Scène 4
Frédérique et Julie arrivent en
jasant
Fred : Tu t'es-tu trouvé un sujet pour passer
à l'oral demain matin ?
Julie : Non, T'sais moi je suis gênée
de parler devant les autres. Je ne sais pas quoi dire.
Fred : Moi, je vais donner mon opinion sur les coupures
d'argent dans le système de santé.
Julie : J'ai pas d'opinion sur rien. Juste à
penser que j'ai un oral à faire demain matin, ça me
stresse. Je ne vais pas dormir de la nuit.
Fred : Justement, il faut pas que tu y penses trop.
Tu te dis que tu vas être capable.
Julie : Je serai jamais capable.
Fred : Attend, je vais t'aider, on va te trouver
un sujet. Tu pourrais parler des OGM.
Julie : J'en ai ben entendu parler, mais je sais
pas c'est quoi.
Fred : C'est un sujet qui nous touche tous. Un OGM,
c'est un organisme génétiquement modifié. Y a
des grosses compagnies qui transforment les animaux et les plantes
pour qu'ils grossissent plus rapidement, pour qu'ils soient plus nourrissants.
Mais, on a aucune idée des effets que ça peut avoir
sur notre organisme. Tout d'un coup qu'on se ramasse avec un bras
dans le front.
Julie : C'est épeurant. Tu me stresses encore
plus.
Fred : Tu stresses tout le temps, toi.
Julie : Ben y a plein de choses stressantes autour
de nous : l'école avec les devoirs, les activités. En
plus, je passe la semaine chez ma mère, la fin de semaine chez
mon père. Envoye par-ci, envoye par-là.
Fred : C'est vrai. On n'arrête jamais. Mes
parents sont encore ensemble, mais avec leurs horaires de travail,
c'est ben rare que je les vois en même temps.
Julie : Je suis tellement stressée que je
fais de l'eczéma. Regarde, j'en ai partout autour des doigts.
Fred : Je l'ai le sujet de ton oral ! T'as juste
à parler du stress qu'on vit.
Julie : Ah oui ! Peut-être !
Fred : C'est un sujet parfait pour toi. Tu vas savoir
quoi dire.
Richard Allard surgit.
Richard : Qu'est-ce que vous faites ? De quoi vous
parlez ?
Fred : On parle des choses qui nous stressent...
comme toi par exemple !
Richard : Chus stressant moé ?
Julie : Certain, monsieur pense bon... avec ton hockey
pis tes gros bras.
Richard : J'avoue qu'un beau gars comme moé
avec plein de talents ça peut être stressant pour les
autres. Qu'est-ce que vous voulez ? Je suis fait de même.
Fred : C'est ça le problème.
Richard : Ça vous intéresse pas de
savoir que j'ai réalisé un tour du chapeau hier soir
dans notre victoire de 4-1 contre St-Georges.
Julie : Ça nous intéresse pas pantoute.
Richard : C'est dommage, vous savez pas ce que vous
manquez. Excusez-moi, y a du monde pas mal intéressant qui
s'en vient. Rosalie ! Karina ! Attendez-moi !
Richard se dirige vers Rosalie et Karina qui entrent
en scène.
Rosalie : Salut Richard !
Richard : Rosalie, as-tu vu la game hier soir ?
Karina : On a assisté à tes exploits.
Richard : Pis, m'as-tu trouvé bon ?
Rosalie : J'avoue que tu m'as pas mal impressionné.
Richard : C'est vrai ?
Rosalie : Sûr !
Richard : Quand j'ai compté mon troisième
but, j'ai gardé la puck pour te la donner. Veux-tu que j'aille
la chercher ?
Karina et Rosalie se regardent en riant.
Rosalie : Si tu veux !
Richard part comme une balle.
Karina : J'pense qu'il a un p'tit kick sur toi.
Rosalie : Ça se pourrait bien, oui !
Karina : Tu le trouves pas un peu trop jeune ! D'habitude,
tu sors avec des gars ben plus vieux que toi.
