Consommatosaurus Rex
Scènes 6 à 10

Scène 6 : Le défilé de mode

Le reporter arrive, micro à la main.

REPORTER : Nous interrompons cette pièce de théâtre pour vous présenter un défilé de mode préparé par Mademoiselle Pascale Ménard qui est l’un des personnages de cette pièce. Accueillons-là chaleureusement, Mademoiselle Pascale Ménard.

Pascale entre, salue le public et va rejoindre le reporter.

REPORTER : Pascale, vous avez une passion pour la couture.

PASCALE : Oui, quand j’ai eu quatre ans, ma grand-mère m’a donné en cadeau d’anniversaire, une petite machine à coudre jouet et tout de suite, j’ai été, pour ainsi dire « piqué » par cette passion. Ensuite, de fil en aiguille, j’ai commencé à travailler avec de véritables machines pour en venir à confectionner mes propres vêtements.

REPORTER : On dit que vous avez des doigts de fée.

PASCALE : J’aime créer à partir de matériaux usagés. Je fais le tour des friperies et je ramasse des morceaux de linges intéressants.

REPORTER : Vous portez présentement quelques unes de vos créations.

PASCALE : Je fais tout mon linge. Le tissu de la jupe que je porte ici provient d’un rideau que j’ai dégoté dans un marché aux puces. J’adorai le motif. Tandis que pour ma chemise, j’ai eu simplement à refaire le col qui avait des pointes vraiment trop longues.

REPORTER : Plusieurs de vos amis ont pu bénéficier de votre talent.

PASCALE : Oui, on peut voir ici Michel…

Michel arrive et se place en avant de la scène.

PASCALE : … qui porte un jeans qui était assez usé et un peu trop large. Alors, je lui ai refait une coupe plus actuelle et j’ai brodé des pièces colorées sur les parties plus usées. Pour la chemise « carreautée », j’ai simplement coupé les manches pour lui donner un « look » étudiant.

Michel quitte et Gabrielle arrive.

REPORTER : Et nous terminons avec la robe de bal.

PASCALE : Pour la grande soirée, ma bonne amie Gabrielle voulait porter une robe qui appartenait à sa mère. Comme elle était un peu défraîchie, nous l’avons teinte pour lui redonner son éclat. Il ne restait plus ensuite qu’à faire quelques ajustements.

REPORTER : Merci Gabrielle.

Gabrielle quitte.

REPORTER : Donc, vous combinez la mode et le recyclage.

PASCALE : Oui et c’est très économique. Ça demande un peu de temps, mais on sauve beaucoup de sous. En plus, on a la grande satisfaction de porter des vêtements personnalisés qui nous ressemblent.

REPORTER : Mais, c’est pas toujours facile d’être originale ?

PASCALE : Quand tu portes des vêtements différents de la « normale », tu te fais pointer du doigt, tu deviens marginale. À notre école, c’est devenu un problème. Il s’est formé deux gangs : les jeunes à la mode et les autres.

REPORTER : Est-ce que vous avez des solutions pour remédier à cette situation ?

PASCALE : Je n’ai rien contre les vêtements de marque, seulement, c’est très cher et ce n’est pas tout le monde qui a les moyens de s’en acheter. Je pense qu’on peut porter du linge tripant sans être obligé de payer cinquante dollars par morceau. J’aime beaucoup me fabriquer des t-shirts colorés, je les dessine moi-même avec de la peinture à tissus.

REPORTER : Vous avez des projets en ce sens ?

PASCALE : J’en ai parlé avec notre professeur, Mme Claire et elle a tout de suite adopté l’idée. On va organiser un atelier.

REPORTER : Vous aimez beaucoup votre professeur, je crois.

PASCALE : Oui, elle est merveilleuse. Elle nous donne le goût d’apprendre et nous motive beaucoup avec ses idées capotées.

REPORTER : Alors merci Pascale et félicitations pour ce beau travail. Tu peux retourner en coulisse pour te préparer. Avant de continuer l’histoire, je voudrais vous faire connaître cette merveilleuse enseignante, Mme Claire. On l’accueille.

Mme Claire va rejoindre le reporter.

REPORTER : Rapidement, Mme Claire car le temps nous manque, est-ce que vous pouvez nous parler de votre rôle dans cette pièce ?

Mme CLAIRE : Mon nom est Claire Dupuis. Je suis professeur à l’école Notre-Dame-des-Anges depuis huit ans. J’aime mon travail. J’y consacre beaucoup de temps. Bref, je suis un personnage aidant, c’est-à-dire que je vais tenter de dénouer l’impasse.

