http://www.animagination.dialoguenet.ca/fr/textes-a-jouer/livres-du-destin.html





472, rue Maurice-Renaud
Québec (Québec)
Canada G1M 3M9
Tél. : 1-418-682-0097
info@theatreanimagination.com

Imprimer cette page
Texte de la pièce de théâtre

Les livres du destin

par Luc Boulanger

 

Style/Thème :  Comédie dramatique sur le hasard et le destin
Lieux : À l’école, à la bibliothèque, au domicile des enfants
Nb de comédiens : Entre 8 et 12
Durée : 60 minutes
Niveau : Intermédiaire

Résumé :
Pour s’amuser, quatre jeunes se réunissent dans une bibliothèque la nuit pour organiser une cérémonie. L’idée est d’ouvrir un livre au hasard pour connaître son destin. Alors qu’ils croyaient ce jeu sans conséquence, les quatre amis ont la surprise de voir les prophéties se réaliser. Ils sont alors projetés dans une série de situations tantôt comiques, tantôt dramatiques qui remettront en jeu leur amitié et leur vision de la vie.

Les personnages

Cédric
François-Guillaume
Josiane
Samantha
 
Geneviève
Ginger
Jeanne
Jonathan
Popeye
M. Dupuis
Père de Samantha
Mère de Josiane


Une partie du texte à jouer...

Scène 1 : À la biblio (1) : La cérémonie
 
On entend des clés.  Des jeunes qui rient.
 
CÉDRIC : Chut !  Vos boîtes !  Il faut pas se faire voir.
 
François-Guillaume, Samantha et Josiane entrent, suivis de Cédric.
 
FRANÇOIS-GUILLAUME : Ça flash.  On dirait que c'est pu la même bibliothèque.
 
SAMANTHA : Tout d'un coup, y a de l'atmosphère.
 
Josiane ouvre l'éclairage.
 
CÉDRIC : Josiane, t'es-tu malade ? On va se faire repérer.
 
Cédric referme l'éclairage.
 
JOSIANE : Quoi ? Il fait noir, on voit rien.
 
SAMANTHA : C'est ça l'idée.  Il faut qu'il fasse noir pour la cérémonie.
 
JOSIANE : Ah oui, la cé-ré-mo-nie.
 
CÉDRIC à Samantha : Pourquoi tu l'as invitée, elle ?
 
SAMANTHA qui place une chandelle sur la table : Je l'ai invité, c'est tout.
 
CÉDRIC : Est mieux de pas nous causer de problème.
 
JOSIANE : Capote pas Cédric, je suis pas conne.  Y va rien arriver.
 
CÉDRIC : Je capote pas, c'est juste qu'on est pas supposé être icitte.  Si le père de François-Guillaume l'apprend, je suis à la porte.
 
JOSIANE : Qu'est-ce que le père de François vient faire là-dedans ?
 
FRANÇOIS-GUILLAUME : Mon père est le directeur de la bibliothèque.
 
CÉDRIC : Il ne faut pas qu'il sache que je me sers des clés de la bibli pour venir le soir faire une cérémonie avec mes chums.
 
FRANÇOIS-GUILLAUME : Tout va bien aller.  Inquiète-toi pas.
 
CÉDRIC : Si on se fait pincer, faut que ça soit clair que c'était pas mon idée, que vous m'avez forcé la main.
 
FRANÇOIS-GUILLAUME : Si jamais il y a un problème, je vais dire à mon père que c'est de ma faute.  T'es super cool d'avoir accepté.
 
SAMANTHA : Venez vous asseoir, on va commencer tout de suite.
 
Elle allume la chandelle.  Petit temps.
 
SAMANTHA : Placez vos mains sur la table.  Fermez vos yeux et prenez une bonne respiration.   Maintenant, on touche tous à la chandelle et on partage nos énergies.
 
CÉDRIC : On peut-tu sauter des étapes et aller plus vite ?
 
SAMANTHA : Quand, tu nous interromps, il faut recommencer au début.
 
CÉDRIC : Désolé, on continue.
 
SAMANTHA : Donc, on touche tous à la chandelle et on partage nos énergies.
 
Ils touchent tous à la chandelle.
 