Rosalie : C'est sûr qu'il est jeune, mais il
a du bon potentiel. Peut-être que plus tard... on sait jamais.
Karina : Tu te gardes des réserves. T'es incroyable.
Rosalie : Quoi ?
Karina : Les gars font la file pour sortir avec toi.
Tu devrais te faire une liste d'attente.
Rosalie : Qu'est-ce que tu veux que je te dise ?
Karina : Moi, c'est jamais les bons gars qui s'intéressent
à moi pis ceux qui m'intéressent sont déjà
pris ou bien ça leur tente pas.
Rosalie : C'est simple, il s'agit d'attendre et de
les laisser venir. J'ai compris ça le jour où mon père
m'a amené à la pêche. Tu lances un appât
pis les poissons courent tous après l'appât. Il suffit
de tendre la ligne au bon moment.
Karina : Pour toi les gars, c'est tous des poissons.
Belle image !
Rosalie : Ben non, c'est juste une comparaison. Je
voulais seulement te dire de ne pas te fatiguer à courir après
les gars. Ils vont venir d'eux-mêmes.
Karina : À voir Richard courir, on peut dire
que ça marche ton truc !
L'attention retourne vers Frédérique
et Julie. Émile vient se joindre à elles.
Julie : Aie, salut Émile ! Pis ta compétition
de patin ?
Émile : J'ai gagné la médaille
d'argent.
Fred : Super ! Ça doit te faire un paquet
de médailles.
Émile : Je le sais pas, je les compte plus.
Julie : J'aimerais ça être bonne comme
toi en patin. Comment tu fais ?
Émile : Rien de spécial, je m'entraîne
beaucoup.
Fred : Faut dire que t'as un talent naturel.
Émile : Disons que j'aime ça pis quand
t'aime ça, ça devient comme facile.
Fred : Ça a l'air que tu vas aller à
une école spéciale l'année prochaine.
Émile : Je vais aller en sport-études.
Mais c'est pas certain encore, il faut que j'améliore mes maths
pour être accepté.
Julie : Y en a qui ont tous les talents : le patin,
le dessin, la peinture...
Émile : Mes parents m'ont toujours inscrit
à plein d'activités.
Fred : T'es pas tanné d'être toujours
occupé.
Émile : C'est sûr que des fois je suis
fatigué, sauf que je me dis qu'il faut préparer son
avenir.
Julie : Moé, je trouve ça stressant
l'avenir. On arrête pas de nous parler d'avenir.
Émile : L'avenir, ça m'intéresse
beaucoup. Dans l'avenir, on va faire des voyages dans l'espace, avoir
des robots pour nous servir.
Frédérique : T'as l'imagination fertile
!
Émile : L'imagination, c'est mon fort !
Julie : Moé, je pense plutôt que dans
l'avenir, on va manquer d'air parce qu'on va l'avoir tout pollué.
L'eau va être toute sale et les animaux vont tous mourir.
Émile : Tu es ce qu'on appelle une optimiste
! Moi, je pense qu'on a un bel avenir devant nous.
L'attention revient vers Karina et Rosalie
Karina : Qu'est-ce que tu vas faire plus tard, toi,
Rosalie !
Rosalie : Je le sais pas, je pense pas ben ben à
ça.
Karina : Moi je sais que je veux aller à l'université,
mais je sais pas en quoi.
Rosalie : Moi, je demande si je vais terminer mon
année à l'école.
Karina : Tu vas lâcher l'école !
Rosalie : Ça mène à rien l'école.
Je suis juste en secondaire deux et j'ai l'impression que ça
va jamais finir.
Karina : Ben voyons Rosalie, si tu vas pas à
l'école, tu vas rien faire dans la vie.
Rosalie : Justement, j'ai le goût de rien faire
aussi.
Karina : Comment tu vas faire pour vivre.
Rosalie : Y a plein de mecs qui vont être prêts
à me faire vivre.
