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| Style/Thème : | Comédie dramatique sur le hasard et le destin |
| Lieux : | À lécole, à la bibliothèque, au domicile des enfants |
| Nb de comédiens : | Entre 8 et 12 |
| Durée : | 60 minutes |
| Niveau : | Intermédiaire |
Résumé : |
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| Pour samuser, quatre jeunes se réunissent dans une bibliothèque la nuit pour organiser une cérémonie. Lidée est douvrir un livre au hasard pour connaître son destin. Alors quils croyaient ce jeu sans conséquence, les quatre amis ont la surprise de voir les prophéties se réaliser. Ils sont alors projetés dans une série de situations tantôt comiques, tantôt dramatiques qui remettront en jeu leur amitié et leur vision de la vie. | |
Les personnages
Cédric
François-Guillaume
Josiane
Samantha
Geneviève
Ginger
Jeanne
Jonathan
Popeye
M. Dupuis
Père de Samantha
Mère de Josiane
Scène 1 : À la biblio
(1) : La cérémonie
On entend des clés. Des jeunes qui rient.
CÉDRIC : Chut ! Vos boîtes ! Il faut
pas se faire voir.
François-Guillaume, Samantha et Josiane entrent, suivis
de Cédric.
FRANÇOIS-GUILLAUME : Ça flash. On dirait
que c'est pu la même bibliothèque.
SAMANTHA : Tout d'un coup, y a de l'atmosphère.
Josiane ouvre l'éclairage.
CÉDRIC : Josiane, t'es-tu malade ? On va se faire
repérer.
Cédric referme l'éclairage.
JOSIANE : Quoi ? Il fait noir, on voit rien.
SAMANTHA : C'est ça l'idée. Il
faut qu'il fasse noir pour la cérémonie.
JOSIANE : Ah oui, la cé-ré-mo-nie.
CÉDRIC à Samantha : Pourquoi tu l'as
invitée, elle ?
SAMANTHA qui place une chandelle sur la table : Je l'ai
invité, c'est tout.
CÉDRIC : Est mieux de pas nous causer de problème.
JOSIANE : Capote pas Cédric, je suis pas conne.
Y va rien arriver.
CÉDRIC : Je capote pas, c'est juste qu'on
est pas supposé être icitte. Si le père
de François-Guillaume l'apprend, je suis à la
porte.
JOSIANE : Qu'est-ce que le père de François
vient faire là-dedans ?
FRANÇOIS-GUILLAUME : Mon père est le directeur
de la bibliothèque.
CÉDRIC : Il ne faut pas qu'il sache que je me sers
des clés de la bibli pour venir le soir faire une cérémonie
avec mes chums.
FRANÇOIS-GUILLAUME : Tout va bien aller. Inquiète-toi
pas.
CÉDRIC : Si on se fait pincer, faut que ça soit
clair que c'était pas mon idée, que vous m'avez
forcé la main.
FRANÇOIS-GUILLAUME : Si jamais il y a un problème,
je vais dire à mon père que c'est de ma faute.
T'es super cool d'avoir accepté.
SAMANTHA : Venez vous asseoir, on va commencer tout de suite.
Elle allume la chandelle. Petit temps.
SAMANTHA : Placez vos mains sur la table. Fermez vos yeux
et prenez une bonne respiration. Maintenant, on touche
tous à la chandelle et on partage nos énergies.
CÉDRIC : On peut-tu sauter des étapes et aller
plus vite ?
SAMANTHA : Quand, tu nous interromps, il faut recommencer au
début.
CÉDRIC : Désolé, on continue.
SAMANTHA : Donc, on touche tous à la chandelle et on partage
nos énergies.
Ils touchent tous à la chandelle.
SAMANTHA : Ce soir, nous allons poursuivre la tradition
initiée par les grands prêtres égyptiens, gardiens
de la bibliothèque d'Alexandrie, fondée par Alexandre
le Grand lui-même.
CÉDRIC : Ben voyons donc.
Les autres poussent un soupir.
