Scène 1
Richard arrive seul sur scène. Il marche.
Il s'arrête. Il regarde sa montre. Il attend.
Richard : Voyons !
Il attend encore.
Richard : Je suppose qu'ils ont décidé
d'éviter le terrain vague.
Il attend encore un peu. Émile et Louis
arrivent ensemble. Quand ils aperçoivent Richard. Ils retournent
d'où ils sont venus.
Richard : Attendez ! Partez pas si vite. J'ai affaire
à vous autres mes deux comiques.
Émile et Louis s'arrêtent.
Louis (à Émile) : Je t'avais dit de
pas passer par le terrain vague.
Richard arrive près d'eux. Ils se retournent.
Richard : Les Laurel et Hardy de l'école.
Ah ! Ah ! Ah ! J'aurais un p'tit service à vous demander. Ah
! Ah ! Hé que vous êtes drôles.
Émile : Qu'est-ce que tu veux ? On est écoeuré
de toi ! Laisse-nous tranquilles !
Richard prend Émile par le collet.
Richard : Écoute-moi bien minus. Je vais vous
donner mon livre de math pis vous allez m'écrire les réponses
des problèmes que le prof nous a donnés à faire.
Louis : Quoi ? Le prof nous a pardonné des
affaires !
Richard : Non ! Allume tes appareils zoreilles. Les
problèmes que le prof nous a donnés à faire.
(il lui crie dans les oreilles) T'entends-tu ?
Louis : Ayoye !
Audrey et Julie entrent en scène.
Audrey : Aie Allard ! Laisse-les tranquille !
Richard : Quoi ? On bavardait entre amis. Pas vrai
les gars ?
Louis et Émile : Euh!!
Audrey : Non ! Non ! Je t'ai vu en train de les menacer.
Tu t'en prends toujours aux plus petits que toi.
Richard : Parle pour toi. T'es plus grande que moi
!
Audrey : Pour une fille, je pense que je peux me
permettre ça. Vous pouvez y aller les gars. S'il s'en prend
encore à vous autres, avertissez-moi ! (à Richard)
Scram Allard, on ne veut plus te voir.
Richard : Le terrain vague est à tout le monde.
J'ai le droit de rester si je le veux.
Audrey : Ben, va polluer l'air un peu plus loin.
Richard se met en retrait.
Julie : Louis ! As-tu tes billes avec toi ?
Louis qui n'a pas compris : Quoi ?
Émile : As-tu tes billes avec toi ?
Louis : Euh oui ?
Julie : J'ai deux patates-carafe à échanger.
Émile : Montre-nous ça.
Émile, Louis et Autres se placent en arrière.
Marie, Rosalie et Karina entrent et se dirigent vers Audrey.
Marie : Salut Audrey !
Audrey : Salut gang !
Karina : Qu'est-ce que tu fais à soir ?
Audrey : Rien de spécial.
Marie : Ça me fait penser Rosalie, qu'est-ce
que t'as fait hier ? Je t'ai appelée pis ta mère m'a
dit que t'étais déjà partie.
Rosalie : Hier, je suis allée patiner à
roulettes. J'ai rencontré un gars : blond, les yeux bleus,
(elle insiste) pas un bouton !
Karina : Comment il s'appelle ?
Rosalie : Jean-François Martineau.
Marie : Jeff Martineau, mais yé con ce gars-là.
J'ai un cours avec lui.
Rosalie : De toute façon, tous les gars sont
cons. L'important, c'est qu'ils soient beaux.
Karina : C'est sûr. Tu changes à tous
les trois jours. Tu collectionnes les mecs. Ça a pas d'importance
pour toi l'intelligence.
Rosalie : Y a tellement de choses qui ont plus d'importance.
Claudya et Mimi arrivent
Claudya : Rosalie ! Rosalie ! Attends-nous !
Rosalie, à Claudya : Qu'est-ce que tu veux
encore ?
Claudya : Maman a dit qu'il fallait que tu t'occupes
de nous.
Rosalie : Ah !
Marie : T'es chanceuse Rosalie d'avoir deux petits
chiens de poche.
