Cool, un théâtre où on peut faire la foire !

Justine : Tout le monde connaît le personnage de Pierrot.

Les autres : Oui !

Justine : C'est un personnage de la commedia dell'arte, tout comme Harlequin, Colombine, Polichinelle et Pantalon.

Myriam : Encore là, on jouait avec des masques. Le plus capoté, c'est qu'il n'y avait pas de texte écrit. Les comédiens improvisaient à partir d'un canevas.

Jérémie : C'est parfait pour moi, ça.

Béatrice : Super, on fait de l'impro à partir des personnages de la comédie de l'arté.

Justine la reprend avec un petit accent italien : La commedia dell'arte !

Béatrice : C'est ça que j'ai dit.

Myriam : Je vais vous présenter les personnages comme il faut. Tout d'abord, il y a Pantalon : un vieux riche ridicule qui garde tout son argent pour lui.

Olivier se met à marcher comme un vieillard, penché et les jambes écartées.

Justine : Olivier, tu serais parfait pour faire Pantalon.

Oliver va dans le coffre pour se trouver des accessoires.

Justine : Ça nous prend maintenant une Colombine.

Myriam : Colombine est belle, intelligente et pleine d'énergie.

Annabelle : Je veux faire Colombine, je suis belle, intelligente et pleine d'énergie.

Érika : On va dire, oui.

Justine : C'est bien, si tu veux, tu peux la faire.

Annabelle va se chercher des accessoires.

Justine : Ça nous prendrait maintenant un Harlequin.

Myriam : Harlequin est le valet de Pantalon. Il est gentil, généreux, mais un peu simple d'esprit.

Amélie Savard : Maude pourrait le faire.

Maude : C'est un rôle de gars.

Amélie Savard : Ce n'est pas grave, c'est du théâtre.

Maude : C'est correct d'abord.

Maude va se chercher des accessoires.

Justine : Ça nous prend un valet astucieux. C'est Brighella

Myriam : Brighella est moins connu, mais très utile. C'est lui qui vient résoudre les situations.

Béatrice : Je vais jouer le rôle de Brigitta.

Justine, toujours avec son accent italien : Brighella.

Béatrice : Bon, bon. Je vais aller voir si je peux trouver un masque.

Myriam : Moi, je me garde le Doctor.

Justine : Le Doctor est un homme qui se croit important et qui aime beaucoup parler de ses exploits et de ses connaissances. Il marche le torse bombé. Un peu comme Jérémie.

Jérémie : Ah ! Ah !

Myriam : Je m'en vais me préparer.
Myriam marche vers le coffre, le torse bombé.

Justine : Je vous donne une idée de départ : Pantalon veut marier Colombine et Harlequin cherche un moyen de l'en empêcher.

Les comédiens choisis le sketch vont un bref caucus.

Annabelle qui s'avance : Nous sommes prêts.

Justine : Allez-y !

Pour que cela soit plus simple, nous allons utiliser les noms des personnages de la commedia dell'arte.

Colombine est seule.

Colombine : Quelle merveilleuse journée ! Je vais en profiter pour prendre des couleurs.

Pantalon arrive. Harlequin, caché en arrière, observe la scène.

Colombine : Monsieur Pantalon, quel bon vent vous amène ?

Pantalon : Douce Colombine, comme votre peau est radieuse.

Colombine : Vous donnez des compliments avec une générosité qui me surprend, monsieur Pantalon. Vous le faite sûrement dans un but précis.

Pantalon : Comme vous êtes perspicace ma chère. Je serais donc économe de mes mots. Je vais directement à ma demande : Voulez-vous m'épouser ?

Colombine : Vous épouser, pour quelles raisons ?

Pantalon : Parce que je vous aime et que je suis un homme important, estimé de tous et très "riche".

Colombine : Oui, vos arguments portent à réflexion. Je suis prête à y songer. Mais il faudrait tout d'abord que mon père, le Doctor, consente à notre union.

Pantalon : Je suis prêt à lui faire la demande et, au besoin, à le récompenser. Vous me suivez.

Colombine : Je vous suis, très cher, je vous suis.

Pantalon : Je veux, sans perdre de temps, lui faire la demande. Allons le trouver immédiatement.
Colombine : Il n'en est pas question. Je reste ici sous ce beau soleil. Faites-le appeler. Je vous attendrai.

