Dix petits campeurs

Scène 5 : Le matin

Zacharie arrive en pyjama. Il se penche sur le feu pour mettre quelques brindilles. Macha et Romane viennent le rejoindre.

Macha : Qu'est-ce que tu fais ?

Zacharie : Je prépare le feu. Si on veut faire des toasts, ça prend de la braise.

Romane : Si on t'avait pas, il faudrait t'inventer.

Zacharie : J'aurais besoin d'un morceau d'écorce de bouleau, mais il ne faut pas l'arracher sur un arbre vivant. Macha, peux-tu y aller ?

Macha : Va le chercher toi-même. J'ai pas d'ordre à recevoir de toi.

Zacharie : Hier, t'as dit que tu voulais t'occuper du feu.

Macha : Hier, c'était hier. À matin, ça me tente plus.

Il lève les yeux en signe d'exaspération et quitte pour aller chercher son morceau.

Macha : Il se prend pour un moniteur, lui.

Romane : Laisse-le faire. Ça l'amuse.

Catherine vient les rejoindre.

Catherine : Les moniteurs ne sont pas encore levés ?

Romane : Les moniteurs se lèvent toujours les derniers.

Macha : Comment ça ?

Delphine arrive à son tour.

Romane : Parce qu'ils profitent de notre sommeil pour faire plein de choses qui nous sont interdites comme manger « full » bonbons, écouter de la musique dans leur baladeur et jouer au Gameboy

Delphine : D'ailleurs, après la légende d'hier, je serais pas surprise d'apprendre que le Barzaloup, ait, par hasard, mangé tous nos desserts.

Catherine : Hein, comment ça ?

Zacharie revient avec un morceau d'écorce ou un bout de papier.

Romane : C'est une histoire inventée pour que les moniteurs gardent les desserts pour eux. On s'est déjà fait faire le coup.

Zacharie : Christophe n'oserait pas.

Romane ironique : Bien sûr.

Delphine : Pour se venger, on pourrait les réveiller en sursaut.

Romane : Oui, on approche tous de leur tente et à « go », on fait

Au moment où Romane vient pour crier, on entend le cri de Zoé qui vient de plus loin : « Ahhhh ». Zoé arrive, paniquée.

Zoé : Au secours, au secours ! Je l'ai vu.

Christophe et Annabelle sortent de leur tente.

Macha : Qui ? Quoi ?

Zoé : Le Barzaloup.

Romane : Encore lui.

Christophe : Qu'est-ce qui se passe ?

Delphine : Zoé aurait vu nul autre que le Barzaloup.

Zoé : Je vous le dis.

Macha : T'as pas tes lunettes. T'as dû voir une souche.

Zoé : C'était grand, plein de poils et ça bougeait.

Annabelle : Zoé, as-tu remarqué ?

Zoé : Allez-vous enfin comprendre que mon nom est Joey, pas Zoé.

Annabelle : Ah Joey, oui, c'est clair maintenant.

Joey : Il commence à être temps.

Nathan arrive.

Catherine : C'est parce que tu ne zozotes plus Joey.

Joey réfléchit quelques secondes et semble réaliser ce qui lui arrive.

Joey : Un chasseur sachant chasser, doit savoir chasser sans son chien. Wow, c'est fantastique. Je suis guérie. Enfin, je pensais que ça n'arriverait jamais.

Delphine : Je suis contente pour toi Joey.

Romane : Moi aussi.

Annabelle : Le déclic s'est fait.

Romane : Le Barzaloup aura au moins servi à quelque chose de positif.

Macha : Moi ze suis zoiyeuse et zeureuse que tu ne zozotes plus.

Annabelle et les autres jeunes se retournent vers Macha pour lui faire les gros yeux. Tristan arrive à son tour.

Nathan : Je m'excuse d'interrompre le party, mais est-ce que quelqu'un aurait vu Serge et Jean-Olivier ?

Christophe : Ils doivent dormir encore.

Nathan : Pas du tout. Ils se sont levés tôt. Jean-Olivier a été malade ce matin.

Tristan : Oui, j'en ai eu connaissance. Il avait de la difficulté à respirer. Probablement une crise d'asthme.

Nathan : Serge est venu pour le soigner. Ils sont partis et on ne les a plus revus.

Christophe : T'es certain ?

Nathan : J'ai vérifié dans toutes les tentes.

Christophe : Est-ce qu'il y a quelqu'un qui les a aperçus ?

Aucune réponse.

Annabelle : Ils ne doivent pas être loin.