CÉDRIC : Quoi ? Une tradition égyptienne,
c'est n'importe quoi.
FRANÇOIS-GUILLAUME : Je vois pas de problème.
CÉDRIC : Je comprends pas comment une tradition égyptienne
vieille de plusieurs millénaires aurait pu se rendre au Québec.
SAMANTHA : Il ne faut pas sous-estimer la puissance de la tradition
orale.
CÉDRIC : C'est des histoires de bonne femme.
FRANÇOIS-GUILLAUME : Joue le jeu Cédric, mets un
peu de fantaisie dans ta vie. T'es trop logique.
CÉDRIC : Moi, je m'en tiens aux faits, aux chiffres.
J'aime les choses qui se mesurent.
SAMANTHA : L'amour, le bonheur, est-ce que ça se
mesure ?
JOSIANE : Bon, on peut-tu continuer ? On va pas y passer
la nuit.
CÉDRIC : Je dis plus un mot.
SAMANTHA : Donc, on va poursuivre une tradition des grands prêtres
de la bibliothèque d'Alexandrie. Tout d'abord,
il vous faut un gage.
JOSIANE : Un gage ?
SAMANTHA : Un objet qui vous représente ou qui symbolise
votre désir.
JOSIANE : Tu m'avais pas parlé de ça.
J'ai rien amené.
SAMANTHA : Me semble que je te l'ai dit.
JOSIANE : Je te le jure.
SAMANTHA : Ben, fouille dans ton sac, trouve la chose qui te
représente le plus.
Josiane fouille dans son sac. Cédric tire le trousseau
de clés sur la table.
SAMANTHA en regardant Cédric : Un trousseau de
clés ?
CÉDRIC : Moi aussi j'ai rien amené, mais
les clés de la bibli, ça me représente bien.
Je passe beaucoup de temps ici à travailler, à placer
des livres et à bouquiner.
François-Guillaume place une figurine sur la table.
CÉDRIC : Qu'est-ce que c'est ? Le cavalier
d'un jeu d'échec.
FRANÇOIS-GUILLAUME : C'est une figurine de Donjons
et Dragons, un chevalier.
CÉDRIC : J'aurais dû y penser.
SAMANTHA : J'ai de la misère à comprendre votre
trip, se prendre pour des personnages imaginaires, c'est enfantin.
FRANÇOIS-GUILLAUME : La réalité est tellement
plate, ça permet de s'évader.
CÉDRIC : Chacun sa façon de se changer les idées.
SAMANTHA un peu hésitante : Moi, j'ai apporté
la montre de mon père.
On sent un malaise circuler dans le regard des autres.
SAMANTHA : Josiane, ton objet.
Josiane place un pruneau sur la table.
LES TROIS AUTRES : Un pruneau ?
JOSIANE : Oui.
CÉDRIC : Ça te représente ?
JOSIANE : Oui, pis c'est pas de vos affaires.
SAMANTHA : Donc, on a tous les objets, on peut commencer.
Vous replacez vos mains sur la table, vous prenez une bonne respiration.
Quand je vais dire « on y va », vous touchez
la chandelle du doigt et aussitôt vous allez chercher un livre
au hasard dans la bibliothèque, vous ne regardez pas le titre.
Vous le placez à l'envers devant vous. Si la cérémonie
se déroule dans les règles, les livres vont vous révéler
une parcelle de votre destin. C'est compris ?
LES TROIS AUTRES : oui.
SAMANTHA : On y va.
Tous les quatre ensemble, ils touchent la chandelle, vont chercher
un livre en coulisse et reviennent s'asseoir.
SAMANTHA : Je vais commencer. Je vais ouvrir le livre et
lire un passage au hasard.
Elle ouvre son livre.
SAMANTHA : Les roches ignées sont le résultat du
refroidissement du magma qui provient de l'irruption d'un
volcan. Ce sont des roches très dures.
François-Guillaume et Cédric se mettent à
rigoler.
SAMANTHA : S'il vous plaît les gars. Les livres
parlent parfois en parabole, il faut savoir lire entre les lignes.