Karina : Arrêtez-donc, sont "cute"
au boutte ces p'tites filles-là. J'aurais donc aimé
ça avoir une p'tite soeur à chouchouter.
Claudya : Moi aussi, j'aimerais ça avoir une
grande soeur comme toi.
Rosalie : Je peux ta louer pas cher, vraiment pas
cher...
Les filles continuent à parler entre elles,
mais l'attention se dirige vers Cinthia, Josiane et Frédérique
qui entrent en marchant et vont s'asseoir.
Cinthia : Armand, Armand, je suis vraiment à
bout de lui
Frédérique : Pour nous autres, Gisèle
est correcte. Pas vrai Josiane ?
Josiane : C'est vrai. T'sais, un prof, c'est un prof.
Faut que ça donne des cours et des devoirs. Sinon, qu'est-ce
que ça leur donne d'être des profs ?
Frédérique : Faut-bien qui gagnent
leur paie. C'est comme les parents. Y faut que ça dise d'aller
faire tes devoirs, de te laver, de te coucher, de faire-ci, de faire-ça.
C'est dans eux-autres.
Cinthia : N'empêche que les adultes sont tous
sur mon dos. Mon prof, mes parents. Je suis assez tannée. Armand
m'a encore donné une copie.
Frédérique : Ben, ça l'air que
tu t'es énervée pendant le cours d'éduc et que
t'as cassé deux raquettes de badminton.
Josiane : Pauvre Cinthia ! T'as vraiment rien compris
aux adultes ! L'important, c'est l'apparence. C'est simple. Quand,
ils sont là, tu fais ce qu'ils te demandent. Quand ils sont
partis, tu fais ce que tu veux.
Cinthia : Ouïn !
Frédérique : Mes parents me disent
: Frédérique, c'est une petite fille responsable. Est
capable de se garder toute seule. Je leur dis "Bien sûr".
Ils s'en vont et là, je suis libre.
Danièle et Jennifer entrent.
Danièle : Y faut toujours regarder derrière
soi pour voir si on est suivi. C'est la première règle
de l'agent secret.
Jennifer : Ah ouïn !
Danièle : Y faut pas non plus que tu regardes
toujours dans ton dos. Tu protèges tes arrières discrètement.
Un bon truc, c'est de se servir des reflets dans les vitres. Tu te
promènes, tu fais semblant de regarder dans les vitrines, les
fenêtres de voiture. Je me suis même acheté une
paire de lunettes avec des petits miroirs sur les côtés
pour voir si quelqu'un me suit.
Jennifer : Qui est-ce qui pourrait bien nous suivre
?
Danièle : Des méchants, des maniaques,
des enleveurs d'enfants, des trafiquants d'esclaves, des espions,
des détectives privés, des terroristes, des agents du
FBI.
Jennifer regarde derrière elle.
Danièle : Est-ce que t'as fait l'enquête
que je t'avais demandée ?
Jennifer : Oui ! J'ai demandé à mon
père des informations sur le terrain vague. Il m'a dit qu'il
n'en savait pas beaucoup plus que moi. Quand il était petit,
lui aussi il venait jouer ici avec ses amis après l'école.
Danièle : C'est un peu décevant !
Jennifer : Attends un peu. J'ai pas fini. Pour en
savoir plus, j'ai téléphoné à mon grand-père.
D'après lui, le terrain aurait appartenu à une vieille
famille riche anglaise. Avant, ici, il y avait une grande villa, en
pleine campagne. Un jour, on ne sait pas pourquoi, la famille a disparu.
On a trouvé la maison vide. Et les parents de cette famille
disparue ont jamais voulu vendre le terrain.
Danièle : C'est ce qui expliquerait pourquoi
on a un aussi grand terrain vague en pleine ville. C'est intéressant...
Jennifer : Pourquoi t'avais besoin de ces informations
là.
Danièle : Ça, c'est top secret !
Ann-Sophie et Marie-Lune entrent et viennent s'asseoir
en avant. Julie vient se joindre à elles.
Ann-Sophie : Fa que là, "The destructor"
lui a fait la prise de l'ours et le gros "Mobby Dick" s'est
retrouvé au plancher, mais y s'est relevé pour lui donner
un coup de boule.
Julie : Moi, je l'aime pas "The destructor".
