La république des Tamagotchis
Scènes 5 à 9

Scène 5

Adrien et Lucien Boucher entrent sur scène. Ils parlent ensemble. Un micro est placé en avant, au centre.

Lucien un peu exaspéré : Je sais, je sais, je sais.

Adrien : En plus, les médecins veulent plus d'argent et menacent de faire la grève si vous n'acceptez pas de les rencontrer d'ici trois jours.

Lucien : Je voulais prendre congé. Ça fait trois semaines que je n'ai pas arrêté.

Adrien : Vous ne pouvez pas partir monsieur, il reste plusieurs autres grèves à régler. La grève des vidangeurs, des tireurs de joint, des garagistes...

Lucien : Mais, j'ai tellement besoin de vacances.

Adrien : De toute façon, les pilotes d'avion aussi sont en grève.

Lucien : Ah bon ! Depuis quand ?

Adrien : Depuis minuit. Je dois aussi vous dire que des centaines d'enfants sont en train de manifester devant le Parlement.

Lucien : Est-ce que qu'ils sont en grève eux-aussi ?

Adrien : Ils sont en colère en tout cas. Ils essaient de forcer les portes et d'entrer.

Lucien : Retenez-les, j'ai d'autres chats à fouetter.

Adrien : Vous pourriez peut-être aller leur parler et essayer de les calmer.

Lucien : Je n'ai pas le temps, je dois aller m'adresser aux députés.

Lucien montre le micro.

Lucien : Retenez-les !

Adrien : Bien monsieur.

Adrien s'en va et Lucien se dirige vers le micro.

Lucien : Chers députés, les temps sont durs et nous devons nous serrer la ceinture. Cependant, il est important de montrer aux citoyens que c'est nous qui portons les culottes. L'état a besoin d'une cure d'amaigrissement des finances publique. S'il le faut, nous perdrons du poids jusqu'à en porter des bretelles. Mais, une chose est certaine : nous ne nous ferons pas prendre les culottes à terre...

Tout d'un coup, sur une musique endiablée, les enfants envahissent la salle et entourent le public. Certains ont des pancartes, d'autres sont armés de fusil à l'eau. Ils scandent "Le pouvoir aux enfants". Samantha, Dominique, Nancy, Eugénie et Bianca montent sur scène rejoindre le premier ministre. Mireille s'assoit sur scène et joue au Tamagotchi. Samantha prend la parole au micro.

Sam : Mon nom est Samantha Grégoire et je viens parler au nom de milliers d'enfants qui sont tannés de passer en dernier. Nous sommes l'avenir. Occupez-vous de nous !!!

Eugénie s'empare du micro.

Eugénie : À bas la dictature des adultes.

Les autres enfants : À bas la dictature des adultes !

Eugénie : On est fatigué des discours vides. On va vous prouver que l'enfance n'est pas une maladie qui se guérit avec le temps. Je veux vous lire un texte de Bob Dylan, un révolutionnaire des années soixante. "Vous les mères et les pères de tous les pays. Ne critiquez plus car vous n'aviez rien compris. Vos enfants ne sont plus sous votre autorité. Sur vos routes anciennes, les pavés sont usés. Marchez sur les nouvelles ou bien rester cachés. Car le monde et les temps changent." À bas la dictature des adultes.

Les autres enfants : À bas la dictature des adultes !

Adrien revient. Lucien va le voir.

Lucien : Mais, qu'est-ce que cette histoire ?

Adrien : Excusez-nous.

Lucien : Je vous avais demandé de les retenir.

Adrien : Qu'est-ce que vous voulez que nos gardes de sécurité fassent contre des milliers d'enfants ?

Samantha : Monsieur le premier ministre, ce n'est pas le temps de vous sauver. Nous avons des demandes à vous faire.

Lucien : Me sauver, moi, jamais...

Petit temps : Lucien a une idée.

Lucien : À moins que... Écoutez, j'aurais peut-être une proposition à vous faire.

Dominique : Qu'est-ce que c'est ?

Lucien : Je dois m'absenter pour deux semaines et je cherche des gens fiables pour me remplacer.

Nancy : Ce n'est pas le temps de partir.

Lucien : Vous ne comprenez pas. Je voudrais que vous preniez ma place. Vous pourrez alors refaire le monde comme bon vous semble.

Adrien, épouvanté, va voir Lucien. Les enfants font un caucus.

Adrien : Monsieur, où avez-vous la tête ? Ça va être le chaos !

Lucien : J'ai mon plan. Je m'en vais, mais, vous, vous restez pour les surveiller.

Adrien : Ah! Je comprends monsieur.

Eugénie : Est-ce qu'on va pouvoir inventer nos propres lois ?

Lucien : Certainement.

Sam : On va former notre propre gouvernement.

Lucien : Comme vous voudrez.

Sam : Alors, on accepte !

Lucien : C'est pour deux semaines seulement.

Eugénie : Deux semaines qui vont passer à l'histoire.

Lucien se dirige vers le micro.

