À l’école Notre-Dames-des-Anges,
on peut sentir une tension entre les jeunes qui suivent les courants
de la mode et ceux qui rejettent les principes de la société
de consommation. Ces deux manières de penser vont être
confronté lors d’un concours oratoire organisé
par l’école.
Nombre de personnages : 21 dont 6 n’ont que quelques répliques
ou sont muets.
Peu de décors et d’accessoires.
Durée : 50 à 60 minutes.
Introduction : La cacophonie des aubaines
Les comédiens sont divisés en trois groupes qui auront
à scander de petites phrases, de petites litanies.
Le chef d’orchestre arrive. Il a l’air sûr de lui,
presque hautain. Il salue le public et annonce « La cacophonie
des aubaines ». Puis, il tape avec sa baguette sur un lutrin,
question d’attirer l’attention. Il pointe sa baguette
vers le premier groupe qui commence aussitôt à répéter
: « Acheter, jeter, acheter, jeter… ».
Cette première litanie est le rythme de fond. Elle doit être
répétée sur un ton plutôt bas. On peut
battre le rythme en claquant les doigts ou en frappant sur des petits
instruments de percussion.
Après quelques mesures, le chef d’orchestre pointe le
deuxième groupe qui à son tour scande « 10%, 20%,
30%… ». Pendant ce temps, le premier groupe continue de
répéter sa litanie.
Quelques mesures plus loin, le chef pointe le troisième groupe
qui entreprend la phrase suivante : « Carte de crédit,
carte de débit, argent comptant… ». Les deux autres
groupes répètent toujours leurs slogans créant
ainsi une cacophonie organisée.
Après un certain temps, le chef d’orchestre fait signe
de diminuer le volume tranquillement jusqu’à ce qu’on
entende les litanies en sourdine. Il faut maintenant faire place au
soliste.
Le soliste entre, il fait rapidement des signes de tête au public
et au chef d’orchestre puis déclame avec énergie
les paragraphes suivants :
Allez, consommez
Faites-vous du bien
Car plus vous dépensez, plus vous économisez
Et plus vous serez heureux
Ne manquez pas cette super liquidation
Des tonnes de rabais
Comme vous n’en avez jamais vu
Hâtez-vous, premier arrivé, premier servi
Achetez maintenant et payez plus tard.
Avec nos produits, vous serez les plus fins,
Les plus forts et les plus beaux.
Satisfaction garantie ou argent remis.
Note : au lieu d’un soliste, on peut ajouter un quatrième
groupe.
Une fois son poème terminé, le soliste salue et quitte
la scène. Il peut aussi aller rejoindre un des groupes.
Comme finale, le chef d’orchestre demande aux groupes d’augmenter
l’intensité dans un grand crescendo qui se termine de
façon forte et abrupte.
Quand tout est terminé, le chef salue le public et les membres
de son orchestre. Puis il sort.
Les comédiens qui jouent dans la scène suivante restent
et les autres quittent la scène.
Scène 1 : La division des équipes
Avec : Damien, Lucie, Gabrielle, Pascale, Michel, Raphaëlle,
José, Joelle, Maxime et Bobby.
Note : On peut ajouter des figurants dans cette scène.
Damien reçoit un ballon de soccer.
DAMIEN : OK, on divise les équipes. Je suis le premier chef.
Je l’ai dit en premier.
Damien lance le ballon à Lucie.
LUCIE : Je suis la deuxième chef. Je l’ai dit.
GABRIELLE : C’est toujours vous autres les chefs.
DAMIEN : Ah! On l’a dit. Il est trop tard. Vous avez juste à
être plus rapides.
PASCALE : On n’a même pas eu le temps de réagir.
DAMIEN : C’est normal qu’on soit les chefs, on est les
deux plus forts.
LUCIE : Les équipes seront pas justes si on se retrouve dans
la même équipe.
GABRIELLE : Vous vous prenez pour les meilleurs de l’école
Notre-Dame-des-Anges.
DAMIEN : Pour être bon, il faut se penser bon. C’est une
question d’attitude.
RAPHAËLLE : Moi pis José, on est toujours choisis en dernier.
DAMIEN : C’est normal, vous êtes les moins forts.
RAPHAËLLE : On peut pas s’améliorer. On joue à
la défense et on n’a jamais le ballon.
JOSÉ en fouillant dans son sac de bonbons : Ouin !
DAMIEN : Vous avez juste à performer.
GABRIELLE : On est à l’école. C’est pas
les championnats mondiaux. On peut laisser faire la compétition.
