Scène moins un
Lucien Boucher arrive sur scène, sûr
de lui, il va directement en avant vers le public.
Lucien : Chers membres de la chambre de commerce,
chers invités d'honneur, madame la représentante de
l'association....
Adrien arrive et interrompt Lucien Boucher
Adrien : Monsieur le Premier ministre !
Lucien Boucher n'est pas content de se faire interrompre.
Lucien : Qu'est-ce qu'il y a Adrien ?
Adrien : Je suis en train de rédiger votre
réponse concernant la loi sur la publicité dans les
écoles. J'aimerais qu'on reparle de votre position.
Lucien : Ma position est catégorique. Il n'est
pas question que la publicité soit autorisée dans les
milieux scolaires. Je ne reviendrai pas là-dessus.
Adrien : Je dois vous rappeler que plusieurs compagnies
font pression afin que nous assouplissions la loi et ces compagnies
ont généreusement contribué lors de votre compagne
électorale.
Lucien : Ouin...
Adrien : Puis-je au moins démontrer une certaine
ouverture ?
Lucien : S'il le faut !
Adrien : Parfait.
Adrien s'en va. Lucien recommence à pratiquer
son discours.
Lucien : Chers membres de la Chambre de commerce,
chers...
Adrien revient.
Adrien : Monsieur le Premier ministre !
Lucien : Qu'est-ce qu'il y a encore ?
Adrien : J'oubliais de vous dire que votre femme
a appelé pour dire qu'elle ne pourra pas aller chercher les
enfants après l'école.
Lucien : Quelle heure est-il ?
Adrien : Quatre heure et quart, Monsieur.
Lucien : Ça veut dire que cela fait trois
quarts d'heure qu'ils poirotent et j'ai un discours à prononcer
dans vingt minutes. (Vers Adrien) Mais faites quelque chose
! Aller les chercher !
Adrien : Je regrette monsieur, mais je dois rédiger
votre réponse.
Lucien : Envoyez quelqu'un, un taxi, n'importe quoi
!
Adrien, un peu affolé : Tout de suite,
Monsieur.
Adrien s'en va. Lucien se prend le front et recommence
à pratiquer son allocution. Il s'arrête soudainement,
découragé. Il sort de scène.
Scène 0
Le rap du théâtre
Aujourd'hui, on va jouer
Une histoire bien tournée
Que l'on a préparée
Pour bien vous amuser
Refrain :
Le théâtre, c'est la joie
Le théâtre, c'est la vie
Le théâtre, c'est notre fun
À tous les samedis matins
On vient faire les cabotins
On se dépense, c'est certain
Plus besoin de Ritalin
On n'avait que quinze semaines
Fallait qu'on se démène
de la sueur et beaucoup de peine
pour écrire cette rengaine
Juste avant de commencer
Nous voulons vous présenter
Les acteurs de cette pièce
Applaudissons notre jeunesse
On présente les comédiens.
Et on quitte en répétant le refrain.
Scène 1
Bianca et Samantha surgissent des coulisses avec
un sac à dos. Elles reviennent de l'école.
Sam : Ma mère était très contente
de mon dernier bulletin. J'ai encore augmenté ma note en math.
Elle a décidé de me faire un cadeau.
Bianca : Est-ce que t'avais le choix ?
Sam : Oui ! Et j'ai demandé une paire de patins
à roues alignées.
Bianca : Moi, j'aurais pas demandé cela !
Sam : C'est pour me déplacer plus vite, faire
mes commissions plus rapidement tout en me gardant en forme.
Bianca : C'est vrai que c'est pratique. Moi aussi,
j'ai eu un cadeau.
Sam : Ah oui !
Bianca : Ma tante Rolande est venue chez-nous en
fin de semaine.
Sam : La voyante.
Bianca : Elle dit que j'ai un don de clairvoyance,
que j'ai hérité du talent familial. Elle m'a donné
un jeu de Tarots. Regarde.
Bianca sort un jeu de tarots de son sac.
Sam : Wow ! Est-ce que tu voudrais lire mon avenir.
Bianca : Je sais pas.
Sam : Envoye-donc !
Bianca : Bien. Prends trois cartes.
Bianca présente son jeu et Sam prend trois
cartes. Bianca reprend les cartes. Elle affiche un air surpris et
un malaise.
Sam : Qu'est-ce qu'il y a ?