Pantalon : Je vais le faire appeler. J'y cours tout de suite.

Pantalon en gardant sa démarche typique, part rapidement. Harlequin vient rejoindre Colombine.

Harlequin : Ma belle Colombine adorée. Quelle mouche vous a piqué ? Vous n'allez tout de même pas épouser ce vieil avare poussiéreux de Pantalon.

Colombine : Pourquoi pas !

Harlequin : Mais que faites-vous de mes beaux sentiments ?

Colombine : C'est tout ce que vous avez à m'offrir ?

Harlequin : Vous savez que c'est tout ce que j'ai. Mon maître Pantalon m'exploite depuis des lustres.

Colombine : Justement, Pantalon est très riche et je ne veux pas d'un mariage de misère. Je vous garderai peut-être comme amant.

Harlequin : Mais, mammie !

Colombine : Vous êtes ridicule avec vos "mammie". Maintenant, laissez-moi. Vous me faites de l'ombre. Je veux prendre des couleurs.

Harlequin reste planté là.

Colombine : Allez, ouste !

Harlequin se dirige à l'autre bout de la scène, la mine basse. Brighella arrive et va le rejoindre.

Brighella : Harlequin, mon ami, votre teint est pâle. En cette belle journée, vous devriez plutôt être rayonnant.

Harlequin : Je n'ai aucune raison de rayonner car un gros nuage gris est venu assombrir mon cur et il pleut un torrent de larmes.

Brighella : Alors expliquez-vous mon ami. Peut-être puis-je vous aider à effacer cette mauvaise température.

Harlequin : En un mot : Pantalon veut épouser ma Colombine. La demande officielle aura lieu ici dans quelques instants.

Brighella : Je vois. Si je comprends bien, le Doctor est en route.

Harlequin : Il sera là d'une minute à l'autre. Il faut faire vite.

Brighella : Je vois.

Petit temps.

Harlequin : Nous pourrions peut-être le distraire, l'intercepter, l'empêcher de venir jusqu'ici.

Brighella : Non, laissons les choses suivre leur cours. Nous agirons en temps opportun.

Harlequin : Tu es certain.

Brighella : Fais-moi confiance. Attention, ils arrivent. Cachons-nous.

Colombine est toujours là à se faire chauffer au soleil. Bien sûr, elle n'a rien entendu de la dernière conversation. Le Doctor arrive suivi de Pantalon. Le Doctor se place au centre de la scène, le plus en avant possible. Pantalon se tient un peu en retrait du côté opposé à Colombine. Harlequin et Brighella sont cachés en arrière, parmi les autres enfants.

Doctor : Cette promenade est une excellente idée mon cher ami Pantalon. Comme il me fait plaisir de marcher en votre compagnie en une si belle journée !

Pantalon : C'est que j'aimerais, vous demander

Doctor : Ah ! Quelle joie ! Ma fille Colombine qui est là.

Colombine : Comme il me fait plaisir de vous voir père !

Doctor : C'est vraiment une journée fantastique, n'est-ce pas mon cher Pantalon ?

Pantalon : Justement, une journée fantastique pour vous faire la demande

Doctor : Ce soleil puissant me rappelle celui du désert lorsque j'ai combattu dans l'armée. Nous n'étions qu'une poignée de survivants complètements entourés par les dangereux guerriers de la tribu des mamamouchis.

Pantalon : Oui, très intéressant, mais

Doctor : Par miracle un vent du désert s'est levé, un vent puissant qui a forcé la retraite de la tribu.

Brighella sort alors de sa cachette pour aller donner un coup de pied au derrière du Doctor. Celui-ci fait un saut et se retourne trop tard. Brighella a regagné sa cachette. Pantalon passe donc pour le couplable.

Doctor : Wow ! Non, mais.

Le Doctor se retourne en dévisageant Pantalon. Celui-ci fait signe qu'il n'y est pour rien.

Doctor : Vous savez, j'ai été décoré pour cette occasion. Ce n'est d'ailleurs qu'un des nombreux honneurs que j'ai reçus tout au long de ma vie.

Brighella recommence son petit cirque. Le Doctor est dupe.