CÉDRIC : T'as besoin d'avoir une bonne loupe.
FRANÇOIS-GUILLAUME qui soulève le livre de
Samantha : Traité de géologie. Excellent
choix.
SAMANTHA : À toi François-Guillaume.
FRANÇOIS-GUILLAUME : Très bien.
Il pose les mains sur la table, prend une bonne respiration.
Il ouvre le livre au hasard.
FRANÇOIS-GUILLAUME : Dame aux couleurs d'ébènes,
seule survivante des contrées de l'Est. Tu m'ensorcelles,
tu m'enivres. Dans ta chute, tu m'entraînes et je
demeure ton serviteur.
CÉDRIC : Assez songé.
FRANÇOIS-GUILLAUME qui retourne le livre : Graffitis
d'un insomniaque, recueil de poésies de Paul Sénéchal.
CÉDRIC : Le livre parfait pour s'endormir le soir.
SAMANTHA ironique : T'es drôle toi, savais-tu
ça ?
CÉDRIC : Qui est-ce qui parlait de mettre de la fantaisie
?
SAMANTHA : Josiane, c'est à toi.
Josiane retourne le livre rapidement et lit.
JOSIANE : Cent ans de solitude de Gabriel Garcia Marquez.
FRANÇOIS-GUILLAUME : Ben là, c'est le titre
du livre et l'auteur.
CÉDRIC : T'as lu la première page.
JOSIANE : J'ai fait ce que vous m'avez dit.
C'est pas de ma faute.
SAMANTHA : Tu pourras pas connaître ton destin.
CÉDRIC : Ben, cent ans de solitude, je trouve ça
assez clair. Dans son cas particulièrement.
JOSIANE : Aie, qu'est-ce que tu veux dire par là
?
SAMANTHA : Y veut rien dire. Cédric, il ne manque
plus que toi.
CÉDRIC : Parfait, jouons le jeu.
CÉDRIC qui ouvre le livre : Saperlipopette, tu
es un véritable gaffeur, une catastrophe ambulante. De
toute ma carrière, je n'ai jamais rencontré un
type aussi casse-pieds.
FRANÇOIS-GUILLAUME qui éclate de rire :
C'est une BD de Gaston Lagaffe !!!
Samantha et Josiane le suivent bientôt dans la rigolade.
CÉDRIC : C'est vraiment con votre cérémonie.
Cédric éternue, puis le système d'alarme
retenti.
CÉDRIC : Ah non, vite, on sacre notre camp.
Ils ramassent leur gage et déguerpissent. François-Guillaume
apporte également le livre de poésie avec lui.
Scène 2 : À la cafétéria
de l'école (1)
François-Guillaume lit son livre. Cédric
arrive essoufflé.
FRANÇOIS-GUILLAUME : T'arrive donc ben tard.
CÉDRIC : Ça va mal à matin. Mon cadran
a pas sonné, je me suis levé en retard. Je trouvais
plus ma passe d'autobus. Il fallait que je paye, mais
j'avais plus de monnaies. Je suis donc venu en courant.
FRANÇOIS-GUILLAUME : Tu vas être réchauffé,
on commence en éduc.
CÉDRIC : Pas vrai. J'ai oublié mon
kit de sport.
FRANÇOIS-GUILLAUME : Ils vont te retourner chez vous pour
que t'ailles le chercher.
CÉDRIC : Ah, j'ai l'impression que le ciel
me tombe sur la tête.
FRANÇOIS-GUILLAUME : Par Toutatis !
JEANNE qui entre : Cédric, ça fait vingt
minutes que je t'attends devant ta case. Est-ce que tu
me prends pour une dinde ?
CÉDRIC : Je m'excuse, je me suis levé en
retard.
JEANNE : T'as pas oublié mon livre de math, toujours.
J'ai un cours ce matin.
CÉDRIC : Ton livre de math, non, non, je l'ai.
CÉDRIC qui fouille dans son sac : Ah non, ma bouteille
de jus s'est cassée. Le liquide a coulé
sur mes livres.