Bianca : C'est que...
Sam : Mais parle, je t'en supplie.
Bianca : Je vois pour toi de grands projets et de
grands bouleversements.
Sam : Quel genre de bouleversements ?
Bianca : Je ne peux pas te dire, mais ne t'inquiète
pas, tu en sortiras plus forte.
Sam : De toute façon, je ne crois pas à
ces histoires. Comment peut-on lire l'avenir dans des cartes ?
Bianca : Les cartes ne content jamais ne mensonges.
Sam : Viens, je ne veux pas arriver trop tard chez
moi. J'ai beaucoup de devoirs.
Samantha part. Perplexe, Bianca la suit quelques
secondes plus tard.
Bianca : Attention ! Ne passe pas sous l'échelle.
Ça porte malheur.
Scène 2
Les jeunes sont dans une chambre de jeux. Quelques
jouets traînent par terre. Eugénie, Sabrina, Joanie (elle
a un gros sac de chips dans les mains) et Alexis jouent au jeu de
société "Jour de paye". Sarah les regarde.
Mireille, tranquille dans son coin, joue avec un Gameboy et un Tamagotchi.
Alexis : Joanie, c'est à toi. Joanie !
Joanie est en train de terminer un son sacs de
chips. Sabrina lui enlève des mains.
Sabrina : T'as tout mangé les chips, y en
reste plus.
Joanie vers Sarah : En avez-vous d'autres ?
Sarah : Exagère pas, c'est le deuxième
sac que tu passes.
Joanie : J'ai encore un p'tit creux.
Sabrina : Arrête de manger, tu vas devenir
grosse.
Eugénie : A mange tout le temps pis a reste
maigre comme un piquet. A part de ça Sabrina Morin, y a pas
de mal à être grosse.
Sabrina : Moi, je serai jamais grosse.
Eugénie : T'as déjà la tête
enflée, c'est un bon début.
Sabrina : Toi, Eugénie Pelletier, tu penses
tout savoir...
Alexis : OK, on se calme mesdemoiselles, on est là
pour s'amuser.
Les deux filles se regardent.
Alexis vers Joanie : Au moins, arrête
de manger des cochonneries si tu veux garder la forme.
Joanie se lève et fait du lipsync sur la
toune "Moi je mange" de Angèle Arsenault. Quand elle
a terminé, Sabrina intervient.
Sabrina : Dépêche-toi Joanie, j'ai hâte
de jouer.
Joanie tire les dés et déplace son
pion. Elle arrête son pion sur jour de repos.
Joanie : Dimanche, jour de repos.
Sabrina : Parfait, c'est mon tour. (Elle prend
les dés) Eurk ! Les dés sont tout huileux pis y
a plein de graines de chips sur le jeu.
Eugénie : Pauvre p'tite fille. Envoye, joue
donc !
Sabrina tire les dés. Son Pion s'arrête
sur Aubaine.
Sabrina : Aubaine ! (Elle prend une carte qu'elle
lit) "Vous pouvez acheter un beau bijou d'une valeur de 800$
que vous pourrez revendre le double si vous arrêtez sur une
case Acheteur". J'adore les bijoux, je le prends.
Sabrina prend de l'argent et en donne à Sarah
qui s'occupe de la banque.
Alexis : Eugénie, c'est à toi !
Eugénie : Moi, je suis plus capable de jouer
à votre jeu capitaliste. Vous vous en apercevez pas, mais ce
jeu-là vous apprend à aimer l'argent et à être
matérialiste.
Joanie : C'est pour le fun, c'est pas pour vrai.
Eugénie : Pourquoi on joue pas à des
jeux où les gagnants seraient ceux qui partagent le plus.
Alexis : Parce que cela serait plate. Moi, c'est
la compétition qui m'intéresse.
Sabrina : T'as des idées bizarres des fois,
toi.
Carmen, la mère de Sarah, arrive sur scène.
Carmen : Sarah !
Sarah : Oui !
Carmen : Il va falloir que tes amis retournent chez
eux.
Sarah : Pas tout de suite, on n'a même pas
fini notre partie.
Carmen : C'est dommage, mais c'est comme ça.
Sarah : Pourquoi Maman !
Carmen : Grand-Papa René s'en vient.
Sarah : Youpi ! Ça veut dire qu'il va souper
avec nous.
Carmen : Y s'en vient vous garder, je dois aller
travailler.