Lucien : Chers députés. Nous allons donc prendre deux semaines de vacances. Moi, je m'en vais en croisière.

Lucien se retourne vers Adrien.

Lucien : Les bateaux ne sont pas en grève toujours ?

Adrien : Non, non.

Lucien : On se revoit dans deux semaines.

Lucien, tout content, se dirige vers les coulisses. Il sort une valise et sort de l'autre côté en saluant les enfants.

Lucien : Au revoir les enfants !

Eugénie au micro : Le pouvoir aux enfants !

Les autres enfants : Le pouvoir aux enfants !

Samantha reprend la parole : Maintenant, comme on a pas beaucoup de temps, il faut s'organiser. Nous allons envoyer des représentants pour rencontrer les différents groupes d'enfants afin de déterminer les nouvelles lois que nous voulons pour notre société.

Les autres enfants : Vive Samantha !

Samantha : Il faut nous retirer pour parler de nos nouvelles responsabilités.

La musique reprend. Tout le monde sort de scène. Tous les enfants quittent la salle.

 

Scène 6

Joanie arrive sur scène. Elle sort une barre de chocolat qu'elle développe et mange. Gabrielle arrive.

Joanie, la bouche pleine : Salut Gabrielle !

Gabrielle : C'est pas poli parler la bouche pleine. Ma mère me l'a dit assez souvent.

Joanie : Je m'excuse. J'ai trop faim.

Gabrielle : Au moins, tu devrais manger des choses qui sont bonnes pour la santé.

Joanie : Oui maman !

Gabrielle : Je te dis ça pour ton bien. Tu devrais manger des fruits plutôt que du chocolat.

Joanie : Moi, j'aime le sucré !

Gabrielle : Justement, il y a du sucre dans les fruits. C'est un sucre qui est bon et qui donne de l'énergie à long terme.

Joanie : Je sais, les bonbons, c'est du sucre concentré qui donne de l'énergie qui disparaît rapidement. T'es pas la première à me le dire.

Gabrielle : Pourquoi tu ne nous écoutes pas, d'abord ?

Joanie : C'est mon choix.

Gabrielle : Tu ne dois pas avoir bien faim pour les repas ?

Joanie : Je ne mange pas beaucoup aux repas. Je préfère manger plus souvent.

Gabrielle : Ça veut dire que tu ne manges pas beaucoup de légumes, ni de viande, ni de produits laitiers.

Joanie : J'en mange de temps en temps.

Gabrielle : Moi, ma mère a fait un menu bien strict avec les quatre groupes alimentaires. C'est la même chose à chaque semaine.

Joanie : Ça doit être ennuyant.

Gabrielle : J'avoue que ça manque de fantaisie.

Nancy arrive avec une feuille et un crayon.

Nancy : Salut, il faut que je vous pose des questions.

Joanie : Sur quoi ?

Nancy : Je suis représentante du nouveau gouvernement des enfants et on veut savoir quelle sorte de loi vous voudriez avoir.

Gabrielle : Ça ne marchera pas votre gouvernement !

Nancy : Oui ça va marcher !

Gabrielle : Vous pensez que les adultes vont vous laisser passer les lois que vous voulez.

Nancy : On leur a montré qu'on pouvait se mobiliser.

Gabrielle : Toi, t'es une croyante.

Nancy : Comment ça une croyante ?

Gabrielle : T'embarque dans n'importe quelle histoire. On peut te faire croire ce qu'on veut.

Joanie : Ça, c'est vrai. L'autre jour, on lui a fait croire que Léonardo Dipicolo allait jouer dans un film avec les Télétobbies

Joanie et Gabrielle rient.

Gabrielle : Avec les Télétobbies. Ça pas de bon sens. Po, Lala et Di-Dipicolo.

Nancy un peu fâchée : Vous aimez ça vous payer ma tête. Au lieu de me comprendre, de soigner le bobo, vous pesez fort dessus. C'est gentil, très gentil. J'apprécie vraiment. Vous êtes de vrais amis.

Joanie : Panique pas. Ça m'intéresse tes affaires de lois. J'ai des idées.

Nancy : Ah oui ! Comme quoi ?

Joanie : Tous les enfant devraient avoir droit à chaque jour à leur ration de bonbons et de chips.

Gabrielle : Ça, c'est bien toi !

Nancy : Je note toutes les idées. Elles sont aussi valables les unes que les autres. Est-ce que t'en as toi, Gabrielle, des idées ?

Gabrielle : Moi, si j'avais une loi à défendre, c'est que les enfants soient maîtres d'eux-même, que les parents arrêtent de décider tout.

Nancy : Ça, c'est une idée qui revient souvent. On va sûrement en discuter sérieusement.

Joanie : Est-ce qu'il pourrait avoir une loi interdisant aux grands frères d'écoeurer leur soeur ?

Nancy : Je le note, mais je ne pense pas qu'une loi change grand chose là-dedans.

Joanie : En tout cas, si vous avez besoin d'aide, moi je suis prête à m'impliquer dans votre gouvernement.

