Adapté
de Molière par Luc Boulanger
pour des comédiens de 9 à 14 ans
Durée : Environ 60 minutes.
Nombre d’actes : 3. Nombre total de scènes : 20
Nombre minimum de comédiens : 12
Nombre maximum : 17
Voici une version remaniée de la célèbre
pièce de Molière de façon à ce qu'elle
puisse être jouée par des jeunes. La structure du texte
est, grosso modo, intacte, mais les répliques ont subi une
cure d'amaigrissement et de rajeunissement. Ainsi, il n'y a plus de
longs monologues, ni de mots ou d'expressions archaïques. De
même, plusieurs personnages et quelques interventions ont été
ajoutés de façon à permettre à un plus
grand nombre de jeunes de participer au projet.
L'action se déroule dans le manoir de Tante Agnès, la
méga-malade imaginaire, dans les temps d'aujourd'hui. Plus
précisément même, toute la pièce se passe
dans la chambre de la tante qui peut être richement décorée
de tentures, de draperies et de beaux meubles. Au centre de la scène,
trône la chaise roulante, à côté de laquelle
se trouve une petite table avec divers objets, dont des médicaments,
une règle et un livre de comptes. Trois ou quatre belles chaises
peuvent être utiles pour asseoir les différents visiteurs.
Beaucoup de gens vivent sous le toit de Tante Agnès. Tout d'abord
son deuxième mari, un homme surtout intéressé
par l'argent, mais en particulier ses trois nièces, les filles
de son frère décédé, dont elle a la charge.
Pour entretenir la maison, on a engagé deux domestiques plutôt
curieuses, pour ne pas dire coquines : Cécile et Toinette.
À cela s'ajoutent les différents médecins et
spécialistes qui viennent soigner la tante.
Toute cette maisonnée vit sans histoire jusqu'au jour où
la tante décide de marier sa nièce la plus âgée
au fils d'un médecin sans lui demander son avis. Mais, ici
s'arrête notre description, nous vous laissons le plaisir de
découvrir la suite.
Personnages
Tante Agnès, la malade imaginaire
Hector Sansregret : second mari de Tante Agnès
Angélique : Nièce de la Tante et amante de Clément
Louison : Nièce plus jeune de la Tante Agnès
Lucille : Autre nièce plus jeune de la Tante Agnès
Bérangère : Sœur de Tante Agnès
Clément : amant d'Angélique
Madame Diafoirus : Médecin
Thomas Diafoirus : son fils et prétendant d'Angélique
Madame Purgon : Médecin de Tante Agnès
Madame Plaster : Médecin de Tante Agnès
Madame Bonnefoi : Conseillère financier
Isabelle : Infirmière
Toinette : servante
Cécile : autre servante
Présentatrice un, présentatrice deux, traducteur sourd
et muet.
Vous pourrez lire l'acte un. Pour
obtenir l'intégrale du texte, il faut acquitter les droits
d'auteur. Connaître
la procédure.
Introduction
Voix off "Pour éviter les malentendus,
cette présentation est sous-titrée pour les malentendants".
Les deux présentateurs arrivent et se placent
au centre, en avant. Le traducteur de langage sourd et muet se place
sur le côté. Ce dernier a la tâche d'imager le
texte des présentateurs.
Présentateur 1 : Cher Public !
Présentateur 2 : En ces temps troubles où
notre système de santé souffre d'un mal qui semble incurable,
nous avons eu l'idée de vous offrir ce classique toujours actuel
pour ne pas dire intemporel.
Présentateur 1 : Jean-Baptiste Poquelin dit
Molière a écrit cette pièce en 1673, à
la fin de sa vie, alors qu'il était la proie de la maladie
et des médecins.
Présentateur 2 : D'ailleurs, il est décédé
après la quatrième représentation. C'est donc
sa dernière pièce, son testament.
Présentateur 1 : Plus de trois siècles
plus tard, nous reprenons son texte à la manière des
jeunes d'aujourd'hui.
