Ce texte est un extrait de la célèbre
pièce de Molière, adapté au niveau des enfants.
M. Jourdain a fait fortune et il est riche. Mais, il aimerait aussi
faire partie de la noblesse. C'est pourquoi il cherche à marier
sa fille à un noble. Sauf que celle-ci à d'autres projets
Personnages :
M. Jourdain : Le bourgeois
Mme Jourdain : Sa femme
Lucille : Sa fille
Nicole : La servante
Cléonte : Le prétendant de Lucille
Le maître de Philosophie
L'action se déroule dans les appartements
du bourgeois.
M. Jourdain entre seul en scène.
M. Jourdain : Comme je suis content de mon nouvel
habit. Mon tailleur m'a dit que les gens de qualité s'habillaient
comme cela. Nicole !
Nicole se présente.
Nicole : Oui ! Monsieur !
M. Jourdain : Rien ! C'était seulement pour
être certain que vous étiez là.
Nicole : Je suis là monsieur !
M. Jourdain : Fort bien. Savez-vous ce que fabrique
mon maître de philosophie. Il est encore en retard. J'enrage
! Au diable le philosophe ! La peste étouffe le philosophe
!
Le philosophe entre. Nicole sort.
Philo : Monsieur !
M. Jourdain : Ah ! Vous voilà ! J'allais me
mettre en colère contre vous.
Philo : Venons-en à notre leçon !
M. Jourdain : C'est parfait, car j'ai toutes les
envies du monde d'être savant.
Philo : Ce sentiment est raisonnable. Par où
voulez-vous que nous commencions ? Voulez-vous que je vous apprenne
la logique ?
M. Jourdain : Qu'est-ce que cette logique ?
Philo : Celle qui enseigne les trois opérations
de l'esprit.
M. Jourdain : Qui sont-elles, ces trois opérations
de l'esprit ?
Philo : La première, la seconde et la troisième.
M. Jourdain : Oh non ! Apprenons autre chose qui
soit plus jolie.
Philo : Voulez-vous que je vous apprenne la morale
?
M. Jourdain : Qu'est-ce qu'elle dit cette morale
?
Philo : Elle enseigne aux hommes à modérer
leurs passions.
M. Jourdain : Ah non ! Je suis coléreux comme
tous les diables et je veux me mettre en colère quand j'en
ai envie.
Philo : Alors, que voulez-vous que je vous apprenne
?
M. Jourdain : Apprenez-moi à bien parler,
comme les gens de qualité.
Philo : Bon.. Très bien. D'abord, pour savoir
parler comme un gentilhomme, il faut bien prononcer les voyelles.
Il y a cinq voyelles : A, E, I, O, U.
M. Jourdain : J'entends tout cela.
Philo : La voyelle A se forme en ouvrant fort la
bouche : A.
M. Jourdain : A, A, Oui.
Philo : La voix E se forme en rapprochant la mâchoire
d'en bas de celle d'en haut : A, E.
M. Jourdain : A,E; A,E. Ma foi, oui. Ah que cela
est beau !
Philo : Vous pouvez ajouter une consonne, comme la
lettre D qui se prononce en donnant du bout de la langue au-dessus
des dents d'en haut : DA, DA, DE, DE.
M. Jourdain : DA, DE, DA, DE. Oui les belles choses
! Les belles choses ! J'aimerais aussi savoir bien tourner les mots
pour pouvoir écrire un livre. Je tirerais beaucoup de prestige
à écrire un livre.
Philo : Est-ce que vous allez écrire des vers
ou de la prose ?
M. Jourdain : Non, point de vers.
Philo : Vous allez donc écrire de la prose.
M. Jourdain : Non, je ne veux ni prose, ni vers.
Philo : Il faut bien que cela soit l'un ou l'autre.
M. Jourdain : Pourquoi ?
Philo : Parce qu'il n'y a, pour s'exprimer, que la
prose ou les vers.
M. Jourdain : Il n'y a que la prose ou les vers ?
Philo : Oui Monsieur. Tout ce qui n'est point prose
est vers et tout ce qui n'est point vers est prose.
M. Jourdain : Et quand l'on parle, qu'est-ce donc
que cela ?
Philo : De la prose !
M. Jourdain : Quand je dis "Nicole, apportez-moi
mes pantoufles et mon bonnet de nuit", c'est de la prose ?
Philo : Oui ! Monsieur !
M. Jourdain : Par ma foi, il y a plus de quarante
ans que je dis de la prose sans que je n'en sache rien.
Philo : Voilà ce que c'est que d'être
instruit, monsieur.
M. Jourdain : C'est assez pour aujourd'hui. Je vous
remercie de tout mon coeur, et vous prie de venir demain de bonne
heure.
Philo : Je n'y manquerai pas !
M. Jourdain donne quelques sous au philosophe.
Puis, le philosophe sort. M. Jourdain reste seul quelques instants.
Nicole et Mme Jourdain entrent en riant.
M. Jourdain : Qu'est-ce que vous avez encore à
rire ma servante et ma femme ?
Mme Jourdain : Il y a longtemps que vos façons
de faire donnent à rire à tout le monde.
M. Jourdain : Qui est donc tout ce monde-là,
s'il vous plaît ?
Mme. Jourdain : Du monde qui a raison. Quant à
moi, je suis scandalisée de la vie que vous menez. Depuis que
vous vous êtes mis en tête de devenir "Gentilhomme",
la maison est sans cesse sans dessus dessous.