De son sac, il sort le livre de math qui dégoutte.
JEANNE qui s'empare du livre et constate son état :
Un livre de math à odeur d'orange, c'est original,
mais je suis pas certain que mon prof va apprécier.
CÉDRIC : Je suis désolé. Je le rembourserai
s'il le faut.
JEANNE : Je vais tenter de l'essuyer du mieux que je peux.
FRANÇOIS-GUILLAUME qui pointe quelque part dans les coulisses :
Y des napkins sur le comptoir.
Cédric va chercher un gros paquet de « napkins »
pour essuyer son sac. Il en donne quelques-unes à Jeanne.
JEANNE : Qu'est-ce que tu lis François ?
FRANÇOIS-GUILLAUME : Un recueil de poésie, Graffitis
d'un insomniaque.
CÉDRIC : Quoi ? T'es parti avec le livre.
FRANÇOIS-GUILLAUME : Énerve-toi pas quand je vais
en avoir fini, je vais te le redonner et tu le ramèneras sans
que personne ne s'en aperçoive.
JEANNE : Y a juste à le remettre à son père.
CÉDRIC : Oublie ça. Monsieur Dupuis, tout
le monde l'appelle « Monsieur », est du
genre très strict. Il ne fait pas d'exception.
Même François le vouvoie. T'imagines le personnage.
FRANÇOIS-GUILLAUME : C'est vrai. Je m'excuse
Cédric. J'ai pas pu faire autrement. C'est
le livre de mon destin.
JEANNE : De ton destin ?
CÉDRIC : On a fait une cérémonie où
chacun lisait son destin dans un livre pris au hasard et je crois
que François est resté accroché.
JEANNE : Ah bon.
FRANÇOIS-GUILLAUME qui récite à la manière
des poètes : Dame aux couleurs d'ébènes,
seule survivante des contrées de l'Est. Tu m'ensorcelles,
tu m'enivres. Dans ta chute, tu m'entraînes et je
demeure ton serviteur. (Il reprend un ton normal) Couleurs d'ébènes,
qu'est-ce que ça veut dire ?
JEANNE : D'une couleur très très noire.
FRANÇOIS-GUILLAUME : Je dois donc chercher une fille noire.
JEANNE : Ou habillée en noir.
FRANÇOIS-GUILLAUME : Hum, ça me donne pas beaucoup
d'indices…survivante des contrées de l'Est.
CÉDRIC : Tu vas pas commencer à chercher cette
fille, elle existe pas. C'était juste un jeu, vous
l'avez dit.
FRANÇOIS-GUILLAUME : Je sais, je veux mettre un peu de
fantaisie, de magie dans ma vie.
CÉDRIC : Et votre « magie » va peut-être
faire disparaître mon emploi à la bibli. Est-ce
que ton père a parlé du système d'alarme
?
FRANÇOIS-GUILLAUME : D'après moi, il sait
rien. On a filé rapidement sans laisser de trace.
JEANNE à Cédric : T'avais pas désarmé
le système ?
CÉDRIC : Oui, mais rendu à une certaine heure,
ça doit se réenclencher automatiquement.
FRANÇOIS-GUILLAUME : C'est un vilain tour des esprits
qui hantent la bibli. On a les dérangés.
CÉDRIC : J'y pense, les clés. Qu'est-ce
que j'ai fait avec ?
JEANNE : Tu dois les avoir égarées quelque part
dans le fouillis qui te sert de chambre.
CÉDRIC : Tout d'un coup que je les ai oubliées
dans la serrure en refermant la bibli.
FRANÇOIS-GUILLAUME : Tu les as mis dans ta poche arrière,
je m'en souviens bien.
CÉDRIC qui vérifie ses poches : Mais, je les ai
pas.
JEANNE : En rentrant chez toi, tu vas les retrouver.
CÉDRIC : Si je les ai perdues, ça va être
la catastrophe. M. Dupuis va me faire tout un sermon et, surtout,
il va comprendre qu'on a déclenché le système.