Présentateur 2 : L'action se déroule
à Paris, dans le manoir de tante Agnès, une riche héritière
qui se croit atteinte de toutes les maladies de la terre.
Présentateur 1 : Nous espérons que
ce divertissement vous permettra de vous dilater la rate ou de vous
éviter un burn out.
Présentateur 2 : Et surtout, faites attention
de ne pas mourir de rire.
Présentateur 1 : Pour ceux et celles qui désirent
conserver la traduction en langage sourd et muet jusqu'à la
fin de la pièce, vous devez porter des lunettes munies d'un
décodeur approprié.
Présentateur 2 : Alors, place au Méga-malade
imaginaire !
Les deux présentateurs et le traducteur
s'en vont. Ouverture des rideaux.
Acte 1
Scène 1 : Tante Agnès, Lucille
et Louison
Lucille est assise dans la chaise roulante de
tante Agnès. Louison qui tient une trousse de médecin
jouet est en train d'ausculter Lucille.
Louison : Ma chère madame, vous faites plus
de 200 degrés de fièvre.
Lucille : Est-ce que c'est grave ?
Louison : C'est très grave. Mais grâce
à mon nouveau remède qui coûte 50 dollars la pilule,
vous aurez la vie sauve.
Lucille : Parfait. Je vais en prendre deux flacons.
Louison : Nous offrons une promotion, à l'achat
de trois flacons, vous obtenez une paire de béquilles.
Lucille : Allons-y pour trois flacons. Docteur, vous
ne trouvez pas que j'ai le lobe d'oreille enflé ?
Louison : Attendez que je vois cela.
Tante Agnès arrive soudainement. Elle marche
avec une canne.
Tante Agnès : Lucille, que fais-tu dans ma
chaise ?
Louison : Nous nous amusons tante Agnès.
Tante Agnès : Quel est donc ce jeu que vous
jouez ?
Lucille : Nous jouons au médecin et au malade.
Tante Agnès : Voulez-vous donc attirer la
malédiction sur vous. La maladie n'est pas un jeu. C'est un
sujet fort sérieux auquel il faut vouer le plus grand des respects.
Louison : Mais jouer au docteur, ça ne fait
pas de mal à personne.
Tante Agnès : Il vaut mieux éviter
de se moquer de la maladie. Il est sage celui qui s'en fait un allié.
Lucille : Moi je pense plutôt qu'il est fou.
La santé est une bien meilleure partenaire.
Tante Agnès : Tu es insolente quand tu dis
cela et descends de ma chaise avant que le mauvais sort ne se jette
sur toi.
Louison : Si ça porte malchance de s'asseoir
dans une chaise roulante, pourquoi le faites-vous ?
Tante Agnès : Vous me donnez la migraine avec
vos remarques et d'ailleurs, pourquoi traînez-vous dans mes
appartements ? Je vous ai pourtant fait construire une salle de jeux
insonorisée.
Lucille : Elle est sombre et ennuyante.
Tante Agnès : Comme vous êtes ingrates.
Allez-y tout de suite.
Louison : On ne pourrait pas aller jouer dehors plutôt
?
Tante Agnès : Il fait trop froid et vous pourriez
attraper une grippe qui se fera un plaisir de me sauter dessus et
de me donner mon coup de mort. Ce n'est pas cela que vous voulez ?
Lucille : Non, ma tante.
Tante Agnès : Alors, obéissez sans
rechigner.
Louison : Très bien.
Les deux petites filles s'en vont.
Scène 2 : Tante Agnès et M. Fleurant
Tante Agnès s'assoit dans sa chaise et prend
son livre de comptes qu'elle regarde attentivement.