Sarah : Ah non ! Tu m'avais dit qu'on allait se louer
un film vidéo pis le regarder ensemble.
Carmen : Je le sais chéri, mais j'ai été
appelée pour travailler. Je ne pouvais pas le prévoir.
Sarah : Tu m'avais promis.
Carmen : Fais-toi s'en pas, on va se reprendre. Tu
pourras toujours en écouter un avec grand-papa.
Sarah : Est-ce que tu vas revenir tard ?
Carmen : Tu vas dormir. Mais je vais quand même
aller te donner ton bec.
Sarah : Je ne vais pas dormir, je vais t'attendre.
Carmen : Attends-moi pas...
René entre sur à ce moment là.
René : Allô !
Sarah se jette sur René.
Sarah : Grand-papa ! Grand-Papa !
René : Tiens, si c'est pas ma p'tite-fille
d'amour !
Sarah qui tire sur les bras de son grand-père
: On va tu aller louer un film vidéo ?
Carmen : Sarah ! Fais attention ! Tire pas après
grand-papa comme ça !
René : C'est pas grave ! Yé encore
capable d'en prendre !
Sarah : On va tu n'en louer ?
René : Je le sais pas. Qu'est-ce que ta mère
en pense ?
Carmen : Y a pas de problème. On était
supposé en louer un ce soir. Je m'excuse, je dois y aller.
Jonathan devrait revenir de son basket vers cinq heure, y a des nouilles
dans le frigo et Stéphane prévoit revenir du bureau
vers sept heures. Et j'ai demandé aux amis de retourner chez
eux.
René : Y peuvent rester. Les enfants, ça
m'énerve pas. J'étais l'aîné d'une famille
de 14 et j'en ai élevé six.
Carmen : Comme vous voulez, mais si sont trop excités,
gênez-vous pas !!!
René : Y aura pas de problème !
Carmen : Merci beaucoup popa ! Ça me dépanne
vraiment !
René : Moi, ça me fait plaisir, ça
me désennuie !
Carmen : J'y vais. S'il y a quelque chose, j'ai laissé
le numéro sur le frigidaire. Au revoir !
Sarah : Salut maman ! À ce soir !
René prend une chaise et va s'asseoir près
des enfants. Sarah reste près de lui.
René : C'est quoi donc ce jeu-là ?
Eugénie : C'est pas un jeu, c'est un lavage
de cerveau.
René : Pardon !
Sabrina : Faites pas attention, Eugénie dit
toujours plein de choses qu'on ne comprend pas. Même elle, a
se comprend pas.
Joanie : C'est un jeu qui s'appelle "Jour de
paye".
Alexis : C'est simple : on avance nos pions sur un
calendrier. Au début du mois, on a une paye. Avec l'argent,
on règle les comptes et on peut aussi acheter des objets qu'il
faut revendre.
René : Je trouve ça bien. Vous apprenez
ainsi à gérer un budget parce que plus tard, vous autres
aussi vous allez travailler et avoir des enfants.
Sarah : En tout cas, si je promets à mes enfants
d'écouter un film vidéo, je vais respecter ma promesse.
René : Faut pas blâmer ta mère,
ma chouette, elle travaille très fort pour vous offrir tout
ce que vous avez de besoin. C'est pas facile aujourd'hui, pour joindre
les deux bouts, faut que le papa et la maman travaille. Dans mon temps,
on gagnait pas cher, mais c'était ben plus simple.
Sarah : Oui, mais je les vois presque jamais. Souvent
quand j'arrive de l'école, faut que ma mère parte pour
le travail.
Alexis : Moi, mon père est policier pis fallait
qu'il travaille à Noël.
Sabrina : Mes parents travaillent dans les magasins,
c'est rare qu'ils ont des congés ensemble.
René : Le monde est rendu fou. Mais, qu'est-ce
que vous voulez qu'on fasse ?
Eugénie : Justement, faudrait faire quelque
chose ?
Joanie : On peut rien faire, on est juste des enfants.
René : Plus tard, vous aurez la possibilité
de changer le monde.
Eugénie : Il va être trop tard. C'est
tout de suite qu'il faut agir.
Alexis : Joanie, qu'est-ce que t'attend, c'est encore
à toi.
Joanie : Excusez-moi, quand j'ai trop faim, je manque
de concentration.
Les enfants se remettent à jouer silencieusement.