Il est trop fendant. Qu'est-ce que t'en penses Marie-Lune ?
Marie-Lune : Ben, je le sais pas.
Ann-Sophie : Elle ne le sait pas parce que ses parents
ne veulent pas qu'elle regarde la lutte. Ils disent que c'est trop
violent.
Marie-Lune : C'est vrai que c'est violent.
Julie : Voyons ! Y se battent pas pour vrai. Tout
le monde sait ça.
Marie-Lune : oui, mais....
Ann-Sophie : Même le sang, quand ils se donnent
des coups de chaise sur la tête, c'est pas du vrai sang.
Marie-Lune : Que se soient des vrais coups ou des
faux coups, c'est violent !
Ann-Sophie : Où tu vas ? C'est drôle,
pis c'est toute. Je suis certain que si tes parents te laissaient
regarder la lutte, t'aimerais ça.
Marie-Lune : Je le sais pas...
Julie : Écoute, j'enregistre tous les matchs
qui passent. T'as juste à venir chez-nous. Je vais t'en montrer.
Marie-Lune : Non, j'aime mieux écouter des
émissions plus enrichissantes.
Ann-Sophie : Enrichissantes ! Comme quoi ? Des émissions
de culture comme "La semaine verte". Cette semaine : "La
culture des tomates hydroponiques dans le rang trois de Ste-Flavie".
Marie-Lune : Pensez ce que vous voulez. S'il y avait
moins de violence à la télé, y aurait plus de
paix dans le monde.
L'attention revient vers Karina et son groupe.
Mimi regarde au loin et tire sur la manche de Rosalie.
Rosalie : Mimi, veux-tu arrêter !
Mimi : Ben, c'est parce que j'ai quelque chose d'important
à te dire.
Marie : C'est pas poli d'interrompre les gens qui
parlent.
Mimi : Ben, ça va être vous-autres les
pires.
Karina : Qu'est-ce qu'il y a ma belle Mimi ?
Mimi : Regardez là-bas, Estelle s'en vient
! Je pense qu'elle a des bébelles à nous vendre.
Karina : Estelle s'en vient !
Les autres personnages présents sur scène
vont répéter cette phrase. Ensuite, c'est la panique,
tout le monde court dans tous les sens jusqu'à ce que Karina
monte sur un cube pour parler.
Karina : Il faut quitter le navire. Pas de panique,
les femmes et les enfants d'abord. On se retrouve après-souper
pour une partie de cachette ou un autre jeu. Bonne chance !
Tous les personnages quittent la scène.
Estelle arrive seule.
Estelle : Youhou ! Où est-ce que vous êtes
cachés. Arrêtez, c'est pas gentil. J'ai des calendriers
à vendre pour les scouts. C'est juste quatre piastres. Voulez-vous
tu en n'acheter ? Ah ! Pourquoi tout le monde se sauve toujours de
moi.
Elle part.
Scène 2
Normand, Lisa et Serge font leur entrée.
Normand : Wow ! C'est encore mieux que je pensais.
Exactement ce que je cherchais. Un terrain vague avec des grandes
barrières, des ruines envahies par la verdure et au fond, la
silhouette des grands édifices. C'est parfait pour la scène
finale. Lisa, prends en note le plus de détails possibles.
Lisa : Oui ! Oui !
Serge : Je vais m'occuper des autorisations de tournage.
Je me demande à qui ça peut bien appartenir ce terrain-là
?
Normand : Ce film va s'intituler "Panique au
centre-ville". Il va y avoir des poursuites en camion, des fusillades
et une demande de rançon par des terroristes.
Serge : Juste pour une fois, on pourrait pas faire
quelque chose de différent, un film plus profond !
Normand : Plus profond, oui... T'as raison. Lisa
! Note-ça. Idée : un film qui se déroule au fond
de la mer avec des requins qui gardent un trésor. Titre provisoire
: les dents de la mort.
Serge : C'est pas de ce "profond" là
que je voulais parler.
Normand : Ah ! De quoi tu voulais parler d'abord?
Des profondeurs de la terre ?
Serge : Laisse faire, je démissionne !