Karina : C'est vrai, j'aurais dû y penser.
Richard Allard revient avec sa puck.
Richard : Tiens Rosalie, j'ai compté les trois
buts en ton honneur.
Les filles rient un peu. Rosalie prend la puck.
Karina : Toi, Richard, qu'est-ce que tu veux faire
plus tard ?
Richard : Je veux jouer dans la Ligue nationale de
hockey.
Karina : Me semble que t'es un peu petit pour ça.
Richard : Mon père mesure six pieds, vous
allez voir, je vais grandir.
Karina : Je pense que t'aurais avantage à
grandir, dans tous les sens du terme.
Richard : Qu'est-ce que tu veux dire par là
?
Karina : Laisse faire, je me comprends.
Rosalie : Mais si jamais, tu ne deviens pas joueur
de hockey, qu'est-ce que tu vas faire ?
Richard : Je le sais pas. Je n'y ai pas vraiment
pensé. Peut-être chauffeur de van comme mon oncle ou
opérateur de machinerie lourde comme mon père.
Karina : Oui, la machinerie lourde, ça te
va bien.
Tout d'un coup, Richard aperçoit Émile.
Richard : Ah ben, si c'est pas la tapette en patin
qui est là.
Émile : Ah non ! Pas encore lui.
Richard : Oyé Oyé tout le monde ! Venez
voir la grande tapette en patin ! Approchez ! Approchez !
Tous les autres personnages de la pièce
arrivent en scène.
Richard : La grande folle du patinage artistique
pourrait-elle nous faire l'honneur de nous présenter une de
ces formidables stépettes ?
Tout le monde, sauf Fred et Julie, rit.
Émile : T'as pas rapport Allard. C'est pas
parce que je fais du patinage artistique que je suis une tapette.
Richard : J'aimerais ça te voir dans ta belle
robe rose de patin.
Frédérique : T'es con. Les gars patinent
en pantalon.
Richard : C'est vrai, des beaux pantalons ben serrés,
c'est cute.
Émile : Toi, Allard, t'écoeure toujours
les autres.
Richard : J'aime pas les fefis, c'est toute. C'est
pas normal des fefis. T'es rien qu'un fefi. (Il se met à
crier) Fefi, fefi, fefi...
Et tous les autres continuent : Fefi, fefi, fefi...
Frédérique : OK, c'est assez !
Richard est crampé de rire. Il se dirige
vers Rosalie et Karina. Les autres personnages (sauf Émile,
Julie et Frédérique ) retournent en coulisse.
Richard : Aie, je te dis que je l'ai pas manqué,
hein !
Pas impressionnée du tout, Rosalie hausse
les épaules.
Karina : Je trouve pas ça correct d'essayer
de se montrer bon en rabaissant les autres.
Karina et Rosalie s'en vont.
Richard : Où vous allez ? Attendez-moi !
Richard s'en va aussi. L'attention revient vers
Émile, Julie et Frédérique.
Fred : Tu parles d'un con. Émile, faut que
tu fasses quelque chose.
Julie : Y a rien à faire ! T'essaye de l'éviter,
c'est toute.
Émile : Qu'est-ce que tu veux que je fasse,
y'est deux fois plus gros que moi.
Fred : Tu devrais en parler à quelqu'un, tes
parents, un prof...
Émile : Pis après, il va me sacrer
une volée parce que je l'ai stoolé.
Fred : Non, il faut pas que tu te laisses influencer
par ses menaces. Il faut que tu te plaignes !!!
Émile : Je vais essayer !
Ils quittent la scène.
Scène 5
La scène se déroule chez Marie.
On modifie l'éclairage pour signifier que l'action se déroule
dans un autre lieu. Jeanne est en train de se brosser les cheveux.
Marie : Maman !
Jeanne : Bonyeu Marie ! Tu m'as fait faire un saut.
Marie : Maman, j'aurais quelque chose à te
demander.
Jeanne : Quoi ?