Nicole : Madame parle bien. Je ne suis plus capable
de garder mon ménage propre depuis que vos maîtres à
chanter et à danser viennent crotter nos beaux planchers avec
leurs grandes bottes.
M. Jourdain : Ouais ! Notre servante Nicole a le
caquet bien affilé pour une paysanne !
Mme. Jourdain : Nicole est pleine de bon sens et
je me demande ce que vous pensez faire d'un maître à
danser à l'âge que vous avez.
Nicole : Et d'un maître de philosophie qui
vous apprend à parler comme à la petite école.
Les deux femmes se remettent à rire.
M. Jourdain : Taisez-vous ignorantes! Pour devenir
un gentilhomme, il faut savoir bien parler. Par exemple, savez-vous
ce que vous dites maintenant ?
Mme Jourdain : Je sais que ce que je dis est très
raisonnable.
M. Jourdain : Je ne parle pas de cela. Ce que c'est
que les paroles que vous dites ?
Mme Jourdain : Ce sont des paroles bien sensées.
M. Jourdain : Non, le langage que nous parlons, qu'est-ce
que c'est ?
Mme Jourdain : Je ne sais pas.
M. Jourdain : C'est de la prose, ignorantes. Quand
on parle, on fait de la prose.
Les deux femmes applaudissent.
Mme Jourdain : Bravo, cela vous sera très
utile pour mener vos affaires.
M. Jourdain (Vers Nicole) : Et toi, sais-tu bien
comment il faut faire pour dire A ?
Nicole : Comment ?
M. Jourdain : Dis un peu A pour voir.
Nicole : Eh bien, A.
M. Jourdain : Qu'est-ce que tu fais ?
Nicole : Je dis A.
M. Jourdain : Mais quand tu dis A, qu'est-ce que
tu fais ?
Nicole : Je fais ce que vous me dites.
M. Jourdain : Ah l'étrange chose que d'avoir
affaire à des ignorantes.
Mme. Jourdain : Vous devriez plutôt oublier
ces sottises et songer à marier votre fille qui est en âge
de l'être.
M. Jourdain : Je songerai à marier ma fille
lorsqu'il se présentera un bon parti pour elle. Trêve
de bavardage, j'ai des tâches à accomplir. Je vous laisse
à votre ignorance.
M. Jourdain quitte.
Mme Jourdain (à Nicole) : Ma pauvre fille.
Tu sais tout l'amour que le brave Cléonte a pour elle. C'est
un homme que j'aime beaucoup et je voudrais les aider car j'ai bien
peur que mon mari ne soit pas du même avis que moi.
Nicole : Moi, je suis du même avis que vous
madame.
Mme Jourdain : Va chercher Cléonte pour qu'on
puisse enfin régler cette affaire.
Nicole : C'est une commission très agréable
madame.
Nicole part et Mme Jourdain la suit peu après.
Cléonte entre.
Cléonte : Lucille, êtes-vous là
? Lucille ?
Lucille arrive.
Lucille : Est-ce bien votre voix que j'entends ?
Cléonte : Oh Lucille, deux jours sans vous
voir sont pour moi deux siècles.
Lucille : Et pour moi deux éternités.
Cléonte : Un simple mot de votre bouche et
mon coeur s'enflamme.
Lucille : Je voudrais tant que notre rêve puisse
devenir réalité.
Cléonte : Je suis prêt à surmonter
tous les obstacles pour obtenir votre main.
Lucille : Ma mère s'entretient présentement
avec monsieur mon père dans l'espoir d'influencer ses sentiments.
Justement, ils arrivent.
Mme Jourdain arrive la première.
Mme Jourdain : Cléonte, enfin, vous voilà.
Je crois que l'instant est bien choisi pour faire votre demande.
Cléonte : Ah madame, comme vos paroles flattent
mes désirs.
M. Jourdain arrive.
Cléonte (à M. Jourdain) : Monsieur,
je ne prendrai pas trop de votre temps et de détours pour vous
demander de me faire l'honneur d'être votre gendre.
M. Jourdain : Avant de vous donner une réponse,
j'aimerais savoir si vous êtes gentilhomme ?
Cléonte : Je suis né de parents honorables
et je possède assez d'argent pour que votre fille ne manque
de rien, mais je dois vous avouer que je ne suis pas gentilhomme.
M. Jourdain : Monsieur, ma fille n'est pas pour vous.
Cléonte : Comment ?
M. Jourdain : Vous n'êtes point gentilhomme,
vous n'aurez pas ma fille.
Mme Jourdain : Encore cette histoire de gentilhomme
!
M. Jourdain : Je veux donner à ma fille un
mari qui soit noble !
Lucille : Oh Père ! Comme vous êtes
cruel !
Lucille s'en va en pleurant.
Mme Jourdain : Vous voulez un noble pour votre fille,
mais moi, je n'y consens point !
M. Jourdain : Moi, je vous dis que c'est une chose
que j'ai résolue.
Mme Jourdain : Ah !
Mme Jourdain sort d'un côté et M.
Jourdain de l'autre. Nicole reste seule avec Cléonte.
Nicole : Pourquoi ne vous lui avez pas dit que vous
étiez gentilhomme ?
Cléonte : Parce que je ne suis pas gentilhomme.
Nicole : Quelle importance que cela soit vrai ou
faux, ne voyez-vous pas que notre homme est fou ?
Cléonte : Tu as raison, j'aurais dû
le faire.
Pour obtenir
le reste du sketch