SAMANTHA :  Ce soir, nous allons poursuivre la tradition initiée par les grands prêtres égyptiens, gardiens de la bibliothèque d'Alexandrie, fondée par Alexandre le Grand lui-même.
 
CÉDRIC : Ben voyons donc.
 
Les autres poussent un soupir.
 
CÉDRIC : Quoi ?  Une tradition égyptienne, c'est n'importe quoi.
 
FRANÇOIS-GUILLAUME : Je vois pas de problème.
 
CÉDRIC : Je comprends pas comment une tradition égyptienne vieille de plusieurs millénaires aurait pu se rendre au Québec.
 
SAMANTHA : Il ne faut pas sous-estimer la puissance de la tradition orale.
 
CÉDRIC : C'est des histoires de bonne femme.
 
FRANÇOIS-GUILLAUME : Joue le jeu Cédric, mets un peu de fantaisie dans ta vie.  T'es trop logique.
 
CÉDRIC : Moi, je m'en tiens aux faits, aux chiffres.  J'aime les choses qui se mesurent.
 
SAMANTHA : L'amour, le bonheur, est-ce que ça se mesure ?
 
JOSIANE : Bon, on peut-tu continuer ?  On va pas y passer la nuit.
 
CÉDRIC : Je dis plus un mot.
 
SAMANTHA : Donc, on va poursuivre une tradition des grands prêtres de la bibliothèque d'Alexandrie.  Tout d'abord, il vous faut un gage.
 
JOSIANE : Un gage ?
 
SAMANTHA : Un objet qui vous représente ou qui symbolise votre désir.
 
JOSIANE : Tu m'avais pas parlé de ça.  J'ai rien amené.
 
SAMANTHA : Me semble que je te l'ai dit.
 
JOSIANE : Je te le jure.
 
SAMANTHA : Ben, fouille dans ton sac, trouve la chose qui te représente le plus.
 
Josiane fouille dans son sac.  Cédric tire le trousseau de clés sur la table.
 
SAMANTHA en regardant Cédric : Un trousseau de clés ?
 
CÉDRIC : Moi aussi j'ai rien amené, mais les clés de la bibli, ça me représente bien.  Je passe beaucoup de temps ici à travailler, à placer des livres et à bouquiner.
 
François-Guillaume place une figurine sur la table.
 
CÉDRIC : Qu'est-ce que c'est ? Le cavalier d'un jeu d'échec.
 
FRANÇOIS-GUILLAUME : C'est une figurine de Donjons et Dragons, un chevalier.
 
CÉDRIC : J'aurais dû y penser.
 
SAMANTHA : J'ai de la misère à comprendre votre trip, se prendre pour des personnages imaginaires, c'est enfantin.
 
FRANÇOIS-GUILLAUME : La réalité est tellement plate, ça permet de s'évader.
 
CÉDRIC : Chacun sa façon de se changer les idées.
 
SAMANTHA un peu hésitante : Moi, j'ai apporté la montre de mon père.
 
On sent un malaise circuler dans le regard des autres.
 
SAMANTHA : Josiane, ton objet.
 
Josiane place un pruneau sur la table.
 
LES TROIS AUTRES : Un pruneau ?
 
JOSIANE : Oui.
 
CÉDRIC : Ça te représente ?
 
JOSIANE : Oui, pis c'est pas de vos affaires.
 
SAMANTHA : Donc, on a tous les objets, on peut commencer.  Vous replacez vos mains sur la table, vous prenez une bonne respiration.  Quand je vais dire « on y va », vous touchez la chandelle du doigt et aussitôt vous allez chercher un livre au hasard dans la bibliothèque, vous ne regardez pas le titre.  Vous le placez à l'envers devant vous.  Si la cérémonie se déroule dans les règles, les livres vont vous révéler une parcelle de votre destin.  C'est compris ?
 
LES TROIS AUTRES : oui.
 
SAMANTHA : On y va.
 
Tous les quatre ensemble, ils touchent la chandelle, vont chercher un livre en coulisse et reviennent s'asseoir.
 
SAMANTHA : Je vais commencer.  Je vais ouvrir le livre et lire un passage au hasard.
 
Elle ouvre son livre.
 
SAMANTHA : Les roches ignées sont le résultat du refroidissement du magma qui provient de l'irruption d'un volcan.  Ce sont des roches très dures.
 