Tante Agnès : Voilà, le mois passé,
j'ai payé 75 dollars et 24 sous pour des lavements, 42 dollars
et 61 sous pour des piqûres, 73 dollars et 99 sous pour des
pilules et 121 dollars pour les honoraires. Ce qui fait un total de
312 dollars et 84 sous. Alors que le mois d'avant, j'ai payé
Quoi ! 410 dollars et 83 sous. Mais, je comprends enfin pourquoi je
me sens moins bien. Mais, que font mes médecins. Je manque
cruellement de soins.
M. Fleurant arrive à ce moment avec une
seringue.
M. Fleurant : C'est l'heure de votre piqûre
madame.
Tante Agnès : Vous arrivez juste à
point. J'étais en train de faire le compte des médecines
que j'ai reçues le mois passé et je m'aperçois
que j'ai eu moins de soins que le mois d'avant.
M. Fleurant : C'est probablement parce que le besoin
était moindre.
Tante Agnès : Qui est-ce qui a dit cela ?
M. Fleurant : Personne madame, je ne fais que supposer.
Tante Agnès : Laissez donc les suppositoires,
eh les suppositions et dites à Madame Purgon et à Mme
Plaster de doubler mes piqûres, de doubler mes lavements et
de doubler mes remèdes de façon à ce que je me
porte mieux le mois prochain.
M. Fleurant : Je ne manquerai pas de leur faire le
message. Maintenant, penchez-vous, je dois vous faire votre piqûre.
Tante Agnès : Dites-moi, cette piqûre,
c'est pour lutter contre quel mal ?
M. Fleurant : Je l'ignore. Il faudra demander à
Mme Purgon.
Tante Agnès : Ce n'est pas grave. Je lui fais
confiance.
En disant cela, Tante Agnès reçoit
la piqûre et fait une grimace de douleur.
M. Fleurant qui a terminé : Comme une
lettre à la poste.
Tante Agnès en se frottant : Merci,
maintenant, veuillez me laisser.
M. Fleurant : Très bien. Je reviendrai cet
après-midi pour votre lavement.
Tante Agnès : C'est ça.
M. Fleurant quitte.
Scène 3 : Tante Agnès et Toinette
Tante Agnès : Oh ! J'ai mal au dos. Où
sont donc rendus mes coussins ?
Tante Agnès prend une petite cloche pour
appeler un domestique. Au son de la cloche, on entend un petit "Ah
!" qui vient des coulisses. Tante Agnès continue à
secouer la cloche. Toinette arrive en se frottant le front.
Toinette : Ça y est. J'arrive.
Tante Agnès : Bonne à rien !
Toinette : Vous êtes tellement stressante que
je me suis cogné un grand coup sur le rebord de la fenêtre.
Tante Agnès : Bien fait.
Toinette, pour l'interrompre et l'empêcher
de crier, se plaint toujours, en disant: Ah!
Tante Agnès : Il y a...
Toinette : Ah!
Tante Agnès : Il y a une heure...
Toinette : Ah!
Tante Agnès : Tu m'as laissé...
Toinette : Ah!
Tante Agnès : Tais-toi que je te querelle
!
Toinette : Et pourquoi donc, après ce que
je me suis fait ?
Tante Agnès : Tu m'as forcé à
crier pour rien.
Toinette : Et vous m'avez fait me cogner la tête
: l'un vaut bien l'autre.
Tante Agnès : Quoi! Insolente...
Toinette : Si vous me querellez, je pleurerai.
Tante Agnès : Laisse-moi te
Toinette, toujours pour interrompre : Ah!
Tante Agnès : Effrontée, tu
Toinette : Ah!
Tante Agnès : Je n'ai même plus le plaisir
de te quereller.
Toinette : Querellez comme vous le désirez.
Ça ne me dérange pas.
Tante Agnès : Mais, tu m'en empêches
en m'interrompant à tous les coups!
Toinette : Si vous avez le plaisir de quereller,
il faut bien que, de mon côté, j'aie le plaisir de pleurer:
chacun le sien.
Tante Agnès : Bon, bon ! Où sont mes
coussins ?
Toinette : Je ne sais pas. Je les avais pourtant
bien placés dans votre chaise.