Christophe qui crie : Serge, Jean-Olivier.

Les jeunes de façon un peu disparate : Seeerge, Jean-Oliiiviiier !

Christophe : Cessez de crier si on veut entendre leur réponse.

Macha : Ils sont peut-être retournés au camp.

Annabelle : Impossible, il n'y a aucun chemin et c'est beaucoup trop loin.

Tania qui se lève : Qu'est-ce que vous avez à hurler comme des fous ?

Nathan : Serge et Jean-Olivier ont disparu.

Tania : Étrange, j'ai justement rêvé à eux cette nuit. Ils tombaient dans un grand trou.

Catherine : Ce n'était peut-être pas un rêve.

Tania : La frontière entre les songes et la réalité est mince et fragile.

Tristan : Au lieu de dormir debout, on devrait plutôt les chercher. Tout d'un coup qu'il leur ait arrivé un accident. Ils ont peut-être besoin d'aide.

Annabelle : Tu as raison Tristan, il faut les retrouver. On va faire une battue.

Joey : Une quoi ?

Tristan : C'est une technique de recherche. On part tous en même temps pour passer le terrain au peigne fin.

Catherine : Ça me fait penser que je ne suis même pas coiffée.

Macha : On a même pas déjeuné. J'ai faim.

Zacharie : Pensez à Serge et Jean-Olivier, ils doivent être affamés eux aussi.

Christophe : On va chercher en équipe de deux.

Delphine et Romane se tiennent bras dessus bras dessous.

Christophe : Tristan et Catherine, vous partirez par ici. Macha et Annabelle par là. Delphine et

Romane vers le nord. Zacharie et Tania, vous remonterez le bord de la rivière alors que Nathan et Qui est-ce qui reste ?

Joey lève la main.

Christophe : Nathan et Joey partiront dans le sens inverse.

Zacharie : Je voulais être avec toi.

Christophe : C'est impossible, je reste ici pour surveiller les recherches. Si je siffle trois coups, tout le monde revient ici. C'est compris ?

Tout le monde : Oui !

Joey : Est-ce qu'on est obligé ? J'ai peur de revoir le Barzaloup.

Delphine : Oublie le Barzaloup. T'es probablement tombé sur un chevreuil ou un orignal.

Tristan : Ou un gros mulot.

Annabelle : Il faut surmonter ta peur ma belle, en situation d'urgence, il faut se serrer les coudes.

Nathan : Ah, j'ai mal aux pieds.

Annabelle : T'as toujours tes bottes de caoutchouc. Va te mettre des espadrilles.

Nathan : J'ai juste ces bottes-là.

Annabelle : Ouais, c'est pas fameux.

Christophe : Soyez attentif aux moindres indices que vous pourrez trouver sur votre route. Maintenant, partez et surtout soyez prudents.

Tristan : Je suis certain qu'on va les retrouver.

Macha : J'espère que ça sera pas trop long.

Les équipes partent dans leur direction respective et Christophe reste seul au centre. Il sort quelques biscuits de ces poches et les mange.

 

Scène 6 : La recherche

Delphine et Romane reviennent vers Christophe qui cache les biscuits.

Christophe : Qu'est-ce que vous faites là ?

Romane : Ça nous tente pas de chercher pour rien.

Christophe : Comment pour rien ?

Delphine : Arrête Christophe, on le sait que c'est une mise en scène. Ça fonctionne avec les plus jeunes, mais pas avec nous.

Christophe : C'est pas une mise en scène, je vous l'assure.

Delphine : À d'autres. Tu t'es arrangé avec Serge et Jean-Olivier pour qu'ils se lèvent de bonne heure et aillent se cacher.

Christophe : Je vous certifie que ce n'est pas une blague.

Romane : Donne-nous des biscuits si tu veux qu'on continue à jouer le jeu.

Christophe : Les rations de biscuits sont calculées.

Delphine : Alors, pourquoi t'en manges ?

Christophe : Je ferais jamais ça.

Romane : Ah oui ! Regarde, il y a plein de graines de biscuits par terre.

Delphine : Tu en as même sur ton chandail.

Christophe : Bon, ok. J'ai des biscuits, mais la disparition de Serge et Jean-Olivier, c'est très sérieux. Continuez à chercher.

Romane : Tu sais que tu es presque convaincant.

Annabelle revient essoufflée. Macha est sur ses talons.

Annabelle : Christophe, Christophe !

Christophe : Oui.

Annabelle : Les canots.