Marie : Ben.. Mon père, t'aurais pas une idée
où est-ce que je pourrais le trouver ?
Jeanne soupire.
Jeanne : On en a déjà parlé,
ma grande. J'ai jamais resté avec ton père. Je te l'ai
dit.
Marie : Mais, y doit bien être quelque part.
On sait son nom, on pourrait au moins le chercher.
Jeanne : Pourquoi faire ?
Marie : Toutes les autres filles ont un père.
Pas moi ! Peut-être qu'il serait content de me voir. Peut-être
qu'il voudrait s'occuper de moi !
Jeanne : Qu'est-ce que ça te donnerait de
plus ?
Marie : Un père !
Jeanne : Ben Roch est là pour s'occuper de
toi !
Marie : Roch, c'est ton chum, pas mon père.
Jeanne : Peut-être qu'il pourrait remplir le
même rôle, tu fais comme s'il n'existait pas.
Marie : Quand il vient ici, c'est pour toi, pas pour
moi. C'est pas quelques soupers au restaurant pis des tours de moto
qui en font mon père. Ça prend plus que ça !
Jeanne : Je sais pas quoi te répondre. Qu'est-ce
que tu veux au juste ? Qu'on sorte plus !
Marie : Non, c'est pas ça !
Jeanne : Je me tue à travailler. Je fais des
heures supplémentaires pour qui te manque de rien. Tout ce
que tu me demande, je te l'achète.
Marie : C'est l'amour d'un père que je veux
pis ça tu pourras pas me l'acheter nulle part !
Marie part subitement. Jeanne a un soupir de découragement.
Scène 6
Nous sommes de retour au terrain vague. Claudya
et Mimi arrivent seules sur scène. Elles sortent un grand élastique.
Claudya : Tiens on va l'accrocher ici.
Mimi : C'est moi qui commence.
Claudya : Ah !
Mimi : Quoi ?
Claudya : C'est toujours toi qui commence !
Mimi : Ben, c'est moi qui a eu l'idée de jouer
à ça.
Claudya qui abandonne : OK d'abord.
On entend une musique de James Bond. Danièle
et Jennifer surgissent et se promènent comme des espions. Elles
vont se placer plus en avant-scène.
Jennifer : Qu'est-ce qu'on fait là ?
Danièle : On pratique notre technique de camouflage.
Jennifer : Pourquoi faire ?
Danièle : Il faut savoir passer inaperçu.
D'ailleurs, je t'avais dit de mettre des couleurs sombres. Il faut
être comme des caméléons.
Jennifer : Je trouve ça lette du brun pis
du noir moi ! À part de ça, dans les films, James Bond
est toujours bien habillé.
Danièle : C'est sûr, c'est du cinéma.
Moi je te parle de la réalité.
Jennifer : De la réalité ?
Danièle : OK, il faut se rendre jusqu'au mur
là-bas sans être vues.
La musique de James Bond recommence et ils repartent.
Claudya : À quoi elles jouaient tu penses
?
Mimi : Je le sais pas, c'est des grands, sont capotés
dans tête.
Claudya : Les grands sont vraiment bizarres.
Mimi : On dirait qu'ils se souviennent plus qu'ils
ont été petits un jour.
Claudya : C'est vrai ! Ma grande soeur devrait être
contente de m'avoir. Ben non ! Est tout le temps sur mon dos. Juste
à matin, je me lève, j'ouvre la télé.
Là, elle arrive pis elle change de poste sans me le demander.
T'sais !
Mimi : Ah oui ! Pis après ça, ça
met de la musique de papoux à tue-tête dans maison.
Claudya : D'la musique de papoux ?
Mimi : C'est mon père qui appelle ça
de même !
Claudya : Mon père, lui, y dit que c'est de
la musique de brang-brang.
Mimi : En tout cas, quand je vais être grande,
je vais m'en occuper des p'tites, moé !
Elles continuent à jouer aux élastiques.
Louis et Cinthia entrent et vont se placer en avant.