REPORTER : De quel côté vous situez-vous ?

Mme CLAIRE : J’aime pas trop prendre parti. Mais on peut tout de même dire que mon cœur penche du côté des enfants. L’intrusion des multinationales dans notre école me chicote beaucoup. J’ai d’ailleurs eu une chaude discussion avec notre directeur à ce sujet.

REPORTER : Vous pouvez nous donner un scoop sur ce qui va se passer ?

Mme CLAIRE : Tout ce que je peux vous révéler, c’est que ça va brasser. Continuez à suivre et vous verrez.

REPORTER qui porte la main à son oreille : C’est tout le temps qu’on a. Alors, Mme Claire, on vous demande de prendre votre place pour la prochaine scène. Attention, action !

Le reporter quitte. Gabrielle, Raphaëlle et Michel entrent aussitôt.


Scène 7 : Mme Claire motive

Gabrielle et Raphaëlle ne veulent pas participer au concours oratoire pour montrer leur désaccord. Mme Claire leur fait réaliser qu’un concours oratoire est une excellente occasion de faire connaître son point de vue.
(Texte complet en payant les droits)


Scène 8 : Les parents (2)

DAMIEN : Salut Papa. Est-ce que tu as faim ? On pourrait se faire cuire des cuisses de poulet.

PÈRE : Du poulet, on aura juste à en faire venir. J’ai beaucoup de travail. J’aimerais que tu m’aides.

DAMIEN : Pas de problème.

PÈRE : Il suffit de remplir ces demandes d’adhésion. T’écris n’importe quel nom, n’importe quelle adresse.

DAMIEN : Pour quoi faire ?

PÈRE qui hésite un peu : C’est la fin du mois et je ne suis pas certain de terminer premier dans les ventes. Je fais quelques commandes imaginaires, puis je les annule quelques jours plus tard. Le temps d’être nommé meilleur vendeur SuperStar du mois.

DAMIEN : Est-ce que c’est légal ?

PÈRE : C’est pas illégal. Inquiète-toi pas. Parfois pour gagner, il faut emprunter des chemins moins fréquentés. Il faut savoir pousser sa chance.

DAMIEN : C’est pas de la tricherie ?

PÈRE : Pense à l’Infiniti rouge, à ton chandail du Canadiens. Le vendeur qui finit premier trois mois de suite voit son bonus tripler. Pour gagner, il faut établir ses propres règles.

L’attention se dirige vers Gabrielle et sa mère.

GABRIELLE : Salut maman. Est-ce que tu as faim ? J’ai fait cuire du poulet.

MÈRE : Tu as préparé le souper. Bon Dieu, c’est moi qui devrais s’occuper des repas.

GABRIELLE : C’était pas compliqué. J’ai suivi la recette. Ça sera des cuisses de poulet à la Cajun pour madame.

MÈRE : Wow ! C’est le service cinq étoiles.

GABRIELLE : Pour une maman cinq étoiles.

MÈRE : Ça fait du bien, j’ai passé une dure journée.

GABRIELLE : Ce soir tu vas te reposer tranquillement.

MÈRE : Ça va être difficile, j’ai un travail urgent à terminer pour demain.

GABRIELLE : Encore !

MÈRE : Oui encore, je suis désolée.

GABRIELLE : C’est pas grave. Je vais t’aider.

MÈRE : T’es gentille, mais c’est trop compliqué. Je dois dessiner plusieurs esquisses.

GABRIELLE : Est-ce que tu reçois un bonus pour tes heures supplémentaires ?

MÈRE : Non.

De retour vers Damien et son père.

DAMIEN : Je vais participer à un concours oratoire à l’école.

PÈRE : Intéressant.

DAMIEN : Il y a des prix super tripants.

PÈRE : La préparation mentale est très importante. Donne-toi des objectifs précis. Il faut visualiser ta victoire.

DAMIEN : Est-ce que tu pourrais me prêter ton livre préféré, celui que tu as toujours avec toi ?

PÈRE en sortant le livre : « Gagnant un jour, gagnant toujours » de Bill Wiseman, le champion des placements. Tu lui feras attention, c’est le secret de mon succès.

DAMIEN : Je vais faire un exposé sur la motivation.

PÈRE : C’est quand ton concours ?

DAMIEN : Lundi dans trois semaines.

PÈRE : T’appellera tes grands-parents, tes oncles et tes tantes. C’est toujours bon d’avoir des supporters dans la salle. Ça influence les juges.

L’attention revient vers Gabrielle et sa mère.

GABRIELLE : Finalement, je vais participer au concours oratoire.

MÈRE contente : Ah ! T’as changé d’idée ?