René aperçoit Mireille dans son coin.
René : Qu'est-ce que tu fais là, toi,
toute seule ?
Mireille : Hein ! Qui ? Moi ?
René : Ben oui, toi !
Mireille : Ah rien !
René : Approche ici la grande fille, viens
me montrer ça.
Mireille ne bouge pas.
René : Viens me voir, je te mangerai pas.
Mireille approche tranquillement. René
prend le Tamagotchi.
René : C'est quoi ça ? Un jeu vidéo
?
Mireille : C'est un Tamagotchi.
René : Un quoi ?
Mireille : Un Tamagotchi.
René : Bondieu ! Qu'est-ce que ça mange
en hiver ?
Sabrina : C'est un animal virtuel.
Alexis : C'est un genre de poussin, mais électronique.
Joanie : Faut s'en occuper, le caresser, lui donner
à manger, sinon il meurt.
Mireille : Celui-là, ça fait douze
jours que je l'ai.
René : Si je comprends bien, c'est comme un
animal de compagnie.
Mireille : C'est ça !
René : Quand j'avais votre âge, j'avais
des lapins, des chats, des poussins, des tortues, mais pas de Tamamoutchi.
Mireille : Tamagotchi !
René : Oui, c'est ça Taragotchi ! En
tout cas...
Les enfants rient.
Mireille : J'ai toujours voulu avoir un chat, mais
ma mère ne veut pas parce que mon frère et mon père
sont allergiques.
Sabrina : Moi, je trouve que ça pu des animaux.
Joanie : J'aime mieux les voir à la télévision
ou au zoo. J'ai déjà eu un chien, mais il fallait toujours
s'en occuper, mon père était tanné.
René : J'ai gardé plusieurs chiens
et à chaque fois qu'ils sont morts, j'ai eu ben de la peine.
Dans notre cour, mon père avait des chevaux pour tirer sa calèche,
des poules qui lui donnaient des oeufs, des dindes, des oies pis toute
une ménagerie. On voit pu ça.
Eugénie : On vit dans un monde aseptisé.
Il faut que tout soit propre, propre, propre.
Mireille : Regardez, il veut avoir des caresses.
Fa que je prends la petite main qui est ici et je le flatte.
René : J'ai mon voyage !
Sarah : Grand-Papa ! J'en ai deux dans ma chambre.
Si tu veux, je peux t'en donner un.
René : C'est ben gentil, mais avec mes gros
doigts, je vais avoir ben de la misère à m'occuper d'un
Tatagoutchi. Pis je pense que j'aime mieux les vrais animaux.
Sarah : Grand-papa, faudrait souper bien vite si
on veut aller louer un film.
René : Va falloir que tes amis s'en aille.
Alexis : C'est correct, ça nous tente plus
de jouer.
Sabrina : Ma mère m'attend.
René : Serrez les jeux ben comme il faut avant
de partir.
Les enfants rangent les jeux et tout le monde
sort de scène.
Scène 3
Alysson arrive sur scène. Elle est seule.
Elle a un sac avec des cassettes vidéo. Elle attend un peu.
Gabrielle arrive, elle a un sac à dos.
Alysson : T'as pas oublié mes cassettes toujours.
Gabrielle : Non, non. Elles sont dans mon sac.
Gabrielle sort des cassettes vidéo de son
sac et les donne à Alysson.
Alysson : Tiens, je t'en apporte trois nouvelles
: La marraine de la mafia, L'exorciste 5, Le Dragon défie le
bouledogue. Ce sont tous des films dix-huit ans et plus.
Gabrielle : Est-ce qu'on voit beaucoup de sang ?
Alysson : Oui !
Gabrielle : Good !
Alysson : Tu fais attention pour ne pas te faire
pincer par tes parents.
Gabrielle : Inquiète-toi pas. Je suis très
prudente. S'il fallait que ma mère sache ça, je serais
en pénitence pour au moins un mois.
Alysson : C'est sévère chez vous.
Gabrielle : Tu peux le dire. Mes parents me disent
tout le temps, il faut de la discipline pour réussir dans la
vie, ma p'tite fille. Ils veulent que j'ai un bel avenir. En plus
de l'école privée, j'ai des cours d'anglais, de piano,
des compétitions de gymnastique. Je prépare tellement
mon avenir que je n'ai plus de présent.