FRANÇOIS-GUILLAUME : Pas besoin de paniquer. On
n'en est pas encore rendu là.
CÉDRIC : Je voudrais bien vous voir à ma place.
JEANNE : Détends-toi, il y a sûrement une solution.
Prépare-toi, les cours vont commencer.
CÉDRIC : Et j'ai pas mon kit de sport.
FRANÇOIS-GUILLAUME : Je vais te passer le mien.
CÉDRIC : Le prof va te retourner à la maison.
FRANÇOIS-GUILLAUME : Je te dois bien ça.
Pis s'ils me renvoient chez moi, je vais y rester. Il
faut que je me prépare. J'ai un tournoi Grandeur
Nature en fin de semaine.
CÉDRIC : Merci, tu me sauves. J'ai l'impression
que la malchance me court après.
François-Guillaume quitte. Ginger entre subitement.
Cédric passe près d'entrer en collision avec elle.
GINGER un peu minette : Regarde où tu vas,
Cédric. Tu pourrais être frappé par la chance
et gagner le gros lot.
CÉDRIC : Merci. Je ne crois pas aux jeux de
hasard. On perd trop souvent.
GINGER : Si un jour tu es fatigué des prix de consolation,
fais-moi signe.
Ginger frôle Cédric et continue son chemin.
JEANNE : C'est pas la malchance qui te court après, c'est
cette Ginger gros-lo-lo. J'aime pas trop ça
CÉDRIC : Elle perd son temps. J'aime
pas les filles « gonflées ».
JEANNE : Dépêche-toi. Je voudrais pas qu'on
se retrouve en retenue après les cours. Oublie pas que
tu rencontres ma famille ce soir.
Ils quittent.
Scène 3 : Amour grandeur nature
Dans un jeu grandeur nature de Donjons et Dragons, Geneviève
passe rapidement. Elle regarde à gauche et à droite
et sort. François-Guillaume arrive. Il se
promène prudemment à l'affût d'éventuels
attaquants. Il est bien équipé avec un beau costume,
une épée en mousse, un gros bouclier, plusieurs protections
et un médaillon autour du cou.
FRANÇOIS-GUILLAUME : Reste t-il un vaillant guerrier pour
m'affronter ou suis-je encore une fois le dernier ?
Comme pour lui répondre, Geneviève revient et se
place devant lui. Ses vêtements sont noirs, elle a peu
de protection et un petit bouclier. Elle a une allure gothique.
FRANÇOIS-GUILLAUME : Oh gente dame, j'ose croire
que nous sommes les derniers combattants.
GENEVIÈVE : Ça l'air à ça.
FRANÇOIS-GUILLAUME : Je n'ai point l'habitude
de croiser le fer avec d'aussi charmante adversaire, mais il
ne doit qu'en rester un… ou une et j'ai bien l'intention
de me mériter la bourse offerte par le baron.
Geneviève amorce une attaque parée par François-Guillaume.
FRANÇOIS-GUILLAUME : Madame n'est point une novice
et elle sait manier les armes avec adresse.
GENEVIÈVE : J'ai appris jeune à me défendre.
Ils tournent un autour de l'autre.
FRANÇOIS-GUILLAUME : Je n'ai pas souvenance d'avoir
aperçu votre joli visage et vos armoiries me laissent entrevoir
que vous provenez de terres lointaines.
GENEVIÈVE : Je viens de l'est de la ville et j'ai
pas l'habitude de me frotter aux péteux de ton genre
qui se sentent obligés de parler en trou de cul de poule.
FRANÇOIS-GUILLAUME qui a une sorte d'illumination :
Mais, c'est donc vous.
GENEVIÈVE : Hein !
FRANÇOIS-GUILLAUME : La dame aux couleurs d'ébènes,
seule survivante des contrées de l'Est.
Comme François-Guillaume a baissé sa garde, Geneviève
en profite pour l'attaquer. Elle le touche à la
cuisse.
GENEVIÈVE : Deux points.
FRANÇOIS-GUILLAUME : Moi qui vous cherchais partout, j'aurais
dû me douter que vous viendriez à moi.