GABRIELLE : Mme Claire m’a convaincue.

MÈRE : Je suis contente, c’était quand même dommage.

GABRIELLE : Mais les prix ne m’intéressent pas. Je le fais pour le plaisir.

MÈRE : Bien.

GABRIELLE : As-tu vu ma grosse encyclopédie sur la préhistoire ?

MÈRE : Elle n’est pas dans la bibliothèque du salon.

GABRIELLE : Non, j’en ai absolument besoin pour préparer mon exposé.

MÈRE : C’est quand ton concours ?

GABRIELLE : Lundi dans trois semaines.

MÈRE : Ah non, j’ai un congrès à Boston cette semaine-là.

GABRIELLE un peu déçue : Tu pourras toujours me regarder en vidéo.

MÈRE : Je vais tout faire pour me libérer. Je te le promets.

Debout, Damien ouvre le livre et se met à lire. Le père, Gabrielle et sa mère quittent.


Scène 9 : Dans la cour d’école

Lucie, Raphaëlle, Maxime, Joelle, Michel et Bobby entrent en même temps que les personnages de la scène précédente quittent. Raphaëlle se place avec Maxime, Joelle avec Michel. Bobby joue avec un jeu vidéo portatif. Damien lit toujours. Lucie va le retrouver.

LUCIE : Qu’est-ce que tu fais là ?

DAMIEN : Je lis un livre.

LUCIE : En pleine cour d’école ?

DAMIEN : Pourquoi ? Ça te dérange ?

LUCIE : Non, c’est juste… bizarre.

DAMIEN : Tu trouves ça bizarre que je lise un livre ? J’adore lire.

LUCIE : Je le sais pas moi, j’ai jamais lu de livre au complet.

Pascale entre et se dirige vers Raphaëlle et Maxime.PASCALE : Allo, est-ce que vous faites quelque chose demain après les cours ?

RAPHAËLLE : Ça dépend.

PASCALE : J’organise un atelier de peinture sur t-shirt.

RAPHAËLLE : Cool !

MAXIME : Moi, je peux pas, j’ai un cours de chant à mon agenda.

RAPHAËLLE exaspérée : Ah ! Elle pis son agenda !

JOELLE : Britney Spears m’a écrit une lettre.

MICHEL surpris : Britney Spears t’a écrit une lettre, ben voyons !

JOELLE : Je suis membre de son fan club. À tous les mois, on reçoit une lettre personnalisée de Britney.

MICHEL : Ah bon ! Je suppose que c’est même pas elle qui l’a composée.

JOELLE : Certain, regarde, elle est même signée.

MICHEL : Mettons.Pascale se dirige vers Bobby.

PASCALE : Bobby, est-ce que je te dérange ?

Bobby est concentré sur son jeu.

PASCALE : Bobby, je te parle.

Bobby ne répond toujours pas. Pascale tire sur le fil de ses écouteurs.

BOBBY : Aie.

PASCALE qui parle et gesticule en robot : Bonjour Bobby, je suis un extra-terrestre de la dix-huitième dimension. Je veux t’inviter à un atelier de peinture sur t-shirt. Tu pourras me dessiner sur ton ventre.
Pascale tape sur le ventre de Bobby avec son doigt.

BOBBY : Qu’est-ce que tu fais ?

PASCALE : Je te parle dans ton langage.

JOELLE : J’ai amassé plein d’informations sur Britney.

MICHEL : Pourquoi ?

JOELLE : C’est mon sujet pour le concours oratoire.

MICHEL : J’aurais dû y penser.

JOELLE : Toi, c’est quoi ton sujet ?

MICHEL : Les salaires démesurés des sportifs et des vedettes.

PASCALE : S.V.P. Bobby viens.

BOBBY : Ça me tente pas.

PASCALE : C’est une activité pour toi. Tu dessines super bien.

BOBBY : Je le sais pas.

PASCALE : Si tu viens, tu pourrais me dessiner un t-shirt.

BOBBY : Peut-être.

PASCALE : Parfait, je compte sur toi.

DAMIEN : Est-ce que tu as étudié pour l’examen de math ?

LUCIE : Moi, j’étudie jamais.

DAMIEN : Avant, je réussissais sans vraiment étudier, mais ça devient de plus en plus difficile.

LUCIE : Il existe des moyens pour réussir sans se fatiguer.

DAMIEN : C’est vrai. Dis-moi comment. Je veux avoir de meilleures notes. Mon père m’a promis un chandail des Canadiens si j’améliorais mes math.

LUCIE : Laisse-moi m’occuper de cela.