François-Guillaume et Cédric se mettent à rigoler.
 
SAMANTHA : S'il vous plaît les gars.  Les livres parlent parfois en parabole, il faut savoir lire entre les lignes.
 
CÉDRIC : T'as besoin d'avoir une bonne loupe.
 
FRANÇOIS-GUILLAUME qui soulève le livre de Samantha : Traité de géologie.  Excellent choix.
 
SAMANTHA : À toi François-Guillaume.
 
FRANÇOIS-GUILLAUME : Très bien.
 
Il pose les mains sur la table, prend une bonne respiration.  Il ouvre le livre au hasard.
 
FRANÇOIS-GUILLAUME : Dame aux couleurs d'ébènes, seule survivante des contrées de l'Est.  Tu m'ensorcelles, tu m'enivres. Dans ta chute, tu m'entraînes et je demeure ton serviteur.
 
CÉDRIC : Assez songé.
 
FRANÇOIS-GUILLAUME qui retourne le livre : Graffitis d'un insomniaque, recueil de poésies de Paul Sénéchal.
 
CÉDRIC : Le livre parfait pour s'endormir le soir.
 
SAMANTHA ironique : T'es drôle toi, savais-tu ça ?
 
CÉDRIC : Qui est-ce qui parlait de mettre de la fantaisie ?
 
SAMANTHA : Josiane, c'est à toi.
 
Josiane retourne le livre rapidement et lit.
 
JOSIANE : Cent ans de solitude de Gabriel Garcia Marquez.
 
FRANÇOIS-GUILLAUME : Ben là, c'est le titre du livre et l'auteur.
 
CÉDRIC : T'as lu la première page.
 
JOSIANE : J'ai fait ce que vous m'avez dit.  C'est pas de ma faute.
 
SAMANTHA : Tu pourras pas connaître ton destin.
 
CÉDRIC : Ben, cent ans de solitude, je trouve ça assez clair.  Dans son cas particulièrement.
 
JOSIANE : Aie, qu'est-ce que tu veux dire par là ?
 
SAMANTHA : Y veut rien dire.  Cédric, il ne manque plus que toi.
 
CÉDRIC : Parfait, jouons le jeu.
 
CÉDRIC qui ouvre le livre : Saperlipopette, tu es un véritable gaffeur, une catastrophe ambulante.  De toute ma carrière, je n'ai jamais rencontré un type aussi casse-pieds.
 
FRANÇOIS-GUILLAUME qui éclate de rire : C'est une BD de Gaston Lagaffe !!!
 
Samantha et Josiane le suivent bientôt dans la rigolade.
 
CÉDRIC : C'est vraiment con votre cérémonie.
 
Cédric éternue, puis le système d'alarme retenti.
 
CÉDRIC : Ah non, vite, on sacre notre camp.
 
Ils ramassent leur gage et déguerpissent.  François-Guillaume apporte également le livre de poésie avec lui.
 
 
Scène 2 : À la cafétéria de l'école (1)
 
François-Guillaume lit son livre.  Cédric arrive essoufflé.
 
FRANÇOIS-GUILLAUME : T'arrive donc ben tard.
 
CÉDRIC : Ça va mal à matin.  Mon cadran a pas sonné, je me suis levé en retard.  Je trouvais plus ma passe d'autobus.  Il fallait que je paye, mais j'avais plus de monnaies.  Je suis donc venu en courant.
 
FRANÇOIS-GUILLAUME : Tu vas être réchauffé, on commence en éduc.
 
CÉDRIC : Pas vrai.  J'ai oublié mon kit de sport.
 
FRANÇOIS-GUILLAUME : Ils vont te retourner chez vous pour que t'ailles le chercher.
 
CÉDRIC : Ah, j'ai l'impression que le ciel me tombe sur la tête.
 
FRANÇOIS-GUILLAUME : Par Toutatis !
 
JEANNE qui entre : Cédric, ça fait vingt minutes que je t'attends devant ta case.  Est-ce que tu me prends pour une dinde ?
 
CÉDRIC : Je m'excuse, je me suis levé en retard.
 
JEANNE : T'as pas oublié mon livre de math, toujours.  J'ai un cours ce matin.
 