Tante Agnès : Mes nièces ont transformé
mon appartement en capharnaüm avec leurs jeux. Je ne serais pas
surprise de retrouver mes coussins dans le tuyau de la cheminée
ou dans le micro-onde.
Toinette : Allons madame, elles ne font que vivre
leur vie de petites filles et elles sont plutôt sages.
Tante Agnès : Pas assez à mon goût.
Le problème. C'est que je n'ai pas la santé pour élever
des enfants. Depuis que mon frère et sa femme sont décédés
dans ce terrible accident, je suis dans l'obligeance de subvenir aux
besoins de leur trois rejetons.
Toinette : Cette tâche vous apporte également
sa part de joies.
Tante Agnès : C'est vrai et j'ai trouvé
le moyen de tirer profit de cette situation. Justement, je dois parler
à l'aînée. Faites appeler Angélique.
Toinette : La voici qui vient d'elle-même:
elle a deviné votre pensée.
Scène 4 : Tante Agnès, Toinette,
Angélique et Cécile
Angélique arrive. Elle est dans les vapeurs
de l'amour.
Tante Agnès : Approchez ma chère Angélique.
Vous arrivez à propos. Je voulais justement vous parler.
Angélique : Je suis prête à vous
écouter chère Tante Agnès.
Tout d'un coup, Tante Agnès se prend le
ventre.
Tante Agnès : Attends un peu. Où est
ma canne.
Angélique : Juste ici ma tante.
Tante Agnès en se levant : Je reviens
tout de suite.
Angélique : Je vous attends.
Tante Agnès s'en va. Angélique est
toujours dans les vapeurs de l'amour.
Angélique : Toinette !
Toinette : Quoi?
Angélique : Regarde-moi un peu.
Toinette : Eh bien! Je vous regarde.
Angélique : Toinette!
Toinette : Eh bien, quoi, Toinette?
Angélique : Ne devines-tu pas de quoi je veux
te parler?
Cécile arrive à ce moment en époussetant.
Cécile : Sûrement de votre jeune amant;
car depuis six jours tous nos entretiens portent sur lui. Clément
par ci, Clément par là.
Toinette : J'en ai tellement entendu parler que je
pourrais le reconnaître même si je ne l'ai encore jamais
vu.
Angélique : Depuis que je l'ai rencontré,
je ne songe qu'à lui. Mais, dites-moi, pensez-vous que j'ai
tort de m'abandonner à cet amour.
Cécile : Je me garde de tout commentaire.
Angélique : Tu me condamnes ?
Cécile : Loin de moi cette idée.
Angélique : Mon cur me dit qu'il s'agit d'un
honnête homme, généreux et passionné en
plus. Dois-je me fier à mon intuition ?
Toinette : Ah ! Ces choses-là restent toujours
difficiles à juger. Les grimaces d'amour ressemblent fort souvent
à la vérité et j'ai connu de grands comédiens
là-dessus.
Cécile : Mais son désir de vous demander
en mariage est un gage de bonne volonté. Qu'attend-t-il pour
le faire ?
Angélique : C'est qu'il craint un peu les
humeurs de ma tante.
Toinette : Je le comprends.
Angélique : Je me dois donc de préparer
le terrain.
Cécile : Votre tante revient. À vous
de jouer.
Tante Agnès revient en se tenant toujours
le ventre.
Tante Agnès : Ah ! Ces borborygmes !
Tante Agnès se rassoit dans sa chaise.
Les deux domestiques restent en arrière bien à l'écoute.
Tante Agnès : Ma chère nièce,
nous devons nous entretenir d'un sujet fort sérieux. Il s'agit
de mariage.
Angélique : C'est justement de mariage que
je voulais vous causer.
Tante Agnès un peu surprise : Ah oui
! En fait, j'ai reçu une demande officielle et je vous ai promise.
Angélique toute énervée regarde
les deux domestiques.
Cécile : Ma foi, voilà une belle surprise
!