DAMIEN : La vie est une grande compétition, ma chère
Gabrielle.
PASCALE : Nous, on veut s’amuser.
MICHEL : Pourquoi on procède toujours de la même manière.
Il faudrait trouver des façons originales de diviser les équipes.
PASCALE : T’as raison Michel! On pourrait tirer au hasard.
RAPHAËLLE : Ou se diviser selon nos dates de naissance. Ceux
qui sont nés l’été contre ceux qui sont
nés l’hiver.
MICHEL : Ou encore ceux qui ont déjà eu la varicelle
contre ceux qui ne l’ont jamais eu.
LUCIE : Je le sais moi, les gars contre les filles.
GABRIELLE ironique : Bravo Lucie! Toute une idée originale!
LUCIE : Qu’est-ce que t’as à dire, punaise.
PASCALE : Soyons pratiques : les vêtements clairs contre les
vêtements foncés.
DAMIEN : Non ! Les « in » contre les « out ».
GABRIELLE : Qu’est-ce que t’entends par là ?
DAMIEN : Ceux qui ont de l’allure contre ceux qui n’en
ont pas.
PASCALE : Je suppose que les « in » sont ceux qui portent
du beau linge cher « foule » à mode.
DAMIEN : Ça ressemble à ça.
GABRIELLE : C’est vraiment faible comme idée.
DAMIEN : Pourquoi, c’est la réalité.
PASCALE : La réalité ?
DAMIEN : Oui, vous vous voyez pas l’allure.
GABRIELLE : Qu’est-ce qu’elle a notre allure ?
LUCIE en touchant au vêtement de Gabrielle : Cette
chemise-là, tu dois bien la porter depuis ta première
année.
GABRIELLE : Ça fait longtemps que je l’ai, mais je suis
bien dedans.
MAXIME : Moi, je renouvelle ma garde-robe au complet à tous
les six mois.
DAMIEN : Michel a dû acheter ses pantalons au Comptoir des pauvres.
LUCIE en rigolant : Non, c’est les culottes de son
grand-père. Tous ses frères et sœurs les ont portés
avant lui.
JOELLE : Sans parler de Pascale, elle a l’air d’un épouvantail
avec son linge confectionné à la maison.
PASCALE : Est-ce que j’ai le droit d’avoir des goûts
différents ?
DAMIEN : T’as le droit de faire dur. T’oublie que les
vêtements, c’est notre carte de visite. Ça démontre
quel type de personne on est. Pis vous autres, vous êtes «
out ».
GABRIELLE : Des « out » hein ! On va te montrer si on
est des « out ». J’accepte le défi. Les «
in» d’un bord contre les « out ».
Damien et Lucie se tapent dans la main. Gabrielle, Michel, Raphaëlle,
Pascal et José se placent d’un côté, alors
que Damien, Lucie, Maxime et Joelle se placent de l’autre. S’il
y a des figurants, ils se divisent en deux selon leur habillement.
Bobby reste en plein centre.
DAMIEN : Préparez-vous l’équipe du vieux linge
! On va vous laver !
LUCIE : On va vous écraser comme des punaises.
GABRIELLE : C’est ce qu’on va voir.
BOBBY qui s’empare du ballon : Moi, je vais faire l’arbitre.
RAPHAËLLE : Tu joues jamais Bobby. Fais un effort.
BOBBY : Ça me tente pas.
DAMIEN : Il préfère jouer au soccer sur son Gameboy.
JOSÉ : Moi non plus, je ne joue pas.
GABRIELLE : José, on a besoin de tout le monde.
JOSÉ : J’ai pas le goût de courir.
MICHEL : T’as juste à rester dans les buts.
JOSÉ : Bon, si vous voulez.
BOBBY : Tout le monde est prêt. Un, deux, trois, Go !
Tous les personnages quittent sauf Gabrielle et Damien.
Scène 2 : Les parents (1).
Le père entre et va rejoindre Damien. Gabrielle reste immobile.
PÈRE : Bonjour fiston ! T’as passé une bonne journée?
DAMIEN : Oui. Tu rentres tard.
PÈRE : J’avais des clients importants à rencontrer.
DAMIEN : Et puis?
PÈRE : J’ai effectué une vente du tonnerre.
Ils se tapent dans les mains.
DAMIEN : Aujourd’hui, on a joué au soccer et on a gagné
11 à 0.
PÈRE : Excellent!
DAMIEN : J’ai compté quatre buts, Lucie en a compté
trois.