CÉDRIC : Ton livre de math, non, non, je l'ai.
 
CÉDRIC qui fouille dans son sac : Ah non, ma bouteille de jus s'est cassée.  Le liquide a coulé sur mes livres.
 
De son sac, il sort le livre de math qui dégoutte.
 
JEANNE qui s'empare du livre et constate son état : Un livre de math à odeur d'orange, c'est original, mais je suis pas certain que mon prof va apprécier.
 
CÉDRIC : Je suis désolé.  Je le rembourserai s'il le faut.
 
JEANNE : Je vais tenter de l'essuyer du mieux que je peux.
 
FRANÇOIS-GUILLAUME qui pointe quelque part dans les coulisses : Y des napkins sur le comptoir.
 
Cédric va chercher un gros paquet de « napkins » pour essuyer son sac.  Il en donne quelques-unes à Jeanne.
 
JEANNE : Qu'est-ce que tu lis François ?
 
FRANÇOIS-GUILLAUME : Un recueil de poésie, Graffitis d'un insomniaque.
 
CÉDRIC : Quoi ?  T'es parti avec le livre.
 
FRANÇOIS-GUILLAUME : Énerve-toi pas quand je vais en avoir fini, je vais te le redonner et tu le ramèneras sans que personne ne s'en aperçoive.
 
JEANNE : Y a juste à le remettre à son père.
 
CÉDRIC : Oublie ça.  Monsieur Dupuis, tout le monde l'appelle « Monsieur », est du genre très strict.  Il ne fait pas d'exception.  Même François le vouvoie.  T'imagines le personnage.
 
FRANÇOIS-GUILLAUME : C'est vrai.  Je m'excuse Cédric.  J'ai pas pu faire autrement.  C'est le livre de mon destin.
 
JEANNE : De ton destin ?
 
CÉDRIC : On a fait une cérémonie où chacun lisait son destin dans un livre pris au hasard et je crois que François est resté accroché.
 
JEANNE : Ah bon.
 
FRANÇOIS-GUILLAUME qui récite à la manière des poètes : Dame aux couleurs d'ébènes, seule survivante des contrées de l'Est.  Tu m'ensorcelles, tu m'enivres. Dans ta chute, tu m'entraînes et je demeure ton serviteur. (Il reprend un ton normal) Couleurs d'ébènes, qu'est-ce que ça veut dire ?
 
JEANNE : D'une couleur très très noire.
 
FRANÇOIS-GUILLAUME : Je dois donc chercher une fille noire.
 
JEANNE : Ou habillée en noir.
 
FRANÇOIS-GUILLAUME : Hum, ça me donne pas beaucoup d'indices…survivante des contrées de l'Est.
 
CÉDRIC : Tu vas pas commencer à chercher cette fille, elle existe pas.  C'était juste un jeu, vous l'avez dit.
 
FRANÇOIS-GUILLAUME : Je sais, je veux mettre un peu de fantaisie, de magie dans ma vie.
 
CÉDRIC : Et votre « magie » va peut-être faire disparaître mon emploi à la bibli.  Est-ce que ton père a parlé du système d'alarme ?
 
FRANÇOIS-GUILLAUME : D'après moi, il sait rien. On a filé rapidement sans laisser de trace.
 
JEANNE à Cédric : T'avais pas désarmé le système ?
 
CÉDRIC : Oui, mais rendu à une certaine heure, ça doit se réenclencher automatiquement.
 
FRANÇOIS-GUILLAUME : C'est un vilain tour des esprits qui hantent la bibli.  On a les dérangés.
 
CÉDRIC : J'y pense, les clés.  Qu'est-ce que j'ai fait avec ?
 
JEANNE : Tu dois les avoir égarées quelque part dans le fouillis qui te sert de chambre.
 
CÉDRIC : Tout d'un coup que je les ai oubliées dans la serrure en refermant la bibli.
 
FRANÇOIS-GUILLAUME : Tu les as mis dans ta poche arrière, je m'en souviens bien.
 
CÉDRIC qui vérifie ses poches : Mais, je les ai pas.
 
JEANNE : En rentrant chez toi, tu vas les retrouver.
 
CÉDRIC : Si je les ai perdues, ça va être la catastrophe.  M. Dupuis va me faire tout un sermon et, surtout, il  va comprendre qu'on a déclenché le système.
 