Tante Agnès : Cela a l'air de vous faire plaisir.
Je n'aurais donc pas à vous convaincre.
Angélique : C'est à moi, ma tante,
de suivre aveuglément toutes vos volontés.
Tante Agnès : Je suis bien aise d'avoir une
nièce aussi obéissante. Mon mari voulait que je fasse
de vous une religieuse, mais j'ai toujours été réticente
à cette idée. Mon mari est peut-être un peu trop
pieux.
Toinette au public : Je dirais plutôt
qu'il a un plan pas très catholique derrière la tête.
Tante Agnès : Donc, je n'ai pas encore vu
le prétendant, mais on m'a dit que j'en serais contente et
toi aussi.
Angélique : Assurément !
Tante Agnès : Comment, l'as-tu vu ?
Angélique : Puisque votre consentement m'autorise
à vous ouvrir mon cur, je peux donc vous dire que le hasard
nous a fait connaître il y a six jours et que c'est suite à
cette heureuse rencontre que la demande vous est faites.
Tante Agnès : Ah ! Ils ne m'ont pas dit cela,
mais c'est tant mieux. Ils disent que c'est un grand jeune garçon
bien fait.
Angélique : Oui, ma tante.
Tante Agnès : De belle taille.
Angélique : Sans doute.
Tante Agnès : Agréable de sa personne.
Angélique : Assurément.
Tante Agnès : Fort Honnête.
Angélique : Le plus honnête du monde.
Tante Agnès : Qui parle bien latin et grec.
Angélique : Ah ! Ça je ne savais pas.
Tante Agnès : Et qui sera reçu médecin
dans trois jours.
Angélique : Lui, ma tante.
Tante Agnès : Il ne te l'a pas dit ?
Angélique : Non vraiment. Qui vous l'a dit
à vous ?
Tante Agnès : Madame Purgon.
Angélique : Est-ce que madame Purgon le connaît
?
Tante Agnès : Voyons. Il faut bien qu'elle
le connaisse puisque c'est son neveu.
Angélique : Clément, neveu de madame
Purgon ?
Tante Agnès : Quel Clément ? Il n'y
a pas de Clément dans cette histoire. Je te parle de Thomas
Diafoirus, le neveu de madame Purgon qui sera reçu médecin
et qui viendra dès cet après-midi avec son père
pour régler les derniers détails.
Angélique est abasourdie. Elle s'assoit
sur une chaise.
Tante Agnès : Que se passe-t-il ma nièce
? Je vous trouve tout à coup stupéfaite.
Angélique : C'est que je croyais que vous
parliez d'une personne alors qu'il s'agissait d'une autre. Pardonnez-moi,
je ne me sens pas très bien.
Angélique quitte encore abasourdie.
Cécile : Madame ! Quelle est cette machination
? Vous voudriez marier votre nièce à un médecin
?
Tante Agnès : Oui ! Et de quoi te mêles-tu
insolente ?
Toinette : Tout doux ! Raisonnons sans nous emporter.
Quelles motivations vous poussent à accepter un tel mariage
?
Tante Agnès : La raison est que me voyant
infirme et malade, je veux avoir un gendre et des alliés médecins
afin d'avoir des secours rapides et directs.
Cécile : La belle affaire ! Mais, votre nièce
doit épouser un mari pour elle et comme, elle n'est pas malade,
elle n'a pas besoin d'un médecin.
Tante Agnès : C'est pour moi que je lui donne
un médecin et elle devrait être heureuse d'épouser
ce qui est utile à la santé de sa tante.
Toinette qui se fait sérieuse : Madame,
voulez-vous que je vous donne un conseil ?
Tante Agnès : Quel est-il ce conseil ?
Toinette : De ne plus songer à ce mariage.
Tante Agnès : Écoutez, ce Thomas Diafoirus
est un parti plus avantageux qu'on ne pense. Il est le seul héritier
d'une riche famille de médecins.