PÈRE : C’est rare que Lucie et toi vous jouez dans la
même équipe.
DAMIEN : Tous les « bizarres » de l’école
voulaient jouer ensemble. Ils pensaient nous battre.
PÈRE : C’est bien. Pour avoir une équipe gagnante,
il faut s’entourer des meilleurs et évacuer les faibles.
Retiens bien ça!
Ils figent. La mère entre et va rejoindre Gabrielle.
MÈRE : Bonjour ma belle. T’as passé une bonne
journée?
GABRIELLE : Bof! Tu rentres tard.
MÈRE : J’avais une réunion obligatoire avec le
grand boss des États.
GABRIELLE : Avant que les Américains achètent la compagnie,
t’avais pas besoin de travailler le soir.
MÈRE : Pour faire face à la mondialisation, il faut
être compétitif.
GABRIELLE : Comme ça c’est vrai que la vie est une grande
compétition.
MÈRE : C’est pas supposé. La vie devrait être
une SAINE compétition.
GABRIELLE : Qu’est-ce que tu veux dire?
MÈRE : Dans la nature, pour les animaux, les plantes, la vie
est une compétition. Alors que la société que
les humains ont construite devrait donner une chance égale
à tous.
Elles figent. L’attention se dirige vers Damien et son père.
PÈRE : Dans la vie, il faut toujours que tu regardes en avant.
Si tu te retournes, tu vas te faire dépasser.
DAMIEN : Quand on fait des courses, je gagne tout le temps parce que
je fonce comme une fusée.
PÈRE : Ça c’est mon fils. Prends moi comme exemple.
Ça fait deux mois de suite que je termine premier vendeur des
produits SuperStar et je suis presque assuré d’arriver
premier encore une fois.
DAMIEN : Wow!
PÈRE : Avec les bonus que ça va me donner, je vais enfin
pouvoir m’acheter une Infiniti rouge G 35 avec boîte manuelle
six vitesses. Quatre roues de 18 pouces en alliage...
DAMIEN : Pis le gilet du Canadiens que je t’avais demandé
?
PÈRE : Certain, à condition que tu remontes tes notes
de mathématique. Car si c’est important de compter des
buts, il faut aussi savoir compter son argent.
DAMIEN : J’vais faire des efforts. J’ai tellement hâte
d’arriver à l’école avec mon gilet. Ça
va flasher!
PÈRE : Comme je le dis souvent, les vêtements, c’est
notre carte de visite.
Ils figent. L’attention se retourne vers Gabrielle et sa
mère.
MÈRE : Il faut produire, produire, toujours produire. Au diable
la qualité, c’est la quantité qu’ils veulent.
Je sais pas si je vais tenir le coup.
GABRIELLE : Tes boss devraient savoir qu’on peut pas faire du
bon travail quand on est trop pressé.
MÈRE : Ils nous pressent… comme des citrons.
GABRIELLE : Tu m’as toujours dit que l’important, c’est
d’être heureux. Si ton emploi te convient plus, t’as
juste à changer. Il doit bien exister des boîtes de communication
où la qualité est vraiment importante.
MÈRE : Les bonnes places ne courent pas les rues. Je peux pas
me permettre d’être sans salaire trop longtemps.
GABRIELLE : On peut se serrer la ceinture.
MÈRE : Je voulais t’acheter une robe neuve pour ton party
de fin d’année.
GABRIELLE : Je pourrais mettre ta robe de bal. Tu voulais me la donner.
MÈRE : Elle est un peu démodée.
GABRIELLE : C’est pas grave. Je suis déjà cataloguée
comme une fille démodée.
MÈRE : C’est quoi cette histoire-là ?
GABRIELLE : À l’école, c’est rendu qu’il
y a deux gangs : les « in » et les « out ».
On a fait une partie de soccer une gang contre l’autre. On s’est
fait battre à plate couture.
MÈRE : J’aime pas bien ça. C’est pas très
sain comme climat. Je vais en parler à ton professeur.
GABRIELLE : Attends, je n’ai pas dit mon dernier mot.
MÈRE : Attention, je te connais, toi. Avec ta tête forte,
t’as tendance à te mettre en situation de conflit. Prends
pas trop ça à cœur.
GABRIELLE : Inquiètes-toi pas.
Scène 3 : Sur le chemin de l’école.
Pascale et Michel entrent en jasant. Bobby les suit en jouant
avec un jeu vidéo portatif.