Doctor vers Pantalon : Franchement mon ami, retenez-vous !

Pantalon : Puisque je vous dis que je n'y suis pour rien.

Doctor : Je me souviens de mon premier Doctorat honorifique. C'était, je crois, à l'université de Broubrouchi.

Brighella remet ça une troisième fois. Le Doctor tombe dans le piège. Il se retourne vers Pantalon.

Doctor : J'en ai assez. C'est trop. Vous m'amenez amicalement ici pour m'envoyer des coups de pied au derrière sous les yeux de ma fille.

Pantalon : Attendez, je vais vous expliquer.

Doctor : N'y compter pas. Je suis vexé et je vous quitte sur le champs. Au revoir ma fille !

Colombine : Au revoir, père !

Le Doctor quitte suivi par Pantalon.

Pantalon : C'est que je voulais vous faire une demande importante

Brighella et Harlequin sortent de leur cachette en riant.

Brighella : Je crois que tu peux être tranquille, maintenant.

Harlequin : Merci Brighella. Grâce à toi, je suis sauvé.

Brighella : N'oublie pas qu'après la pluie, reviens toujours le beau temps. Allez, je te laisse à ta belle.

Brighella part et Harlequin se retourne vers Colombine.

Harlequin : Ma chère Colombine, j'ai eu si peur.

Colombine : Tu as vraiment cru que j'allais épouser ce vieux grincheux de Pantalon.

Harlequin : C'est ce que vous affirmiez tout à l'heure.

Colombine : Je voulais seulement constater la force de votre amour. Je m'aperçois que vous êtes prêt à tout pour me garder.

Harlequin : Ça, c'est certain.

Colombine : J'en suis fort contente et je vous remercie pour le divertissement. Maintenant, je retourne à l'ombre avant de prendre un coup de soleil. À bientôt.

Harlequin : Mais, n'ai-je pas mérité un tout petit baiser.

Colombine : Peut-être, on verra.

Colombine sort, suivie aussitôt par Harlequin.

Les autres jeunes applaudissent.

 

Scène 7 : Molière

L'extrait entre Xavier et Jérémie est inspiré d'un passage du Bourgeois Gentilhomme.

Jérémie : C'est très bien la commedia dell'arte, mais, à mon avis, rien ne vaut un bon Molière.

Olivier : Non, pas encore Molière.

Jérémie : Écoute, Molière, c'est la source du théâtre français.

Érika : J'ai déjà essayé d'écouter une pièce de Molière à la télé. J'ai trouvé ça plate.

Jérémie : Quelle idée d'écouter du théâtre à la télé ! Un Molière doit être vu en salle. Il faut le vivre.

Amélie Tanguay : C'est difficile à comprendre.

Jérémie : C'est pourtant des intrigues très simples et très drôles. On devrait essayer de monter un Molière.

Justine : Tu n'apprends même pas tes textes. T'aurais beaucoup de difficultés.

Olivier : Si on joue un Molière, je débarque de la troupe.

Jérémie : Laissez-faire, vous ne comprenez rien à l'art !

Jérémie s'avance sur le bord de la scène pour bouder les autres. Pendant ce temps, Amélie Savard attire Justine vers l'avant à l'opposé de Jérémie.

Amélie Savard : Tu sais Justine, on ne se connaît pas beaucoup, mais j'ai une grande confiance en toi.

Justine : Tu es gentille, mais, qu'est-ce qu'il y a ? Tu as un problème.

Amélie Savard : En quelque sorte, oui !

Justine : Je t'écoute.

Amélie Savard : Eh bien, voilà, je fréquente un garçon depuis plusieurs mois.

Justine : Il est beau ?

Amélie Savard : Oh oui, comme un dieu. Il est grand, blond, sportif et bien sûr, il a les yeux bleus.
Justine : Quel est le problème ?

Amélie Savard : Ces derniers temps, il est devenu, comment te dire

Justine : Un peu moins respectueux.

Amélie Savard : Si on veut J'ai résisté, mais il commence à mettre beaucoup de pression.

Justine : Si tu veux mon avis, ce garçon ne t'aime pas.

Amélie Savard : Non !

Justine : Sinon, il serait plus patient.

Amélie Savard : Qu'est-ce que je devrais faire ?