Alysson : On fait un party de filles chez moi samedi
soir, est-ce que ça te tente de venir ?
Gabrielle : Je ne peux pas. Je dois rencontrer un
grand entraîneur de gymnastique brésilien qui est de
passage à Québec.
Alysson : T'es pas chanceuse !
Gabrielle : J'ai tellement pas le goût. Je
ne peux même pas décider de mon horaire, ma mère
tient mon agenda. C'est ma gérante !!!
Alysson : Des fois, juste en parler, ça fait
déjà pas mal de bien.
Gabrielle : C'est vrai !
Michaël apparaît soudainement
Michaël : Salut ! Je ne vous dérange
pas toujours !
Alysson : Non, non ! On était juste en train
de se faire des confidences.
Michaël : C'est intéressant. De quoi
vous parliez ?
Alysson : Si on te le dit, tout le monde va le savoir
demain.
Michaël : Exagère pas ! J'ai des contacts,
c'est tout. Je vois que ton petit commerce de cassettes vidéo
fonctionne encore.
Alysson : Je ne fais plus affaire avec toi. La dernière
fois que je t'ai prêté une cassette, t'as enregistré
une partie de hockey dessus. T'es tellement dans la lune.
Michaël : C'est de ta faute, t'avais oublié
de casser la p'tite pinne sur le côté pour pas que ça
enregistre.
Alysson : Je t'en prêterai plus jamais.
Michaël : J'en veux pas de tes cassettes. Elles
sont trop violentes. Ça me fait faire des cauchemars
Gabrielle : P'tite nature !
Michaël : Pis à part de ça, je
me demande où tu les prends tes films.
Alysson : Dans la collection de mon père.
Michaël : Ça le dérange pas.
Alysson : Y dit que le jeunes d'aujourd'hui sont
matures plus tôt.
Michaël : Ma mère pense que s'ils interdisent
certains films aux enfants, c'est pas pour rien. Je suis d'accord
avec elle.
Gabrielle : Ce que j'aime le plus dans ces films-là,
c'est que ça me donne l'occasion de braver les interdits de
mes parents.
Michaël : Voulez-vous que je vous en conte une
bonne ?
Les deux autres : Oui !
Michaël : C'est à propos de la nouvelle
qu'on a eu dans notre classe.
Gabrielle : Elle s'appelle Gwanaël, je pense.
Michaël : C'est ça. Elle vient d'un pays
que je ne suis pas capable de prononcer. Imaginez-vous donc qu'on
a eu une sortie à la ferme hier, pis Gwanaël est en train
d'apprendre le français. Nous autres, pour rire, on lui montrait
des vaches et on lui disait que c'était des éléphants.
Alysson : Ah! C'est pas gentil.
Michaël : C'était juste pour rire. À
chaque fois qu'on nous montrait un animal, on lui disait...
Nancy arrive et les interrompt.
Nancy : Il faut que je vous parle d'un sujet important.
Michaël : Attends, j'ai pas fini. J'étais
en train de leur conter quelque chose de drôle.
Nancy : Qu'est-ce que c'était ?
Michaël : C'est à propos de Gwanaël.
Nancy : Ah oui ! La nouvelle.
Michaël a une idée, il fait un clin
d'oeil à Gabrielle et Alysson.
Michaël : J'expliquais justement que Gwanaël
nous a montré comment dire "Bonjour" dans sa langue.
C'est "Boulba prout prout".
Nancy : Boulba prout prout veut dire "Bonjour".
Michaël : Bien sûr, d'ailleurs, ça
tombe bien, tu peux lui dire, elle arrive.
Gwanaël arrive et Nancy va à sa rencontre.
Nancy : Boulba prout prout !
Gwanaël : Pardon !
Nancy : Boulba prout prout !
Gwanaël : Moi, pas comprendre. Voulez-vous répéter
!
Michaël, Gabrielle et Alysson rient. Nancy
se retourne vers eux.
Nancy : Qu'est-ce qui a ? Vous m'avez fait un coup,
je suppose.
Michaël : Tu pognes à chaque fois.
Nancy : C'est pas de ma faute, je fais confiance
au monde, moi.
Michaël : Et puis Gwanaël, as-tu aimé
ta sortie à la ferme.
Gwanaël : Oui, j'ai vu de belles éléphants
qui donnent du lait, des babouins qui pondent des oeufs et des girafes
qui se font tondre le laine.