Cécile : Ils doivent en avoir tué des
gens pour être devenu si riche.
Tante Agnès : J'en ai assez de vos commentaires
impertinents.
Toinette : Moi, je vous dis que votre nièce
n'a que faire de Thomas Diafoirus, de la riche famille Diafoirus et
de tous les Diafoirus du monde.
Tante Agnès : Discourez comme vous voulez,
ce mariage ce fera.
Cécile : Non, il ne se fera pas.
Tante Agnès : Pourquoi dites-vous cela ?
Cécile : Votre bonté vous en empêchera.
Tante Agnès : Comment ?
Toinette : Une petite larme ou deux, des bras jetés
au cou et de petites phrases tendres suffiront.
Tante Agnès : Je n'en démordrais pas.
Cécile : Je vous connais, vous êtes
bonne naturellement.
Tante Agnès en s'emportant : Je ne
suis pas bonne et je sais être méchante quand c'est le
temps.
Toinette : Tout doux ! Vous oubliez que vous êtes
malade !
Tante Agnès : Quelle audace ! A-t-on déjà
vu des domestiques parler de la sorte à leur maîtresse
?
Cécile : Il est de notre devoir de nous opposer
aux choses qui peuvent vous déshonorer.
Tante Agnès se met à hurler
: Ah les vilaines ! Si elle refuse de se marier, je la mettrai dans
un couvent comme le veut mon mari.
Scène 5 : Tante Agnès, Toinette,
Cécile et Hector
Hector se pointe à ce moment. Hector adopte
un ton faussement doux.
Hector : Vous m'avez appelé ma femme ?
Tante Agnès : Ah mon mari ! Merci de venir
à mon secours.
Hector : Qu'est-ce qu'il y a donc cher amour ?
Tante Agnès : Mon ami, on vient de me mettre
en colère. J'en ai mal à la tête.
Hector : Comment donc ?
Tante Agnès : Ce sont ces coquines de servantes
qui sont plus insolentes que jamais.
Hector : Calmez-vous !
Tante Agnès : Elles m'ont fait enrager !
Hector : Doucement !
Tante Agnès : Elles essaient avec effronterie
de contrecarrer mes projets.
Hector : Allons donc, ne vous fâchez pas tant.
Tante Agnès : Je vous demande encore une fois
de les chasser.
Hector : Mais ma chère, il n'y a point de
domestiques qui n'aient leurs défauts. Et vous conviendrez
avec moi que celles-ci sont adroites et surtout fidèles. Il
est difficile de nos jours d'en trouver d'aussi honnête. Holà
Cécile !
Cécile : Monsieur !
Hector : Pourquoi est ce que vous mettez ma femme
en colère ?
Cécile qui veut mettre Hector de son côté
: Nous, monsieur. Je ne comprends pas. Vous savez que nous faisons
tout pour plaire à madame.
Tante Agnès : Ah ! La traîtresse !
Toinette : Elle nous a dit qu'il voulait donner sa
nièce en mariage à un certain Thomas Diafoirus. Nous
lui avons répondu qu'il ferait mieux de la mettre dans un couvent.
Hector : Il n'y a pas grand mal à cela. Je
trouve qu'elles ont raison.
Tante Agnès : Mais, mamour, vous les croyez
? Elles m'ont dit cent insolences.
Hector : Hé bien ! Je vous crois, ma chérie.
Là, remettez-vous. Écoutez vous deux, si vous indisposez
encore ma femme, je vous jetterai dehors. C'est compris.
Les deux servantes acquiescent.
Hector : Maintenant, donnez-moi des coussins et une
couverture que je l'accommode dans sa chaise. Vous voilà je
ne sais comment.
Les deux servantes partent.
Tante Agnès : Merci mamour !
Hector : Et enfoncez bien votre bonnet sur vos oreilles.
Je ne voudrais pas que vous preniez froid.
Hector enfonce le bonnet un peu trop. Toinette
et Cécile reviennent avec les objets demandés.