Normand : Sans blague, j'ai besoin de toi. Les producteurs
ont mis beaucoup d'argent sur ce film-là.
Serge : Écoute, on a produit "La revanche
des Ninjas", "Godzilla contre-attaque", puis "Les
Ninjas contre Godzilla". Ça a jamais marché !!
Normand : Là, ça va marcher. Je sens
que je tiens quelque chose.
Serge : O.K. d'abord, j'aurai essayé.
Normand : Parfait ! Maintenant, il faudrait prendre
les mesures.
Serge : Oups ! J'ai oublié mon gallon à
mesurer.
Normand : De toute façon, il faut revenir
demain. On fera ça à ce moment-là.
Serge : OK Boss !
Normand : Lisa, viens
avec moi !
Ils sortent.
Scène 3
Marie-Lune et Josiane arrivent en jasant.
Marie-Lune : Samedi soir, j'ai tellement trippé.
Jimmy, un ami à ma mère, avait amené sa guitare.
Y'est tellement beau Jimmy avec ses grands cheveux longs pis sa grosse
barbe.
Josiane a l'air sceptique.
Marie-Lune : On s'est réuni dans le salon
communautaire et on a chanté toute la soirée.
Josiane : Vous avez chanté quoi ?
Marie-Lune : Du Harmonium, du Beau Dommage, du Simon
and Garfunkgel, les Beatles... Tous les vrais bons groupes.
Josiane : J'ai déjà entendu parler
de ces groupes-là, mais je ne les connais pas vraiment.
Marie-Lune : Tu sais pas ce que tu manques.
Josiane : Ça doit être bizarre de vivre
dans ta coopérative, un paquet de monde ensemble, toute collé.
Marie-Lune : C'est ça qui est trippant. On
partage plein de choses. Juste au niveau matériel, on fait
des économies. En ayant rien qu'une cuisine, on a besoin de
rien qu'un poêle, rien qu'un blender, rien qu'une série
de chaudrons...
Josiane : Mangez-vous tous dans la même assiette
?
Marie-Lune : Ah ah ! Non !
Josiane : Ça doit pas être drôle
quand c'est l'heure du bain ? Ah, c'est vrai, vous vous lavez pas
!
Marie-Lune : T'es vraiment pleine de préjugés.
On se fait des horaires et on prend notre bain chacun notre tour.
Josiane : Je pensais que vous le preniez tous ensemble,
ah ! ah ! Toute la gang dans le bain ah ! ah ! Avec Jimmy pis sa guitare
ah ! ah !
Marie-Lune : T'es méchante !
Josiane : C'est juste pour rire.
Marie-Lune : Ça paraît que tu ne connais
pas le plaisir de faire partie d'une communauté.
Josiane : Je m'excuse, mais je fais partie d'une
communauté !
Marie-Lune : Toi, tu fais partie d'une communauté
!
Josiane : Oui madame !
Marie-Lune : De quelle communauté tu fais
partie d'abord ?
Josiane : De la communauté des internautes.
Marie-Lune rit de surprise
Marie-Lune : C'est pas une communauté, les
internautes.
Josiane : Certain ! Tous les samedis soir, on fait
du CHAT (prononcer tchatte). On est des gens de plusieurs pays
qui communiquent ensemble par ordinateur. C'est une communauté
mondiale ma communauté.
Marie-Lune : Vous partagez quoi ?
Josiane : On fait juste jaser. Le contact avec d'autres
cultures, c'est vraiment enrichissant. Les dimanches matin, mon père
joue aux échecs avec un allemand. Tu imagines, n'importe qui
sur la planète peut devenir ton ami.
Marie-Lune : C'est ben le fun, tu communiques avec
une personne qui demeure à l'autre bout de la planète,
mais tu parles jamais avec les gens qui restent à côté
de chez-vous. Bel avenir : on va tous se parler par ordinateur.
Josiane : On ne se parle pas juste par ordinateur.
Un mardi par mois, on se rencontre, une gang d'internautes, dans un
restaurant. On mange ensemble, on s'échange des trucs, des
logiciels.
Marie-Lune : Moé, je trouve que tu mènes
une vie "programmée"
Josiane : Toi, tu vis dans le passé.