PASCALE : 11 à 0 et Gabrielle voudrait une partie revanche.
On va encore se faire humilier.
MICHEL : Si on peut pas les avoir par la force, il faut utiliser notre
intelligence.
Pascale et Michel s’arrêtent. Bobby continue à
marcher et bouscule Pascale.
PASCALE : Attention Bobby !
BOBBY en regardant toujours son jeu vidéo : Toi, je
vais t’écraser.
MICHEL : Bobby, franchement !
BOBBY : C’est pas à Pascale que je disais ça,
c’est au monstre dans mon Gameboy.
PASCALE : Youhou ! Je suis une vraie personne.
MICHEL : Et Pascale est loin d’être un monstre.
BOBBY concentré sur son jeu : C’est vrai.
Pascale fait une petite moue gênée. Quelque chose
s’allume dans son regard.
BOBBY : Ah non ! Je suis mort.
PASCALE : T’as juste à recommencer.
BOBBY : Mais j’ai passé la nuit sur cette partie. J’étais
rendu au vingt-troisième niveau.
MICHEL : Tu peux bien t’endormir pendant la classe, Bobby Zombie.
BOBBY : Je suis vidé, je n’ai plus d’énergie.
PASCALE : Si t’as passé une nuit blanche, c’est
normal que tu sois fatigué.
BOBBY : J’avais presque atteint la grande comète rouge.
Ça m’aurait redonné toute mon énergie.
MICHEL : Quelle comète rouge ?
PASCALE : C’est dans son monde virtuel.
MICHEL : Ah bon ! Je me demande si un jour il va décrocher.
PASCALE : Parlant de comète, en voici une qui fonce directement
sur nous.
Joelle arrive. Bobby replonge dans son jeu.
JOELLE : Salut! Devinez ce que je me suis acheté ?
PASCALE et MICHEL en même temps : Une photo autographiée
de Britney Spears.
Note : Britney peut être remplacée par une autre
vedette du moment.
JOELLE : Vous le saviez ?
Michel : C’était facile à deviner. Tu tripes sur
Britney. T’as tout : les disques, les DVD, les posters, les
t-shirts, la casquette, la serviette de plage, les bas, les suçons,
la salière, la poivrière, le tournevis, les pinces…
JOELLE : Ben là, t’exagères !
MICHEL : À peine.
JOELLE : Je suis folle de joie, une photo autographiée, c’est
fantastique!
Elle sort l’objet de son sac.
PASCALE : Comment t’as payé ça ?
JOELLE : Juste trente dollars.
MICHEL ironique : Juste ça.
JOELLE : Quoi! C’est pas cher.
MICHEL : Ça dépend sous quel angle tu te places. Pour
quelqu’un comme moi qui vit dans une famille de cinq enfants,
trente dollars, c’est le bout du monde.
JOELLE : Habituellement, ça vaut quatre fois le prix. C’est
pour ça que ça valait la peine.
MICHEL : Remarque que pour imprimer une photo, ça coûte
seulement quelques sous.
PASCALE : Tes parents acceptent de payer pour ces bébelles-là
?
JOELLE : Comme ils sont séparés, c’est très
facile de jouer sur leur sentiment de culpabilité pour obtenir
des cadeaux. Et quand ils refusent, je leur pique des crises incroyables.
Je suis capable de devenir carrément insupportable, vous savez.
MICHEL : Je n’en doute pas.
PASCALE : Avec tout l’argent que tu gaspilles, j’aurais
pu me payer une machine à coudre professionnelle.
JOELLE : Écoutez, si vous avez des problèmes d’argent,
vous pouvez participer au concours oratoire organisé par l’école.
PASCALE : Un concours oratoire ?
MICHEL : C’est un concours où tu fais un exposé
oral devant un grand public et il y a des juges qui évaluent
ta performance.
Joelle leur tend un papier coloré qu’elle vient de
sortir de son sac. Michel le prend.
JOELLE : Et le premier prix est de 1000 dollars.
PASCALE : Super cool!
MICHEL : Attendez, c’est pas 1000 dollars en argent, c’est
1000 dollars en certificat-cadeau pour aller manger chez Monsieur
Donald.
PASCALE : Quoi? 1000 dollars de « fast food ».
JOELLE : J’avais pas vu ça. C’est encore mieux.
PASCAL : C’est dégueulasse.
MICHEL : Attends, comme deuxième prix, il y a une télé
couleur 36 pouces.
JOELLE : Incroyable, je file m’inscrire tout de suite.