Hector en accommodant Tante Agnès :
Levez-vous que je place les coussins. Mettons celui-ci derrière
votre dos.
Pendant que Hector se retourne pour prendre la
couverture, Cécile, avec le dernier coussins, donne un coup
sur la tête de Tante Agnès et se sauve ensuite.
Cécile : Et voilà pour soigner votre
mal de tête.
Tante Agnès : Ah ! La coquine !
Hector : Qu'est-ce qui se passe, donc ?
Tante Agnès : Je n'en puis plus.
Hector : Mais, cessez de vous emporter.
Tante Agnès : Vous ne connaissez pas la malice
de cette coquine. Il me faudra sûrement trois piqûres
et cinq lavements pour me calmer de tout cela.
Hector : Là, là, apaisez-vous un peu.
Tante Agnès : Mon cher, vous êtes toute
ma consolation.
Hector en lui massant les épaules :
Pauvre petit être.
Tante Agnès : Pour vous remercier de l'amour
que vous me portez, je veux refaire mon testament.
Hector qui feint le désintérêt
: Ah ! Ne parlons pas de cela, je vous en prie. Le seul mot de testament
me fait tressaillir de douleur.
Tante Agnès : Je vous avais dit de parler
de tout cela à votre notaire.
Hector : Justement, je l'ai amené avec moi.
Il attend dans la pièce à côté.
Tante Agnès : Mais, faites-le entrer mamour.
Scène 6 : Tante Agnès, Hector et M. de Bonnefoy
Hector va chercher M. de Bonnefoy.
Tante Agnès : Approchez, M. de Bonnefoy, prenez
un siège, s'il vous plaît.
Hector donne une chaise à M. de Bonnefoy.
Tante Agnès : Mon mari vous a peut-être
parlé du testament que je veux refaire.
Hector : Hélas, je ne puis rester-là
à vous écouter parler de ces choses.
Tante Agnès : Je vous en prie, demeurez avec
nous. Vous avez de si bons conseils.
M. de Bonnefoy : En fait, votre mari m'a expliqué
vos intentions et après quelques recherches je suis contraint
de vous annoncer que vous ne pouvez par testament tout léguer
à votre époux.
Tante Agnès : Mais comment cela ?
M. de Bonnefoy : La loi de Paris s'y refuse. Aussitôt
qu'il y a des enfants héritiers d'âge mineur, en l'occurrence
vos nièces, la loi vous oblige à leur laisser une part
importante de vos biens.
Tante Agnès : Voilà une loi bien impertinente.
J'aurais envie de consulter un avocat pour voir comment je pourrais
faire pour contourner cela.
M. de Bonnefoy : Ne vous adressez pas aux avocats,
ils sont d'ordinaire sévères là-dessus. Il y
a des personnes à consulter qui sont bien plus accommodantes
et qui connaissent des trucs qui vous permettent de passer doucement
au-dessus des lois. Sans cela, où serions-nous de nos jours
?
Tante Agnès : Si je vous suis bien, vous connaissez
donc un subterfuge qui nous permettrait de passer outre à cette
maudite loi.
M. de Bonnefoy : C'est simple. Il vous suffit de
contracter un grand nombre d'obligations, non suspectes, au profit
de divers créanciers. Ensuite, vous choisissez un ami intime
de votre époux qui prêtera son nom aux transactions réalisées
et lorsque votre décès survient, cet ami redonne à
votre mari le montant des obligations.
M. de Bonnefoy fait un clin d'il à Hector.
Tante Agnès : Comme c'est ingénieux.
M. de Bonnefoy : Vous pouvez aussi mettre tout de
suite entre les mains de votre mari de l'argent bien sonnant ou des
billets payables au porteur.
Hector : Mon Dieu ! Cessez de vous tourmenter avec
cela. Je suis incapable d'imaginer ce que serait ma vie sans vous.
Tante Agnès : Mon cher amour !
Hector : J'ai tellement peur de vous perdre.