GENEVIÈVE : T'es-tu en train de faire un « bad
trip » ? Je te suis pas pantoute.
FRANÇOIS-GUILLAUME : Vous êtes l'incarnation
de mon destin.
François-Guillaume a ouvert les bras. Geneviève
l'attaque donc et lui donne deux coups.
GENEVIÈVE : Deux points, deux points. Il doit plus
t'en rester foul.
FRANÇOIS-GUILLAUME : J'ai un médaillon qui
double ma ration de vie.
GENEVIÈVE : Un médaillon de vie, c'est
de la tricherie. Y a juste les p'tits fils à papa
comme toué qui peuvent s'en acheter un.
FRANÇOIS-GUILLAUME : Certes, vous avez mille fois raison
et j'accepte de me séparer de cet objet magique afin
de rendre la lutte plus équitable.
Il enlève le médaillon qu'il porte au cou.
Geneviève l'attaque aussitôt. Elle lui assène
trois coups.
GENEVIÈVE : T'es complètement fucké.
Deux points, deux points, deux points.
FRANÇOIS-GUILLAUME qui s'agenouille feignant l'agonie :
La vie s'échappe de mon corps, mais mon âme vous
suivra partout pour vous protéger. Avant de passer de
la vie au trépas, pourrais-je connaître votre prénom.
GENEVIÈVE : T'es con, tu te prends trop au sérieux.
FRANÇOIS-GUILLAUME : Je vous en supplie gente dame, daignez
me révéler votre prénom avant que mon cœur
cesse de battre.
GENEVIÈVE : C'est Geneviève.
FRANÇOIS-GUILLAUME : Guenièvre, la Guenièvre
de Camelot.
GENEVIÈVE : Non, Geneviève… du quartier St-Roch.
FRANÇOIS-GUILLAUME : Mon esprit vous suivra donc jusqu'à
votre royaume de St-Roch.
Il se laisse choir par terre dans une fin magistrale.
GENEVIÈVE : Yes, je suis la grande gagnante.
Elle quitte.
Scène 4 : À la cafétéria
(2)
Cédric et Josiane entrent en même temps. Cédric
a un cabaret, Josiane porte son sac. Ils cherchent une place
pour manger. La table est libre. Les deux se dirigent
rapidement vers la table. Josiane arrive quelques secondes avant
Cédric.
CÉDRIC : Je l'ai vu en premier.
JOSIANE : Je suis arrivé avant toi.
CÉDRIC : Je suis pressé.
JOSIANE : Moi aussi.
CÉDRIC : Bon, ben prend ton côté de table,
je prends le mien.
JOSIANE : Parfait, si tu restes sur ton territoire, on devrait
pas se chicaner.
CÉDRIC : Mais si tu franchis la frontière, j'appelle
les casques bleus.
JOSIANE lentement : Ah… Ah…Ah…Inquiète-toi
pas, j'empiète pas sur le terrain des autres, mais j'accepte
pas qu'on vienne fourrer son nez dans mes affaires.
Cédric hausse les épaules. Josiane plonge
dans la lecture du roman « Cent ans de Solitude »
en croquant un pruneau. François-Guillaume arrive avec
un cabaret et s'assoit du côté de Cédric.
FRANÇOIS-GUILLAUME exalté : Cédric,
je l'ai rencontrée !
CÉDRIC : Qui ?
FRANÇOIS-GUILLAUME : La dame aux couleurs d'ébènes.
CÉDRIC : Ça devient une fixation.
FRANÇOIS-GUILLAUME : Elle m'est apparue sans que
je m'y attende.
CÉDRIC : Apparue ? Où ça ?
FRANÇOIS-GUILLAUME : Au tournoi Grandeur Nature.
J'ai croisé le fer avec elle. Elle était
habillée en noir et elle demeure dans l'est de la ville.
CÉDRIC : François, les probabilités que
tu rencontres une fille habillée en noir qui demeure à
l ‘est de quelque part sont très grandes. Tu veux
tellement la rencontrer que t'as choisi la première fille
qui correspond à la description.