Justine : Tu essais de lui expliquer et s'il refuse de comprendre, tu l'envoies aux poubelles.

Amélie Savard : Tu es certaine.

Justine : C'est le comportement que dois adopter une fille bien.

Amélie Savard : C'est dommage !

Justine : Comme on dit "La mère des beaux gars n'est pas morte"!

Amélie Savard : Mais, où est-il ce garçon qui a toutes les qualités pour me plaire ? J'ai beau chercher, je ne le trouve nulle part.

Justine : Peut-être que tu ne cherches pas à la bonne place, peut-être qu'il est sous tes yeux et que tu l'ignores.

Amélie Savard : Si c'est le cas, faites que je m'en aperçoive. Ah ! Je suis tellement malheureuse.

L'attention se dirige vers Jérémie qui boude toujours. Xavier va le rejoindre.

Xavier : Jérémie, tu ne le trouves pas bizarre, toi, le concierge.

Jérémie : Je ne le sais pas.

Xavier : D'habitude, le concierge n'est jamais là quand on participe à nos ateliers.

Jérémie : Qu'est-ce que ça change ?

Xavier : Ah rien. Tu boudes encore à cause de Molière.

Jérémie : Ben, non !

Xavier : Ce n'est peut-être pas une si mauvaise idée que ça ton Molière. À la condition qu'on le modernise un peu. Il faudrait ajouter des monstres là-dedans. On pourrait monter Godzilla contre l'Avare.

Jérémie : Franchement, t'es ridicule : Godzilla contre l'Avare.

Xavier : C'est une blague. Je voulais juste te faire rire pour que tu arrêtes de bouder.

Jérémie : Tu ne peux pas m'aider.

Xavier : Pourquoi ?

Jérémie : Est-ce que tu as déjà vécu l'indifférence en amour ?

Xavier : Je n'ai jamais eu de blonde. Je vis l'indifférence quotidiennement.

Jérémie : Pas autant que moi. Je la vois tous les jours et elle ne me regarde même pas.

Xavier : C'est qui ?

Jérémie : Amélie.

Xavier : Amélie Tanguay !

Jérémie : Ben non, Amélie Savard-Brunelle.

Xavier : Ah !

Xavier pointe timidement Amélie Savard-Brunelle.

Jérémie : Prends garde, elle pourrait nous remarquer.

Xavier : Ce n'est pas ça que tu veux, qu'elle te remarque?

Jérémie : Non, je veux l'oublier. Écoute, pour me guérir, dis-moi du mal d'elle. Fais-moi un portrait qui me la rende méprisable. Et n'écarte aucun défaut pour être certain de m'en dégoûter.

Xavier : Si tu y tiens. Je crois que ce ne sera pas trop difficile. Tout d'abord, elle a les yeux petits.

Jérémie : C'est vrai, ils sont petits. Mais, ils sont perçants et intelligents.

Xavier : Elle a la bouche grande.

Jérémie : Oui, mais elle est gracieuse et elle inspire le désir.

Xavier : Elle est trop mince.

Jérémie : Je n'aime pas les filles aux formes trop prononcées. Elle est juste parfaite.

Xavier : Elle se prend pour une autre.

Jérémie : Comment faire autrement lorsqu'on a tant de qualités ?

Xavier : Pour ce qui est de son intelligence

Jérémie : Elle en a. Elle figure parmi les premières de sa classe.

Xavier : Elle est toujours sérieuse.

Jérémie : Ne me parle pas de ces filles idiotes qui rient pour un rien.

Xavier : Mais enfin, elle est capricieuse.

Jérémie : Oui, elle est capricieuse, je suis d'accord. Mais on accepte tout des belles. On est près à endurer un enfer pour les belles.

Xavier : Tu veux que je te dise, tu es aussi ridicule que les personnages bouffons de Molière. Il est clair que tu aimes cette fille pour toujours.

Jérémie : C'est mon malheur !

Xavier : Il doit sûrement avoir une solution à ton problème. Je vais y songer.

 

Page principale de "Une autre pièce de théâtre"

Scènes 1 à 4

Scène 5 à 7

Pour obtenir les scènes 8 à 11




 



Pour connaître nos nouveautés, inscrivez-vous à notre liste d'envoi.