Joelle quitte la scène en vitesse. Michel regarde toujours
le papier.
PASCALE : Notre école fait tirer du « fast food »
et une télé.
MICHEL : Sûrement une nouvelle trouvaille de notre directeur.
J’ai hâte de voir la réaction de Gabrielle.
PASCALE : Elle va complètement être…
BOBBY : Anéantie, désintégrée, rayée
de la carte. Yé !
Michel et Pascale se regardent, découragés.
MICHEL : Mets-toi sur « pause » Bobby, les cours vont
commencer.
Scène 4 : Toujours sur le chemin de
l’école
Dans cette scène José se laisse intimider par Lucie
et Maxime, qui a un agenda rempli d’activités, n’a
pas de temps à consacrer au texte qu’elle doit faire
en équipe avec Raphaëlle.
(Texte complet en payant les droits).
Scène 5 : Les clés du directeur
Le directeur passe avec des papiers sous le bras et un café
à la main. Il repasse encore et encore, à la recherche
d’un objet. Gabrielle et Michel entrent.
GABRIELLE : Vous cherchez quelque chose Monsieur le Directeur ?
DIRECTEUR : Mes clés, je cherche mes clés. Je croyais
les avoir laissées dans mon manteau. J’ai une réunion
urgente aux bureaux de la Commission scolaire.
MICHEL : Est-ce qu’il y a deux pompons roses accrochés
à votre porte-clés ?
DIRECTEUR : Vous avez pris mes clés ?
GABRIELLE : Non, mais on sait ce qui est arrivé.
DIRECTEUR : Je vous ordonne de me le dire immédiatement.
MICHEL : On aurait une petite question à vous poser avant.
DIRECTEUR qui les regarde d’un œil soupçonneux
: Encore une de vos manigances.
GABRIELLE : Pas du tout.
MICHEL : On voudrait savoir, à propos du concours oratoire,
pourquoi les prix à gagner sont aussi « irresponsables
» ?
DIRECTEUR : Irresponsables ?
GABRIELLE : Franchement, une télé, du « fast food
».
DIRECTEUR : Où est le problème ?
GABRIELLE : Du « fast food », c’est mauvais pour
la santé.
MICHEL : Un repas contient 35 cuillères de sucre.
DIRECTEUR : Vous oubliez que nous sommes à l’ère
des réseaux et du partenariat. Ces entreprises sont prêtes
à injecter beaucoup d’argent dans nos écoles.
MICHEL : Pour en récolter davantage.
DIRECTEUR : Nos gouvernements n’ont plus la capacité
de payer. Il faut trouver de nouvelles ressources.
GABRIELLE : On vit déjà dans un monde où il y
a de la publicité partout. Les grosses compagnies ne doivent
pas entrer dans nos écoles. Il faut seulement mieux gérer
nos ressources.
MICHEL : C’est vrai ! On a même pas de service de recyclage
à l’école Notre-Dame-des-Anges. Est-ce qu’à
la Commission scolaire, on utilise du papier recyclé ?
Michel tâte le paquet de feuilles que tient le directeur.
MICHEL : Ça pas l’air.
GABRIELLE : Votre café, il est équitable ?
MICHEL : Savez-vous dans quelle condition a été fabriqué
votre bel habit ?
GABRIELLE : Probablement en Asie dans un atelier de misère
où les employés gagnent 12 cents par jour.
DIRECTEUR : Stop ! Écoutez les enfants. J’ai beaucoup
de priorités à gérer et j’ai pas toujours
le temps de penser à tout cela. Je sors d’ici à
9h tous les soirs. Si vous avez des critiques, utilisez les canaux
démocratiques. Adressez-vous au Conseil des élèves.
Toi, Gabrielle, tu en fais partie, je crois ?
GABRIELLE : On n’y manquera pas.
DIRECTEUR : Maintenant, où sont mes clés ?
MICHEL : Nous les avons trouvées près de votre voiture.
On venait vous les rendre.
Michel lui tend les clés. Le directeur vient pour les saisir,
mais Michel les ramène vers lui, si bien que le directeur passe
dans le vide.
GABRIELLE : Êtes-vous conscient que votre beau véhicule
utilitaire sport consomme 30% plus d’essence qu’une voiture
ordinaire?
DIRECTEUR : Mes clés S.V.P.
Michel lui donne les clés.
GABRIELLE : Dépêchez-vous avant d’être en
retard.
Le directeur sort en trombe. Gabrielle et Michel se frappent les poings,
puis quittent la scène.