FRANÇOIS-GUILLAUME : Pas besoin de paniquer.  On n'en est pas encore rendu là.
 
CÉDRIC : Je voudrais bien vous voir à ma place.
 
JEANNE : Détends-toi, il y a sûrement une solution.  Prépare-toi, les cours vont commencer.
 
CÉDRIC : Et j'ai pas mon kit de sport.
 
FRANÇOIS-GUILLAUME : Je vais te passer le mien.
 
CÉDRIC : Le prof va te retourner à la maison.
 
FRANÇOIS-GUILLAUME : Je te dois bien ça.  Pis s'ils me renvoient chez moi, je vais y rester.  Il faut que je me prépare.  J'ai un tournoi Grandeur Nature en fin de semaine.
 
CÉDRIC : Merci, tu me sauves.  J'ai l'impression que la malchance me court après.
 
François-Guillaume quitte. Ginger entre subitement.  Cédric passe près d'entrer en collision avec elle.
 
GINGER un peu minette : Regarde où tu vas, Cédric.  Tu pourrais être frappé par la chance et gagner le gros lot.
 
CÉDRIC :  Merci.  Je ne crois pas aux jeux de hasard.  On perd trop souvent.
 
GINGER : Si un jour tu es fatigué des prix de consolation, fais-moi signe.
 
Ginger frôle Cédric et continue son chemin.
 
JEANNE : C'est pas la malchance qui te court après, c'est cette Ginger gros-lo-lo.  J'aime pas trop ça
 
CÉDRIC :  Elle perd son temps.  J'aime pas les filles « gonflées ».
 
JEANNE : Dépêche-toi.  Je voudrais pas qu'on se retrouve en retenue après les cours.  Oublie pas que tu rencontres ma famille ce soir.
 
Ils quittent.
 
 
Scène 3 : Amour grandeur nature
 
Dans un jeu grandeur nature de Donjons et Dragons, Geneviève passe rapidement.  Elle regarde à gauche et à droite et sort.  François-Guillaume arrive.  Il  se promène prudemment à l'affût d'éventuels attaquants.  Il est bien équipé avec un beau costume, une épée en mousse, un gros bouclier, plusieurs protections et un médaillon autour du cou.
 
FRANÇOIS-GUILLAUME : Reste t-il un vaillant guerrier pour m'affronter ou suis-je encore une fois le dernier ?
 
Comme pour lui répondre, Geneviève revient et se place devant lui.  Ses vêtements sont noirs, elle a peu de protection et un petit bouclier.  Elle a une allure gothique.
 
FRANÇOIS-GUILLAUME : Oh gente dame, j'ose croire que nous sommes les derniers combattants.
 
GENEVIÈVE : Ça l'air à ça.
 
FRANÇOIS-GUILLAUME : Je n'ai point l'habitude de croiser le fer avec d'aussi charmante adversaire, mais il ne doit qu'en rester un… ou une et j'ai bien l'intention de me mériter la bourse offerte par le baron.
 
Geneviève amorce une attaque parée par François-Guillaume.
 
FRANÇOIS-GUILLAUME : Madame n'est point une novice et elle sait manier les armes avec adresse.
 
GENEVIÈVE : J'ai appris jeune à me défendre.
 
Ils tournent un autour de l'autre.
 
FRANÇOIS-GUILLAUME : Je n'ai pas souvenance d'avoir aperçu votre joli visage et vos armoiries me laissent entrevoir que vous provenez de terres lointaines.
 
GENEVIÈVE : Je viens de l'est de la ville et j'ai pas l'habitude de me frotter aux péteux de ton genre qui se sentent obligés de parler en trou de cul de poule.
 
FRANÇOIS-GUILLAUME qui a une sorte d'illumination : Mais, c'est donc vous.
 
GENEVIÈVE : Hein !
 
FRANÇOIS-GUILLAUME : La dame aux couleurs d'ébènes, seule survivante des contrées de l'Est.
 
Comme François-Guillaume a baissé sa garde, Geneviève en profite pour l'attaquer.  Elle le touche à la cuisse.
 
GENEVIÈVE : Deux points.
 