FRANÇOIS-GUILLAUME : Non, quand je l'ai vu, j'ai
ressenti comme un feeling, j'ai automatiquement su qu'elle
faisait partie de mon destin.
CÉDRIC : Ça existe pas le destin, c'était
un jeu. C'est toi-même qui l'a dit.
FRANÇOIS-GUILLAUME : Le problème avec toi, c'est
que tu crois à rien.
CÉDRIC : C'est dangereux de croire à n'importe
quoi. J'accepte rien facilement.
FRANÇOIS-GUILLAUME : Pauvre Cédric, t'es
trop terre-à-terre. C'est pathétique.
CÉDRIC : Toi, tu prends tes désirs pour des réalités.
François-Guillaume fait une moue d'incompréhension.
Les deux garçons mangent leur repas. Pendant ce temps,
Jonathan se présente devant Josiane avec son cabaret.
JONATHAN : Est-ce que je peux prendre la place qui reste ?
JOSIANE : Ben, je sais pas.
CÉDRIC : Il faut garder une place pour Jeanne. Elle
devrait déjà être là.
JOSIANE : Je m'excuse, c'est mon côté
de table. J'ai le droit d'en faire ce que je veux
et d'inviter qui je veux (elle se tourne vers Jonathan).
Tu peux t'asseoir.
Jonathan : Cool.
Cédric veut dire quelque chose, mais il éternue.
CÉDRIC à François-Guillaume : Je
le sais pas pourquoi, mais on dirait que je suis allergique à
cette fille-là.
JOSIANE : Moi, je suis immunisée contre les emmerdeurs.
Josiane reprend sa lecture. Jonathan l'observe quelques
instants et tente d'entrer en contact avec elle.
JONATHAN : Tu lis « Cent ans de solitude ».
JOSIANE : Non, je regarde les images.
JONATHAN qui fait un effort pour rire de la blague :
Ah, ah… J'aime beaucoup Gabriel Garcia Marquez.
C'est un de mes auteurs préférés.
Ses romans sont pleins d'humour et de poésie.
JOSIANE : Y a trop de personnages. L'histoire est compliquée.
C'est mêlant.
JONATHAN : Ah bon. Est-ce que tu lis ça pour
un cours ?
Pour toute réponse, Josiane lève les yeux en signe
d'exaspération.
JONATHAN : Si c'est pour un travail, je peux t'aider.
Je l'ai lu deux fois.
JOSIANE : Deux fois, t'es maso.
JONATHAN : Non, accroc.
JOSIANE : Laisse faire. Je lis ça juste pour passer
le temps.
Josiane se tourne et continue à lire. Jonathan reste
perplexe. Ginger passe avec un cabaret. Elle cherche une
place.
GINGER : Salut Cédric !
CÉDRIC pas trop certain : Salut.
Ginger sort en cherchant une place.
FRANÇOIS-GUILLAUME en riant un peu : Elle
te tourne vraiment autour.
CÉDRIC : C'est un non-sens. Toute l'équipe
de football de l'école rêve de sortir avec cette
fille, mais c'est après moi qu'elle en a. Me semble
que je ne suis pas son genre. Qu'est-ce qui l'attire
?
FRANÇOIS-GUILLAUME : La quête. L'attrait
de l'impossible. Ce qui nous est inaccessible est toujours
plus intéressant.
CÉDRIC : Ça fait pas mon affaire. Jeanne
est plutôt jalouse.
FRANÇOIS-GUILLAUME : Vous feriez un beau couple Ginger
et toi.
CÉDRIC : T'es malade. Jeanne est la fille
de mes rêves. Du style, une belle personnalité,
une tête sur les épaules. Je voudrais surtout pas
la perdre.
FRANÇOIS-GUILLAUME : Pas de danger. Ça va
plutôt bien vous deux.
CÉDRIC : Ça va moins bien depuis quelques jours.
FRANÇOIS-GUILLAUME : Comment ça ?