Tante Agnès : Ma raison de vivre.
Hector : Si jamais vous partez, je vous suivrai.
Tante Agnès : Vous me fendez le cur. Consolez-moi,
je vous en prie.
M. de Bonnefoy : Cessez de pleurnicher. Nous n'en
sommes pas encore là.
Hector : Vous ne savez pas ce que c'est que d'avoir
une femme que l'on aime tendrement.
Tante Agnès : Le seul regret que j'aurais
en vous quittant sera de ne point vous avoir donné d'enfant.
M. de Bonnefoy : Des enfants d'un deuxième
lit rendraient la question du testament encore plus compliquée.
Tante Agnès : Pour en revenir au testament,
nous ferons comme monsieur dit. Alors, je vais contracter différentes
obligations au nom de M. de Bonnefoy et je vais vous mettre entre
les mains un coffre contenant près de dix mille dollars, ainsi
que deux billets payable au porteur qui me sont dus, l'un par monsieur
O'Neill et l'autre par monsieur Grenier.
Hector : Non, non, je ne veux pas de tout cet argent.
Mais, combien dites-vous qu'il y a dans votre coffre ?
M. de Bonnefoy : Près de dix mille dollars,
elle a dit.
Hector : Ah non ! Ne parlons pas d'argent. Et les
deux billets, quelle valeur ont-ils ?
Tante Agnès : Si je me souviens bien, un de
8000 et un autre de 7500 dollars.
Hector : Tous les biens du monde ne sont rien au
prix de vous.
M. de Bonnefoy : Si vous le désirez, je peux
m'informer au sujet de certaines obligations que vous pourriez contracter.
Tante Agnès : Faites, mon ami, faites.
M. de Bonnefoy : Sur ce, je dois vous quitter.
Hector : Je vous reconduis.
Hector accompagne M. de Bonnefoy. Dans le dos
de Tante Agnès, on voit qu'ils complotent et qu'ils sont contents
de leurs manigances.
Tante Agnès : Ce monsieur de Bonnefoy est
une relation qui va nous être fort utile.
Tante Agnès a de nouveaux des problèmes
de ventre.
Tante Agnès : Ah non ! Ces borborygmes me
reprennent.
Tante Agnès prend sa canne et quitte la
scène en se tenant le ventre.
Scène 7 : Cécille, Toinette et
Angélique.
Toinette, Cécille et Angélique entrent.
Cécile : Je les ai entendu parler de testament.
Ce deuxième mari de votre tante ne perd pas de temps. Il la
pousse dans une conspiration qui va à l'encontre de vos intérêts.
Angélique : Ma tante peut disposer de son
bien à sa fantaisie, pourvu qu'elle ne dispose point de mon
cur. Ne m'abandonnez pas, je vous en prie. Je suis au désespoir.
Toinette : Nous, t'abandonner. Pour ma part, j'aimerais
mieux mourir.
Cécile : Le mari de votre tante a beau nous
protéger par moments, je n'approuve en rien ses manigances.
Toinette : Mais, justement, utilisons ces sentiments
qu'il a pour nous et faisons semblant d'être de son côté.
Nous pourrons ainsi mieux manuvrer et parvenir à nos fins.
Cécile à Angélique :
Arrange-toi pour faire venir Clément ici, il doit être
informé de la situation. Entre temps, nous trouverons une solution.
Toinette : Quant à moi, je cours chez votre
tante Bérangère qui vous a toujours soutenu et qui n'approuve
en rien les agissements de sa sur Agnès.
Angélique : Oh merci ! Vous êtes de
fidèles servantes, je dirais même plus, de fidèles
amies.
Cécile : Nous ne pouvons accepter de remerciements
tant que le problème n'est pas réglé.
Toinette : Séparons-nous tout de suite, avant
qu'on nous surprenne.
Angélique : Alors, à bientôt.
Ils quittent tous la scène.
Fin de l'acte un.
Pour obtenir
les actes deux et trois