FRANÇOIS-GUILLAUME : Moi qui vous cherchais partout, j'aurais dû me douter que vous viendriez à moi.
 
GENEVIÈVE : T'es-tu en train de faire un « bad trip » ?  Je te suis pas pantoute.
 
FRANÇOIS-GUILLAUME : Vous êtes l'incarnation de mon destin.
 
François-Guillaume a ouvert les bras.  Geneviève l'attaque donc et lui donne deux coups.
 
GENEVIÈVE : Deux points, deux points.  Il doit plus t'en rester foul.
 
FRANÇOIS-GUILLAUME : J'ai un médaillon qui double ma ration de vie.
 
GENEVIÈVE :  Un médaillon de vie, c'est de la tricherie.  Y a juste les p'tits fils à papa comme toué qui peuvent s'en acheter un.
 
FRANÇOIS-GUILLAUME : Certes, vous avez mille fois raison et j'accepte de me séparer de cet objet magique afin de rendre la lutte plus équitable.
 
Il enlève le médaillon qu'il porte au cou.  Geneviève l'attaque aussitôt.  Elle lui assène trois coups.
 
GENEVIÈVE : T'es complètement fucké.  Deux points, deux points, deux points.
 
FRANÇOIS-GUILLAUME qui s'agenouille feignant l'agonie : La vie s'échappe de mon corps, mais mon âme vous suivra partout pour vous protéger.  Avant de passer de la vie au trépas, pourrais-je connaître votre prénom.
 
GENEVIÈVE : T'es con, tu te prends trop au sérieux.
 
FRANÇOIS-GUILLAUME : Je vous en supplie gente dame, daignez me révéler votre prénom avant que mon cœur cesse de battre.
 
GENEVIÈVE : C'est Geneviève.
 
FRANÇOIS-GUILLAUME : Guenièvre, la Guenièvre de Camelot.
 
GENEVIÈVE : Non, Geneviève… du quartier St-Roch.
 
FRANÇOIS-GUILLAUME : Mon esprit vous suivra donc jusqu'à votre royaume de St-Roch.
 
Il se laisse choir par terre dans une fin magistrale.
 
GENEVIÈVE : Yes, je suis la grande gagnante. 
 
Elle quitte.
 
 
Scène 4 : À la cafétéria (2)
 
Cédric et Josiane entrent en même temps.  Cédric a un cabaret, Josiane porte son sac.  Ils cherchent une place pour manger.  La table est libre.  Les deux se dirigent rapidement vers la table.  Josiane arrive quelques secondes avant Cédric.
 
CÉDRIC : Je l'ai vu en premier.
 
JOSIANE : Je suis arrivé avant toi.
 
CÉDRIC : Je suis pressé.
 
JOSIANE : Moi aussi.
 
CÉDRIC : Bon, ben prend ton côté de table, je prends le mien.
 
JOSIANE : Parfait, si tu restes sur ton territoire, on devrait pas se chicaner.
 
CÉDRIC : Mais si tu franchis la frontière, j'appelle les casques bleus.
 
JOSIANE lentement : Ah… Ah…Ah…Inquiète-toi pas, j'empiète pas sur le terrain des autres, mais j'accepte pas qu'on vienne fourrer son nez dans mes affaires.
 
Cédric hausse les épaules.  Josiane plonge dans la lecture du roman « Cent ans de Solitude » en croquant un pruneau.  François-Guillaume arrive avec un cabaret et s'assoit du côté de Cédric.
 
FRANÇOIS-GUILLAUME exalté : Cédric, je l'ai rencontrée !
 
CÉDRIC : Qui ?
 
FRANÇOIS-GUILLAUME : La dame aux couleurs d'ébènes.
 
CÉDRIC : Ça devient une fixation.
 
FRANÇOIS-GUILLAUME : Elle m'est apparue sans que je m'y attende.
 
CÉDRIC : Apparue ? Où ça ?
 
FRANÇOIS-GUILLAUME : Au tournoi Grandeur Nature.  J'ai croisé le fer avec elle.  Elle était habillée en noir et elle demeure dans l'est de la ville.
 
CÉDRIC : François, les probabilités que tu rencontres une fille habillée en noir qui demeure à l ‘est de quelque part sont très grandes. Tu veux tellement la rencontrer que t'as choisi la première fille qui correspond à la description.
 