Christophe : Qu'est-ce qu'ils ont ?

Annabelle : Ils ont disparu.

Christophe : Tu me fais marcher, là.

Annabelle : Je te le dis, ils ne sont plus sur le bord de la plage.

Delphine : Annabelle, toi aussi t'es

Christophe qui hausse le ton : Delphine, c'est pas le temps.

Annabelle : La corde a été détachée et quelqu'un a poussé les canots dans le courant de la rivière.

Christophe : Voyons donc, qui est-ce qui aurait pu faire ça ?

Macha : Je reverrai jamais ma mère. Je veux retourner chez nous, je veux retourner chez nous.

Christophe : Panique pas Macha. J'ai mon cellulaire. Je vais appeler au camp et ils vont venir nous chercher en hélicoptère s'il le faut.

Macha : J'ai peur.

Romane : Regarde Christophe, avec tes légendes et tes histoires de disparition, tu fais pleurer les jeunes. C'est pas fort ton affaire.

Annabelle serre Macha contre elle.

Christophe : Écoutez, la légende d'hier, c'était pour rire, je vous l'accorde, mais la disparition de Serge et de Jean-Olivier, ainsi que celle des canots, c'est pas de la frime. Pour vous le prouver , je vais prendre mon cellulaire et appeler tout de suite le responsable du camp.

Il sort son cellulaire et commence à pitonner.

Christophe : Ah non, pas vrai. Il est mort.

Macha : Qui ? Le responsable du camp ?

Christophe : Non, mon cellulaire. Je comprends pas, la pile s'est déchargée. Hier, elle était pourtant à pleine capacité.

Delphine : Est-ce que ça fait aussi parti du scénario ?

Annabelle : Quel scénario ? Je pense qu'on devrait rappeler tout le monde immédiatement. Ça commence à être inquiétant.

Christophe : Tout de suite.

Christophe siffle trois coups. Tristan et Catherine reviennent les premiers.

Tristan : Vous les avez retrouvés ?

Christophe : Je ne sais pas.

Zacharie et Tania arrivent à leur tour. Tania a une botte dans la main.

Zacharie : Qu'est-ce qui se passe ?

Romane : C'est tout un suspense. Après la disparition de Serge et de Jean-Olivier, voilà que les canots se sont volatilisés et que le cellulaire de Christophe ne répond plus. Nous sommes donc perdus au milieu de nulle part sans aucun moyen de communication avec l'extérieur.

Delphine : Un vrai film d'horreur de série B. Qui seront les prochaines victimes ?

Tania : À votre place les filles, je ne plaisanterais pas. Ça peut porter malheur. Les créatures maléfiques comme le Barzaloup savent comment tendre leur piège de façon à ce qu'on ait aucune échappatoire. On est fait comme des rats.

Delphine : Est-ce que tu essaies de nous impressionner madame la diseuse de bonne aventure ? Parce que les légendes de chats noirs et feux follets, ça nous fait pas vraiment peur.

Romane : À moins qu'elle soit complice de cette mise en scène avec les moniteurs. T'as reçu combien de biscuits pour cette magnifique prestation ?

Macha : J'en veux moi des biscuits.

Annabelle : Il n'y a pas de mise en scène les filles. Fiez-vous à ma parole. C'est juste plusieurs incidents qui se produisent en même temps. Parfois, quand la malchance commence à frapper

Tania : La malchance a un nom et elle n'a pas fini de frapper. Regardez ce qu'on a trouvé.

Elle montre la botte.

Tristan : Une des bottes de Nathan.

Zacharie : Elle traînait dans un sentier et il y avait ces épines juste à côté.

Tout le monde s'approche pour voir les épines.

Catherine : Les épines du Barzaloup.

Tania : J'ai bien peur que Nathan et Z Joey ait été capturés

Christophe : Ne sautons pas trop vite aux conclusions. Il doit y avoir une explication. À partir de maintenant, on ne se quitte plus. On va chercher tout le monde ensemble.

Macha : Je bouge plus d'ici, je suis fatiguée et je veux pas me faire attraper.

Annabelle : Écoute Macha, tant que tu restes avec moi, il ne va rien t'arriver.

Christophe : Avant toute chose, nous allons décrocher la nourriture pour enfin déjeuner. Ensuite Ensuite On verra.

Tristan : Si on fait une chaîne humaine, personne ne pourra s'égarer.

Catherine : Oui, restons tous collés, comme ça, on sera en sécurité.

Ils quittent tous.

Scènes 1 à 4

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