RAPHAËLLE à Maxime : As-tu lu le brouillon que je t’ai envoyé ?

MAXIME : Oui, c’est ben correct.

RAPHAËLLE : Comment, c’est correct ?

MAXIME : T’as juste à le mettre au propre. C’est parfait.

RAPHAËLLE : C’est juste un brouillon. Tu devais le corriger et ajouter tes idées.

MAXIME : Puisque je te dis que c’est parfait. Ça donne rien d’en rajouter. Imprime-le et donne-le au prof.

RAPHAËLLE : Je le savais que je me taperais tout le travail.

MAXIME : Oublie pas que « Maxime », ça prend un « e » à la fin.Pascal se dirige vers Michel et Joelle.

PASCALE : Salut, est-ce que ça vous tente de participer à un atelier de dessin sur t-shirt ?

MICHEL : C’est quand ?

PASCALE : Demain après les cours.

MICHEL : Est-ce que vous fournissez le matériel ?

PASCALE : T’amène un t-shirt et l’école fournit la peinture.

JOELLE : J’ai pas de t-shirt avec rien dessus.

MICHEL : Amène un t-shirt de Britney. On lui fera une moustache.

Michel et Pascale rigolent.

JOELLE : Très drôle.

MICHEL : Je vais être là.

PASCALE : Et toi Joelle ?

JOELLE pas trop intéressée : Si je me trouve un t-shirt, je vais y aller.Pascale se retourne vers Lucie et Damien.

PASCALE : Est-ce que ça vous tente de participer à …

DAMIEN : J’ai pas le temps.

LUCIE : Ça nous tente pas de ressembler à un épouvantail.

PASCALE vexée : Je préfère être un épouvantail qu’une enseigne publicitaire.

MICHEL à Pascale : Laisse tomber, ils sont bornés.

DAMIEN : Quand est-ce que vous reprenez votre revanche au soccer ? Vous direz à Gabrielle qu’on est prêt n’importe quand ?

MICHEL : On pourrait changer de jeu.

DAMIEN : Vous avez peur. Bande de « Looser ».

LUCIE : Vous êtes rien que des punaises.

Tous les personnages quittent sauf Lucie et Raphaëlle.


Scène 10 : La menace

Raphaëlle est debout. Elle récite ses leçons pour elle-même. Lucie l’observe quelques instants et va la trouver.

LUCIE : Qu’est-ce que tu fais là, plantée à rien faire ?

RAPHAËLLE : Je ne fais pas rien.

LUCIE : Ah oui !

RAPHAËLLE : Je cogite.

LUCIE : Tu quoi ?

RAPHAËLLE : Je cogite, c’est-à-dire que je réfléchis, je pense. Ça doit pas faire partie de ton vocabulaire de néanderthalien.

LUCIE : C’est quoi un néanderthalien ?

RAPHAËLLE qui hésite un peu : C’est un genre de joueur de football de l’ancien temps.

LUCIE : Ah ! Tu réfléchis à quoi ?

RAPHAËLLE : Je me prépare pour l’examen de Math de cet après-midi.

LUCIE : Excellent.

Raphaëlle la regarde d’un air interrogateur.

LUCIE : Tu vas sûrement avoir une bonne note.

RAPHAËLLE un peu inquiète : Je mets toutes les chances de mon côté.

LUCIE : Comme ça, tu pourras nous donner les bonnes réponses.

RAPHAËLLE : Quoi ?

LUCIE : T’as bien compris. Mon bureau est à côté du tien. T’as juste à placer ta feuille pour qu’elle soit bien visible. C’est pas plus compliqué.

RAPHAËLLE : Je fais pas ça.

LUCIE qui lui arrache ses lunettes : Ah oui !

RAPHAËLLE : Arrête, je vois rien sans lunette.

LUCIE : Tu fais ce que je te dis ou je broie tes petites berniques. Pis si tu racontes ça à quelqu’un, je t’écrabouille comme une punaise. C’est clair ?

Raphaëlle ne dit rien.

LUCIE : C’est clair ?

RAPHAËLLE : Oui.

LUCIE : Parfait. Tu places ta feuille pour qu’elle soit bien visible.
Lucie place les lunettes près du visage de Raphaëlle.

LUCIE en laissant tomber les lunettes : Tiens tes berniques.
Raphaëlle rattrape les lunettes à temps. Elle les remet. Lucie quitte rapidement.

RAPHAËLLE : J’ai été trop gentille en te traitant de néanderthalien, j’aurais dû dire une guenon, un mollusque, un être unicellulaire.

Raphaëlle sort.

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Scènes 11 à 19

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