FRANÇOIS-GUILLAUME : Non, quand je l'ai vu, j'ai ressenti comme un feeling, j'ai automatiquement su qu'elle faisait partie de mon destin.
 
CÉDRIC : Ça existe pas le destin, c'était un jeu.  C'est toi-même qui l'a dit.
 
FRANÇOIS-GUILLAUME : Le problème avec toi, c'est que tu crois à rien.
 
CÉDRIC : C'est dangereux de croire à n'importe quoi.  J'accepte rien facilement.
 
FRANÇOIS-GUILLAUME : Pauvre Cédric, t'es trop terre-à-terre.  C'est  pathétique.
 
CÉDRIC : Toi, tu prends tes désirs pour des réalités.
 
François-Guillaume fait une moue d'incompréhension.  Les deux garçons mangent leur repas.  Pendant ce temps, Jonathan se présente devant Josiane avec son cabaret.
 
JONATHAN : Est-ce que je peux prendre la place qui reste ?
 
JOSIANE : Ben, je sais pas.
 
CÉDRIC : Il faut garder une place pour Jeanne.  Elle devrait déjà être là.
 
JOSIANE : Je m'excuse, c'est mon côté de table.  J'ai le droit d'en faire ce que je veux et d'inviter qui je veux (elle se tourne vers Jonathan).  Tu peux t'asseoir.
 
Jonathan : Cool.
 
Cédric veut dire quelque chose, mais il éternue.
 
CÉDRIC à François-Guillaume : Je le sais pas pourquoi, mais on dirait que je suis allergique à cette fille-là.
 
JOSIANE : Moi, je suis immunisée contre les emmerdeurs.
 
Josiane reprend sa lecture.  Jonathan l'observe quelques instants et tente d'entrer en contact avec elle.
 
JONATHAN  : Tu lis « Cent ans de solitude ».
 
JOSIANE : Non, je regarde les images.
 
JONATHAN  qui fait un effort pour rire de la blague : Ah, ah…  J'aime beaucoup Gabriel Garcia Marquez.  C'est un de mes auteurs préférés.  Ses romans sont pleins d'humour et de poésie.
 
JOSIANE : Y a trop de personnages. L'histoire est compliquée.  C'est mêlant.
 
JONATHAN  : Ah bon.  Est-ce que tu lis ça pour un cours ?
 
Pour toute réponse, Josiane lève les yeux en signe d'exaspération.
 
JONATHAN  : Si c'est pour un travail, je peux t'aider.  Je l'ai lu deux fois.
 
JOSIANE : Deux fois, t'es maso.
 
JONATHAN  : Non, accroc.
 
JOSIANE : Laisse faire.  Je lis ça juste pour passer le temps.
 
Josiane se tourne et continue à lire.  Jonathan reste perplexe.  Ginger passe avec un cabaret.  Elle cherche une place.
 
GINGER : Salut  Cédric !
 
CÉDRIC pas trop certain : Salut.
 
Ginger sort en cherchant une place.
 
FRANÇOIS-GUILLAUME en riant un peu : Elle te tourne vraiment autour.
 
CÉDRIC : C'est un non-sens.  Toute l'équipe de football de l'école rêve de sortir avec cette fille, mais c'est après moi qu'elle en a. Me semble que je ne suis pas son genre.  Qu'est-ce qui l'attire ?
 
FRANÇOIS-GUILLAUME : La quête.  L'attrait de l'impossible.  Ce qui nous est inaccessible est toujours plus intéressant.
 
CÉDRIC : Ça fait pas mon affaire.  Jeanne est plutôt jalouse.
 
FRANÇOIS-GUILLAUME : Vous feriez un beau couple Ginger et toi.
 
CÉDRIC : T'es malade.  Jeanne est la fille de mes rêves.  Du style, une belle personnalité, une tête sur les épaules.  Je voudrais surtout pas la perdre.
 
FRANÇOIS-GUILLAUME : Pas de danger.  Ça va plutôt bien vous deux.
 
CÉDRIC : Ça va moins bien depuis quelques jours.
 
FRANÇOIS-GUILLAUME : Comment ça ?
 