Louis : Là, y a un gars qui s'est mis à
jouer du violon, mon grand-père adorait le violon et tout le
monde s'est mis à pleurer.
Cinthia qui parle fort : Tout le monde s'est mis
à pleurer ?
Louis : Oui... c'est parce que mon grand-père
était mort.
Cinthia : Toi, tu pleurais-tu ?
Louis : Ben, un peu.
Cinthia : Je suis certaine que tu braillais comme
un bébé.
Louis : Que je baillais ?
Cinthia : Pas bailler, brailler comme un bébé
(Elle braille comme un bébé).
Louis : Je l'aimais mon grand-père. Si c'était
le tien, tu pleurerais aussi.
Cinthia : J'ai jamais connu mes grands-parents.
Louis : En plus, ça me fait un cadeau de moins
à Noël pis à ma fête.
Cinthia : As-tu été au salon mortuaire
?
Louis : Parle-moi z'en pas, trois soirs de file.
Ça pue là-dedans. Ça sent comme les boules blanches
que ma mère met dans les tiroirs au chalet.
Cinthia : Y mettent ça dans les morts pour
les conserver.
Louis : En tout cas, mon grand-père, ils l'ont
pas bien conservé. On aurait dit que c'était pas lui,
que c'était un mannequin.
Cinthia : Moi, j'ai pas hâte de mourir.
Louis : Ma mère dit que c'est la seule justice
en ce monde. Tout le monde y passe, les riches comme les pauvres.
Cinthia : C'est certain que je ne me ferais pas exposer.
Louis : J'espère. J'ai pas le goût d'être
dans un cercueil.
Cinthia : Imagine que tu te fais enterrer pis que
t'es pas vraiment mort et là, tout d'un coup, tu te réveilles
dans ta tombe. C'est déjà arrivé y paraît.
Louis : On est mieux de se faire incinérer.
Comme ça, y pas de danger que ça arrive.
Cinthia : C'est vrai ça.
Subitement, Cinthia se retourne et se dirige vers
les filles qui jouent aux élastiques. Louis la suit tranquillement.
Cinthia tasse Mimi.
Cinthia : Tasse-toi, c'est à mon tour.
Mimi : Aie, grande folle.
Cinthia : Ça sera pas long. Je veux juste
jouer un petit peu.
Mimi laisse la place à Cinthia. On entend
à nouveau une musique de James Bond. Danièle et Jennifer
reviennent en avant.
Jennifer : Bon, je suis tannée de jouer aux
espions. On fait autre chose.
Danièle : Ah ! Je voulais te faire passer
le grade de sergent.
Jennifer : J'ai pas besoin de grade de sergent. J'ai
le goût de m'amuser.
Danièle : Je pourrais te donner des cours
d'autodéfense. C'est toujours pratique quand on se fait attaquer.
Jennifer : Je pense que t'hallucines. T'écoutes
trop de films. Tu vois des méchants partout.
Danièle : Sherlock Holmes dit dans un de ses
livres que nous avons tous un criminel qui sommeille en chacun de
nous.
Jennifer : Ben moi, je vais laisser dormir le mien.
Jennifer se dirige vers le groupe qui joue aux
élastiques. Mimi est en train de pousser Cinthia.
Mimi : Tasse-toi, ça fait assez longtemps
que t'es là.
Cinthia : J'ai pas fini, bon.
Mimi : Tasse-toi !
Jennifer (à Cinthia) : Elle t'a dit de te
tasser.
Cinthia (à Jennifer) : Toi, mêle-toi
de tes affaires.
Cinthia donne un coup de poing dans le dos à
Jennifer. Celle-ci se met à se plaindre.
Jennifer : Ayoye, ça fait mal ça !
Cinthia : T'avais juste à pas fourrer ton
nez dans les affaires des autres. Je me laisse pas piler sur les pieds.
Danièle : J'ai tout enregistré la scène
et je vais faire un rapport sur cet incident.