Estelle arrive en courant, essoufflée.
Elle s'adresse aux deux.
Estelle : Enfin, je vous cherchais partout. Je sais
pas ce qui se passe, on dirait que tout le monde est sorti. J'ai vu
personne de la gang. Si j'étais paranoïaque, je dirais
que vous vous sauvez tous de moi.
Marie-Lune : Je vais être franche avec toi,
c'est vrai, tout le monde se sauve de toi.
Estelle : Hein ! Mais pourquoi ?
Josiane : C'est simple : T'as toujours quelque chose
à nous vendre. On est tanné !
Estelle : Ben j'ai juste 40 calendriers à
vendre pour les scouts.
Marie-Lune : Pis la semaine passé, c'était
des "pines" pour ton club de natation.
Josiane : La semaine avant, du pain pour une sortie
de ta classe.
Marie-Lune : Quand c'est pas un marchothon pour les
gens en chaises roulantes ou du chocolat pour les enfants qui meurent
de faim en Afrique.
Josiane : Tu devrais peut-être vendre des parapluies
pour les sans-abris.
Marie-Lune : Ou faire un quillothon pour ceux qui
ont perdu la boule.
Estelle : C'est correct ! J'ai compris. Je vais arrêter
de vous achaler avec ça.
Josiane : J'espère, parce que mon budget pour
les dons est défoncé. (Elle montre sa poche vide)
Marie-Lune : Tu devrais donner des reçus de
charité.
Estelle : C'est beau, je comprends. Je vais me trouver
d'autres clients. Je ne sais pas qui encore...
Josiane : T'as pas des mononcles et des matantes.
Estelle : Eux-autres aussi me trouvent fatiguante
avec mes affaires à vendre.
Marie-Lune : T'as juste à pus n'en vendre.
Estelle : Ben j'aime ça les activités,
moi. J'aime ça être dans toutes sortes de groupes. Pis
pour faire partie des activités, y faut vendre !
Marie-Lune : Relaxe, profite plus de la vie. Tu fais
trop d'activités. Consacre-toi à une et mets-y toute
ton énergie.
Estelle : Je ne suis pas capable, y'a trop de choses
qui m'intéressent.
Josiane : C'est toi la pire !
Marie-Lune : Voyons, qu'est-ce qu'a fait Ann-Sophie
? Elle nous avait dit qu'elle viendrait nous rejoindre ici. Elle est
encore en retard.
Estelle : Faites-vous en pas, elle va vous inventer
une bonne défaite.
Josiane : Pour ça, c'est la championne.
Audrey et Marie arrivent ensemble. Elles aperçoivent
Estelle.
Marie : Qu'est-ce qu'elle fait là elle ?
Estelle : C'est beau, j'ai compris, j'essayerai plus
de vous vendre plein de choses. À moins que ça vous
tente d'acheter des calendriers scouts à quatre dollars.
Marie-Lune : Estelle !
Estelle : Ben, tout d'un coup qu'elles en auraient
voulu.
Audrey : On en veut pas de tes bebelles.
Ann-Sophie arrive.
Ann-Sophie : Excusez-moi d'être en retard,
ma mère m'a obligée à faire la vaisselle avec
elle avant d'aller jouer.
Audrey : C'est vrai ce mensonge ?
Ann-Sophie : Je vous le jure. Je suis assez tannée.
Marie : Ah ! Moi, je te comprends. Il faut que je
fasse la chambre de bain deux fois par semaine pour aider ma mère.
Audrey : Moi, il faut que je sorte les vidanges,
que je change la litière du chat pis que je pelte l'hiver et
que je passe la tondeuse l'été pour mériter mon
beau cinq piastres par semaine.
Josiane : C'est important les tâches. Tout
le monde doit faire sa part dans une maison.
Marie-Lune : Nous autres dans notre coopérative,
on a un gros tableau où les tâches sont réparties.
On change à chaque semaine, c'est plaisant. Des fois, on fait
des grosses corvées tout le monde ensemble.
Estelle : Moi aussi faut que je fasse la chambre
de bain. Mon père dit ;"Il faut que tu donnes un coup
de main à ta mère". Mais lui, il laisse tout traîner.