Michaël : Est bonne, j'en reviens pas.
Gwanaël : J'ai surtout fait la connaissance
d'un âne menteur.
Michaël : On a pas vu d'âne.
Gwanaël : C'est toi l'âne qui ma prit
pour une belle dinde. Tu pensais que je ne savais pas ce qu'était
une vache. Je l'ai appris dans la livre de français.
Les autres filles partent à rire.
Nancy : Qui est pris qui croyait prendre. Je suis
ben contente.
Michaël : C'était juste pour rire.
Gwanaël : Je ne trouve pas ça drôle
du tout. Ce n'est pas facile d'arriver dans un nouveau pays et d'apprendre
une nouvelle langue.
Alysson : C'est vrai. Tu devrais t'excuser.
Michaël : Je m'excuse d'abord.
Nancy : C'est quoi donc le nom de ton pays ?
Gwanaël : Le Taradikistan, c'est différent
d'ici. Il fait chaud et c'est désertique.
Gabrielle : Tu dois t'ennuyer ?
Gwanaël : Oui, beaucoup. Mais, je vais souvent
à des soirées où je rencontre des gens de chez-moi
qui vivent eux-aussi au Québec. Et on mange comme chez moi
et on danse comme chez moi.
Gabrielle : J'aimerais voir les danses que vous faites.
Nancy : Oui, montre-nous !
Gwanaël : Je ne sais pas, je suis gênée.
Nancy : S'il-te-plait.
Gwanaël : Bon !
La musique commence et Gwanaël se met à
danser. Elle entraîne les autres filles et, par la suite, Michaël
qui boudait un peu dans son coin.
Alysson : C'est intéressant.
Nancy : C'est vrai. Il faut que je vous dise que
notre école va peut-être fermer.
Les autres : Quoi ?
Nancy : Je fais partie du conseil étudiant
et on a rencontré des monsieurs importants qui nous ont expliqué
avec des mots qu'on ne comprenais pas, des mots comme "rationalisation",
qu'il fallait fermer l'école. C'est pour sauver de l'argent.
Gabrielle : On va aller à l'école où
?
Nancy : Je le sais pas. Il va probablement falloir
prendre l'autobus.
Alysson : Il faut monter un comité de défense
de nos droits.
Michaël : Ça servira à rien !
Nancy : Il faut essayer. Samantha, la présidente
de l'école, a déjà programmé une rencontre
de tous les étudiants.
Gabrielle : C'est quand ?
Nancy : Cette après-midi après les
cours. Il faut avertir tout le monde.
Gwanaël : Je ne comprends pas bien ce qui se
passe.
Alysson : Viens avec nous, on va t'expliquer.
Nancy : On se retrouve cet après-midi.
Tout le monde s'en va.
Scène 4
On entend tousser dans les coulisses.
Eve arrive en toussant. Cédric se précipite
sur elle.
Cédric : Est-ce que ça va, Eve ?
Eve : Je tousse tellement que je pense que le coeur
va me sortir.
Cédric : As-tu été voir un médeçin
?
Eve : J'y vais à chaque semaine. Présentement,
j'ai une bronchite, des ulcères, un orgelet, des verrues au
talon...
Cédric : Et un pied mariton Madeleine, un
pied mariton madelon.
Eve : Quoi ?
Cédric : Laisse faire.
Eve : Je suis tellement malade.
Cédric : Moi aussi, je suis malade.
Eve : Ah oui !
Cédric : Malade d'amour !
Eve : Encore ?
Cédric : Comment encore ?
Eve : T'es toujours en amour avec une fille mystérieuse.
On sait jamais c'est qui et tu lui avoues jamais ton amour.
Cédric : J'ai tellement peur de me faire dire
non. Ça me paralyse.
Eve : Je la connais ?
Cédric : Oui !
Eve : C'est Sabrina ?
Cédric : Essaye pas, je ne te le dirai pas.
Eve : Je vais finir par le savoir. Est-ce que c'est
la jeune fille qui s'en vient ?
Cédric : Arrête, bon !
Dominique va vers eux.
Dominique : Salut ! Vous allez bien ?
Eve se met à tousser
Cédric : Bof !
Dominique : On peut dire que vous êtes des
personnes stimulantes. Etes-vous allé à la réunion
générale des élèves cet après-midi
?
Eve : Non.
Cédric : Je ne me sens pas concerné.