Cinthia : Toé la police. t'as pas d'affaire
là-dedans.
Danièle : Je suis un témoin et j'ai
un devoir de témoin.
Jennifer : Je vais aller le dire à ma mère
pis a va téléphoner à ta mère.
Louis : Cinthia, tu devrais t'excuser.
Cinthia : Jamais ! J'ai pas d'affaire à m'excuser.
C'est de sa faute.
Mimi : Ben va-t'en. On veut pu te voir. Tu fais toujours
mal aux autres. T'es pas fine.
Cinthia : Salut d'abord, vous ne me reverrez plus
jamais.
Danièle : On va pas s'ennuyer !
Cinthia s'en va, furieuse. Jennifer se plaint
toujours.
Jennifer : Ça fait mal, je vais aller montrer
ça à ma mère.
Elle part.
Danièle : Bon, ça vous tentes-tu d'espionner
quelqu'un ?
Louis : Je sais pas.
Mimi : J'ai jamais fait ça !
Claudya : Ça l'air trippant !
Danièle : Je vais vous montrer comment. On
se cache derrière ici et on attend que quelqu'un passe et on
l'espionne, c'est simple.
Les cinéastes se pointent. Ils viennent
prendre des mesures. Ils discutent en même temps.
Normand : Là les terroristes vont cacher une
bombe ici quelque part. Prend ce bout-là.
Serge : Quelle sorte de bombe ?
Normand : Une bombe atomique, rien de moins. Lisa,
quinze pieds, trois pouces.
Lisa : Oui-oui
Serge : On mesure-tu dans ce sens là ? Qui
est-ce qui va nous faire ça ?
Normand : Les gars de la Experimental Explosive Compagny vont s'occuper
de ça. Ils vont mettre la bombe dans une valise.
Serge : C'est une bonne idée. Qu'est-ce que
ça donne ?
Normand : Lisa, quinze pieds, trois pouces. Imagine-ça.
Des terroristes qui demandent une rançon de 100 millions de
dollars sinon ils font sauter la ville au complet.
Serge : Ça va marcher c'est certain.
Normand : On va faire de l'argent avec cette histoire-là,
c'est pas croyable.
Serge : J'espère.
Normand : On va prendre la profondeur.
Serge : La profondeur, oui ! Parlons-en de la profondeur.
Normand : Lisa, quinze pieds...
Lisa : ...Trois pouces.
Normand : C'est ça. (à Serge)
Tu reviendras demain prendre des photos le matin, l'après-midi
et le soir. Je veux connaître les différents éclairages
de ce lieu.
Serge : OK Boss !
Normand : Lisa, suis-moi !
Ils s'en vont. Les enfants sortent de leur cachette.
Danièle : Vous avez entendu ça ?
Louis : Y parlaient pas assez fort, j'entendais pas
bien.
Mimi : Ils veulent faire sauter une bombe.
Danièle : C'est un complot !
Louis : Un complet ?
Danièle : Non, un complot. T'as pas entendu.
Y a des terroristes qui vont venir cacher une bombe quelque part dans
le terrain vague pour demander une rançon.
Claudya : Pourquoi ils prenaient des mesures ?
Danièle : Pour déterminer l'endroit
où ils allaient enterrer la bombe. C'est évident !
Louis : Qu'est-ce qu'on faire ?
Danièle : On va prévenir les autorités.
Grâce à nous, la ville va être sauvée.
Mimi : J'espère qu'ils vont nous donner une
récompense.
Louis : Y pourraient nous payer du Mcdo pendant un
an.
Claudya : Moi je prendrais plutôt mille piastres.
Mimi : Même dix mille piastres pour sauver
la ville, c'est pas cher !
Danièle : Avant de parler de la récompense,
il faut passer à l'action. On va aller au poste de police.
Ils quittent la scène.