CÉDRIC : Les circonstances ont joué contre moi.
J'ai taché son livre de math, j'ai manqué
deux rendez-vous et t'aurais dû voir le dégât
que j'ai fait au souper de famille. En voulant prendre
un petit pain, j'ai accroché le pichet de vin rouge avec
ma manche et je l'ai renversé au complet sur la table
en ne manquant pas d'éclabousser son arrière-grand-mère
de 85 ans. Sa robe était toute trempe. Je ne pouvais
pas mieux rater mon entrée dans la famille.
FRANÇOIS-GUILLAUME : Te connaissant, t'as dû
virer aussi rouge que le vin.
CÉDRIC : Tout va mal. D'ailleurs, je n'ai
pas encore retrouvé les clés de la bibli. Est-ce
que ton père se doute de quelque chose ?
FRANÇOIS-GUILLAUME : Il n'en a pas parlé.
Tu t'en fais pour rien. La situation va sûrement
se régler d'elle-même.
CÉDRIC : Ça se réglera pas par magie.
Il faut que je les trouve sinon ton père va capoter.
En plus, l'autre jour, j'ai bogué le système
informatique.
FRANÇOIS-GUILLAUME : Saperlipopette, tu es un véritable
gaffeur, une catastrophe ambulante.
Cédric le regarde sans rien dire.
FRANÇOIS-GUILLAUME : Ton destin…
CÉDRIC : C'est rien qu'un hasard.
FRANÇOIS-GUILLAUME : Hasard ou pas, une chose est certaine.
Si on veut avoir une place au badminton, il faut se dépêcher.
CÉDRIC qui regarde sa montre : Déjà
midi et demi.
FRANÇOIS-GUILLAUME : J'y vais tout de suite, tu
viendras me rejoindre.
CÉDRIC : Je prends une dernière bouchée
et je te suis.
FRANÇOIS-GUILLAUME : Essaie de ne pas t'étouffer.
François-Guillaume quitte. Jonathan part également.
Cédric termine rapidement et ramasse son cabaret. Ginger
revient. Elle semble toujours chercher une place. Cédric
a le nez qui pique et il éternue exactement au moment où
Ginger se présente devant lui. Si bien qu'il se
retrouve le visage entre les deux seins de celle-ci. À
ce moment même, Jeanne entre et assiste à la scène.
Pour marquer le grotesque de la situation, les comédiens figent
quelques secondes tel un arrêt sur image. On entend des
rires enregistrés.
GINGER langoureuse : Oh Cédric !
Ginger a renversé des aliments sur ses vêtements.
Confus, Cédric l'aide à s'essuyer.
Il a les deux mains sur les hanches de Ginger.
CÉDRIC : Pardon, j'ai été distrait
par…
Il regarde les seins quelques instants.
CÉDRIC : …par mon éternuement.
JEANNE hystérique : Salaud ! Je le savais.
CÉDRIC : Jeanne, non, ce n'est pas ce que tu crois.
JEANNE : Me tromper avec cette… cheerleader piquée
aux hormones .
GINGER : Tu devrais te regarder, madame régime minceur
qui a tout dans la tête.
JEANNE : Toi, on devrait t'injecter du collagène
dans le cerveau.
Ginger qui ne sait pas trop quoi dire : Toi, t'es
une, toi t'es une… Cédric dis quelque chose.
JEANNE : C'est ça Cédric, prends sa part.
Je comprends le message.
CÉDRIC : Mais, je n'ai rien dit.
JEANNE : Et ton silence est éloquent. J'ai
jamais été aussi humiliée.
Jeanne quitte.
CÉDRIC : Attends, je vais t'expliquer.
Il se retourne vers Ginger.
CÉDRIC : Ah toi !
Ginger le gifle.
GINGER : Tiens, ça t'apprendra à fourrer
ton nez partout.
Ginger quitte.
CÉDRIC : C'est un cauchemar, on se croirait dans
un mauvais sitcom. Jeanne, Jeanne.
Il part à la poursuite de Jeanne. Applaudissements
enregistrés et noir.