Dominique : Quoi ! On veut fermer notre école
et tu ne te sens pas concerné.
Eve : Moi, je me demande si je vais me rendre jusqu'à
l'année prochaine (Elle tousse un peu).
Dominique : Ben voyons, tu vas tous nous enterrer.
Ça prend une santé de fer pour passer à travers
toutes les maladies que t'as eu.
Eve : Tu penses ?
Dominique : Certain ! On a besoin de tout le monde,
vous autres y compris. Les adultes veulent fermer l'école.
Ça, c'est sans compter les coupures de budgets et de services
qu'on a subi. On était supposé avoir plein d'ordinateurs
branchés sur Internet, on les attend encore.
Cédric : Toi pis ton Internet.
Dominique : Internet, c'est l'avenir.
Eve : Internet, c'est dangereux, ça montre
aux gens comment faire des bombes.
Dominique : Vous êtes donc ben négatifs
vous autres. Faut savoir exploiter les beaux côtés d'Internet.
Cédric : Tu dois avoir raison, t'as toujours
raison.
Dominique : Aïe. En tout cas, je suis obligé
de vous demander de vous en aller.
Eve : Pourquoi ?
Dominique : On va tenir une réunion ultra-secrète
du comité de défense de l'école. On veut personne
dans les parages. Samantha et sa gang s'en viennent.
Cédric devient tout intéressé.
Cédric : Samantha s'en vient ici !
Dominique : Je viens de le dire.
Cédric : Est-ce que je pourrais rester ?
Dominique : Pas question, c'est une réunion
ultra-secrète.
Cédric : Justement, je pourrais rester dans
les alentours pour surveiller.
Dominique réfléchit un peu.
Dominique : C'est vrai, c'est une bonne idée.
Eve se remet à tousser.
Eve : Moi, je vais en profiter pour aller me reposer
un peu.
Sam, Bianca, Eugénie et Nancy arrivent.
Cédric est tout content de voir Sam.
Sam, à Dominique : Qu'est-ce qu'il
fait là, lui ? Je t'avais demandé de nettoyer la place.
Dominique : Il s'est offert pour surveiller.
Sam : Très bien !
Samantha ne porte pas beaucoup d'attention à
Cédric. Celui-ci semble en admiration devant elle. Il se place
en retrait pour surveiller.
Nancy : Est-ce qu'on commence la réunion ?
Sam : Oui, Il faut d'abord examiner la situation
actuelle.
Dominique : Tout d'abord, les gens de la Commission
scolaire ne veulent rien entendre. Ils refusent de revenir sur leur
décision. L'école va fermer l'an prochain.
Bianca : On a essayé de contacter le maire
et les députés. Ils restent sourds à nos appels.
Sam : On est juste des enfants pour eux-autres. On
n'est pas des électeurs.
Eugénie : On vit dans une société
de fous, une société qui va trop vite. Asteure, c'est
juste l'argent qui compte. Les autres valeurs comme la famille ou
le bonheur ont été renversées.
Sam : T'as raison, ça ne peut plus durer.
Il faut agir et utiliser des moyens drastiques. On va aller directement
au parlement et on va montrer aux adultes qu'on est pas une masse
négligeable.
Nancy : Comment on va faire ?
Dominique : On va se servir d'Internet. Je vais construire
un site web et on va mettre sur pied une chaîne de courriels.
Il faut déterminer un rendez-vous.
Sam : Tous les enfants de la région doivent
se présenter jeudi matin à 10h devant le parlement pour
manifester.
Bianca : Attention, c'est un vendredi 13.
Sam : Jeudi matin d'abord.
Eugénie : On va changer le monde !
Sam : On se donne des responsabilités : Dominique
s'occupe des communications, Nancy, du matériel, Eugénie,
toi, tu vas écrire nos revendications et Bianca, tu vas vérifier
si la chance est avec nous.
Nancy : Pis toi ?
Sam : Moi, je vais coordonner le tout.
Bianca : Ça prend un chef !
Cédric : Moi, je m'occupe de la sécurité.
Sam : Si tu veux. Tout le monde a compris.
Les autres : Oui !
Sam : Parfait, on se reparle demain matin avant les
cours. Il nous reste moins de 48 heures. A demain !
Les autres : À demain !
Ils s'en vont tous, sauf Cédric qui reste
encore quelques secondes, encore plein d'admiration pour Samantha.
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