Scène 7
Antoine revient du travail. Il est professeur
d'arts plastiques à l'école que fréquentent les
jeunes de la gang à Bouboul. Il a une petite valise à
la main. Il traverse le terrain vague quand Emile arrive en sautillant
et s'interpose sur son chemin.
Émile : Bonjour Antoine !
Antoine : Ah ! Bonjour, euh.. Émile, c'est
ça !
Émile : Vous vous souvenez de mon nom même
si vous avez beaucoup d'élèves en arts plats.
Antoine : Ben, j'ai beaucoup aimé ton travail
en abstraction de la couleur l'autre jour. La plupart des élèves
font ça n'importe comment, mais toi tu t'étais appliqué.
Je dois même t'avouer que ça m'a inspiré pour
une peinture que je suis en train de faire. C'était vraiment
très bien.
Émile : Ah merci beaucoup ! Je vous vois souvent
passer par ici le matin et le soir.
Antoine : Je demeure de l'autre côté
du terrain vague. Ça me fait un raccourci entre l'école
et ma maison. Pis j'aime ça passer ici. T'sais, quand j'étais
jeune, je faisais comme vous autres, je passais mes journées
à flâner dans le bout.
Émile : Je sais où vous restez. L'autre
jour, avec des amis, on a regardé par une fenêtre, on
a vu plein de grands tableaux dans votre salon.
Antoine : Oui, j'ai transformé la maison de
mes parents en véritable galerie d'art.
Émile : Ça flash !
Antoine : Ben, le prochain coup, au lieu de regarder
par la fenêtre, vous avez juste à cogner, je vous ferai
visiter, ça va me faire plaisir. Bon, faut que je te laisse.
Émile s'interpose encore une fois.
Émile : Toi, euh vous Antoine, comment est-ce
que tu vis ça être un artiste ?
Antoine a un rire de surprise
Antoine : Pourquoi tu me demandes ça !
Émile : Ben c'est que... y en a qui disent
que je suis un fifi à cause que je fais du patin artistique
pis plein d'affaires de même.
Antoine : Qui est-ce qui dit ça ?
Émile : Ben....
Antoine : Dis-moi qui est-ce qui dit ça si
tu veux que je fasse quelque chose.
Émile : C'est surtout le gros All..euh Richard
Allard.
Antoine : Ça c'est ben son style ! Écoute,
je vais m'occuper de cette histoire. Mais toi, laisse-toi pas décourager
par ce que peuvent raconter les autres sur ton compte. (Antoine
met les mains sur les épaules d'Émile) Si t'as le
goût de faire du patin artistique et des arts, fais-le, c'est
important ! T'as compris.
Émile : Oui ! Oui !
Antoine : Je vais voir à ça demain.
S'il y a d'autres choses, tu viendras me voir.
Émile : O.K., merci là !
Émile repart aussi vite qu'il est arrivé.
Antoine prend quelques secondes pour réfléchir. Il vient
pour repartir, mais Marie arrive et l'intercepte.
Marie : Bonjour Antoine !
Antoine : Bonjour Marie !
Marie : Antoine... Je voulais vous dire... Je trouve
que vous êtes un excellent professeur !
Antoine : Merci Marie ! C'est gentil ! Excuse-moi,
je dois...
Marie s'interpose.
Marie : J'aime beaucoup vos peintures comme la grande
fresque de la cafétéria. J'en ai parlé à
ma mère et elle aimerait ça voir vos toiles. Elle aime
beaucoup la peinture ma mère. Elle a même suivi des cours.
Antoine : Ah ! Tu lui diras de venir me voir à
la rencontre des parents.
Marie : Vous allez être là ?
Antoine : Bien sûr !
Marie : Elle va sûrement aller te parler !
Antoine : C'est bien !
Il contourne Marie. Il fait quelques pas.
Marie : Antoine !
Antoine se retourne.
Antoine : Oui !
Marie : À la prochaine !
Antoine esquisse un sourire interrogé.
Antoine : Oui, c'est ça !
Antoine part et Marie reste quelques instants,
pousse un petit soupire et s'en va.