CÉDRIC : Les circonstances ont joué contre moi.  J'ai taché son livre de math, j'ai manqué deux rendez-vous et t'aurais dû voir le dégât que j'ai fait au souper de famille.  En voulant prendre un petit pain, j'ai accroché le pichet de vin rouge avec ma manche et je l'ai renversé au complet sur la table en ne manquant pas d'éclabousser son arrière-grand-mère de 85 ans.  Sa robe était toute trempe.  Je ne pouvais pas mieux rater mon entrée dans la famille.
 
FRANÇOIS-GUILLAUME : Te connaissant, t'as dû virer aussi rouge que le vin.
 
CÉDRIC : Tout va mal.  D'ailleurs, je n'ai pas encore retrouvé les clés de la bibli.  Est-ce que ton père se doute de quelque chose ?
 
FRANÇOIS-GUILLAUME : Il n'en a pas parlé.  Tu t'en fais pour rien.  La situation va sûrement se régler d'elle-même.
 
CÉDRIC : Ça se réglera pas par magie.  Il faut que je les trouve sinon ton père va capoter.  En plus, l'autre jour, j'ai bogué le système informatique.
 
FRANÇOIS-GUILLAUME : Saperlipopette, tu es un véritable gaffeur, une catastrophe ambulante.
 
Cédric le regarde sans rien dire.
 
FRANÇOIS-GUILLAUME : Ton destin…
 
CÉDRIC : C'est rien qu'un hasard.
 
FRANÇOIS-GUILLAUME : Hasard ou pas, une chose est certaine.  Si on veut avoir une place au badminton, il faut se dépêcher.
 
CÉDRIC qui regarde sa montre : Déjà midi et demi.
 
FRANÇOIS-GUILLAUME : J'y vais tout de suite, tu viendras me rejoindre.
 
CÉDRIC : Je prends une dernière bouchée et je te suis.
 
FRANÇOIS-GUILLAUME : Essaie de ne pas t'étouffer.
 
François-Guillaume quitte.  Jonathan part également.  Cédric termine rapidement et ramasse son cabaret.  Ginger revient.  Elle semble toujours chercher une place.  Cédric a le nez qui pique et il éternue exactement au moment où Ginger se présente devant lui.  Si bien qu'il se retrouve le visage entre les deux seins de celle-ci.  À ce moment même, Jeanne entre et assiste à la scène.  Pour marquer le grotesque de la situation, les comédiens figent quelques secondes tel un arrêt sur image.  On entend des rires enregistrés.
 
GINGER langoureuse : Oh Cédric !
 
Ginger a renversé des aliments sur ses vêtements.  Confus, Cédric l'aide à s'essuyer.  Il a les deux mains sur les hanches de Ginger.
 
CÉDRIC : Pardon, j'ai été distrait par…
 
Il regarde les seins quelques instants.
 
CÉDRIC : …par mon éternuement.
 
JEANNE hystérique : Salaud !  Je le savais.
 
CÉDRIC : Jeanne, non, ce n'est pas ce que tu crois.
 
JEANNE  : Me tromper avec cette… cheerleader piquée aux hormones .
 
GINGER : Tu devrais te regarder, madame régime minceur qui a tout dans la tête.
 
JEANNE  : Toi, on devrait t'injecter du collagène dans le cerveau.
 
Ginger qui ne sait pas trop quoi dire : Toi, t'es une, toi t'es une… Cédric dis quelque chose.
 
JEANNE : C'est ça Cédric, prends sa part.  Je comprends le message.
 
CÉDRIC : Mais, je n'ai rien dit.
 
JEANNE  : Et ton silence est éloquent.  J'ai jamais été aussi humiliée.
 
Jeanne quitte.
 
CÉDRIC : Attends, je vais t'expliquer.
 
Il se retourne vers Ginger.
 
CÉDRIC : Ah toi !
 
Ginger le gifle.
 
GINGER : Tiens, ça t'apprendra à fourrer ton nez partout.
 
Ginger quitte.
 
CÉDRIC : C'est un cauchemar, on se croirait dans un mauvais sitcom.  Jeanne, Jeanne.
 
Il part à la poursuite de Jeanne.  Applaudissements enregistrés et noir.


Imprimer cette pagePour obtenir le texte complet,
fermez cette fenêtre et continuez vos achat sur
www.theatreanimagination.com