Y nettoie jamais son bain. Y laisse des cheveux pis des poils de barbe
partout et en plus y change jamais le rouleau de papier de toilette.
D'après moi, y pense qu'il en pousse tout le temps.
Audrey : Mon père est pareil. On est toute
une gang de filles à la maison. Je vous dis que monsieur est
habitué de se faire servir. Y regarde la télé
le soir et il laisse traîner ses chips, sa tasse de café,
son linge. Quand il arrive de travailler, y a juste à s'asseoir
et il est servi.
Ann-Sophie : Y'est gâté-pourri !
Audrey : J'espère ! L'autre jour, on lui a
joué un tour. On l'a fait poireauter quinze minutes à
table avant de le servir. Ben monsieur c'est même pas levé
une fois pour voir ce qu'il y avait dans les chaudrons. Y aurait eu
juste à s'étirer les bras.
Josiane : Y'est paresseux !
Audrey : On l'aime comme ça. De toute façon,
y nous gâte tout le temps. Y nous amène au restaurant,
au cinéma, y fait son gentleman avec ses trois filles et sa
femme. J'adore ça.
Estelle : Il se laisse peut-être traîner
mon père, mais je l'aime beaucoup. Je rêve d'avoir un
cheval. Depuis que mon père sait ça, il m'emmène
souvent faire de l'équitation. Je suis tellement contente.
Josiane : Mon père passe plein d'heures avec
moi sur l'ordinateur. Il me montre plein de choses qu'il connaît.
Y est très savant mon père.
Marie-Lune : Moi, dans la coopérative, j'ai
comme plein de pères. Quand j'ai le goût de me coller
un peu pour regarder la télé, j'ai toujours un père
à ma disposition. Toi Marie, qu'est-ce qu'il fait de spécial
pour toi ton père ?
Marie : Ben, c'est que...
Petit temps
Audrey : C'est que Marie a pas de père.
Marie-Lune : Excuse-moi, je ne savais pas.
Marie : C'est pas grave.
Marie-Lune : Je suis vraiment désolée.
Ann-Sophie : Moé mon père, y a une
grosse compagnie qui vaut des millions et un jour il va me la donner,
il me l'a dit.
Marie-Lune : Une compagnie qui vaut des millions
!
Ann-Sophie : C'est vrai. Ça c'est sans compter
les placements que je vais pouvoir toucher à dix-huit ans.
Marie-Lune : Qu'est-ce que vous faites dans un quartier
comme le nôtre si vous êtes millionnaires ?
Audrey : Ouin, c'est vrai ça !
Ann-Sophie : Ben.. c'est parce qu'on a deux maisons.
Une ici et une autre à Cap-Rouge.
Esthelle : Vous y allez pas souvent !
Ann-Sophie : On vient juste de l'acheter.
Marie-Lune : Arrête de conter des menteries,
on le sait que c'est pas vrai.
Ann-Sophie : Je vous le jure.
Audrey : On te croit pas. Voyons deux maisons.
Ann-Sophie : Ben si vous me croyez pas, je m'en vais.
Audrey : Ben c'est ça, va-t'en. On se tient
pas avec des menteuses.
Ann-Sophie : Salut d'abord, vous me reverrez plus
jamais.
Marie-Lune : Un autre mensonge !
Ann-Sophie s'en va fâchée. Petit
froid.
Audrey : Bon ! On devait aller jouer avec Ann-Sophie
au Nintendo 64. Y parait qu'elle en a trois. Je pense qu'on s'était
fait avoir.
Josiane : J'ai des nouveaux jeux sur mon ordinateur.
On peut peut-être aller chez nous. Je vais demander à
ma mère. Ça vous tente-tu ?
Marie-Lune, Audrey et Estelle : oui !
Marie : Je pense que j'irai pas. Ça me tente
pas.
Marie-Lune : Envoye-donc Marie, je m'excuse encore
pour tout à l'heure, viens donc.
Marie : Je comprends, mais j'ai le goût d'être
toute seule.
Marie-Lune : Si t'as besoin, t'as juste à
m'appeler, Audrey a mon numéro.
Marie : OK.
Marie s'en va d'un côté et les autres
filles, de l'autre.