Gabrielle : Pas moi. J'ai pas de temps à perdre là-dedans. De toute façon, j'ai pas de temps.

Nancy : Joanie, si tu veux nous aider. T'as juste à m'accompagner.

Joanie : Parfait !

Gabrielle : Moi, je vous laisse. Salut !

Les deux autres : Salut !

Ils sortent tous de scène.

 

Scène 7

Michaël, Eugénie et Sabrina entrent en scène

Eugénie : Bon, maintenant, je dois recueillir vos suggestions pour notre nouveau gouvernement.

Sabrina : Des suggestions comme quoi ?

Eugénie : Je le sais pas moi. Des idées, des lois, des projets qui feraient avancer la cause des jeunes.

Sabrina : J'ai pas d'idée qui me vient en tête.

Eugénie : Ça, ça me surprends pas.

Sabrina : Aïe !

Michaël : J'en aurais une, moi, une idée de projet.

Eugénie : Ah oui ! Quoi ?

Michaël : On devrait lancer un programme spatial.

Sabrina : Qu'est-ce que c'est que ça ?

Michaël : C'est comme la NASA. On construirait une navette spatiale et on envoierait des gens sur la lune.

Sabrina : À quoi ça servirait ?

Michaël : Le monde verrait qu'on est intelligent. Pis ça toujours été mon rêve d'aller dans l'espace.

Eugénie : Y a des millions de gens qui meurent de faim sur la planète et toi tu veux aller te gambader dans les étoiles.

Michaël : C'est une idée comme une autre. Tu voulais qu'on te donne des suggestions.

Eugénie note l'idée.

Sabrina : Je pense que moi aussi j'aurais une suggestion.

Eugénie : Ah oui !

Michaël : C'est quoi, un règlement pour rendre le maquillage obligatoire.

Sabrina : Non ! Je voudrais que la mode devienne un droit.

Eugénie : Quoi !

Sabrina : Mon voeux, c'est que tout le monde puisse suivre la mode. Y a tellement de pauvres qui ne peuvent pas se le permettre.

Eugénie : Tu penses que je vais écrire ça. Je veux justement présenter un projet qui va rendre la mode hors-la-loi.

Sabrina : Qu'est-ce que t'as contre la mode, Eugénie Pelletier ?

Eugénie : La mode, ça sert juste à faire vendre. La mode, c'est du gaspillage. On jette plein de vêtements qui sont encore mettables juste à cause qu'ils sont plus au goût du jour.

Sabrina : Ben, ça fait travailler du monde.

Eugénie : C'est nos parents qui sont pognés pour travailler pour nous payer du linge trop cher comme cette calotte-là.

Eugénie prend la calotte de Michaël dans ses mains.

Eugénie à Michaël : Combien l'avez-vous payée ?

Michaël : Peut-être trente dollars.

Eugénie : Pis ça vaut pas plus que quatre ou cinq dollars. Imagine l'argent qu'ils font. C'est du vol. Pire que ça : on leur fait de la publicité gratuite.

Michaël : Une calotte Nike, ça donne de la personnalité. Je me sens meilleur avec ça.

Eugénie : Belle personnalité.

Sabrina : Justement, la mode, c'est un moyen de s'exprimer et c'est personnel.

Eugénie : Les Grecs l'avaient trouvée la solution, eux-autres.

Sabrina : Qu'est-ce que les Grecs viennent faire là-dedans ?

Eugénie : Ils s'habillaient tous avec des grandes tuniques blanches. On devrait revenir à ça.

Sabrina : Ce serait une régression.

Eugénie : Les Grecs étaient bien plus évolués que nous, c'est eux qui ont inventé la démocratie.

Sabrina : La quoi ?

Eugénie : Tu sais même pas c'est quoi la démocratie. Mademoiselle est belle, mais n'a pas de cervelle.

Sabrina : Madame a de la culture, mais lui avez-vous vu l'allure !

Eugénie : En tout cas, j'écrirais jamais ton idée dans mon carnet.

Sabrina : C'est injuste !

Michaël : Eugénie, tu nous as demandé nos suggestions. T'as pas le droit de prendre uniquement ce qui fait ton affaire. Sinon, c'est de la tricherie.

Eugénie : Ça pas de bon sens son idée.

Michaël : C'est pas à toi d'en juger, c'est à tout le monde. C'est ça la démocratie. Si tu veux faire comme les Grecs, il faut que t'écrive son idée.

Eugénie : Bon, OK.

Eugénie écrit l'idée. Michaël et Sabrina s'en vont pendant qu'elle écrit. Eugénie quitte ensuite.

 

Scène 8

Sarah et son grand-père se promènent.

René : Attends un p'tit peu. Va pas trop vite. Je peux pu courir comme un lapin moi.

Sarah : C'est vrai, j'oublie tout le temps. Je m'excuse grand-papa.

René : C'est pas grave.

Sarah : Est-ce que je peux te poser une question ?

René : Certainement.

Sarah : Est-ce que tu trouves ça plate d'être vieux. ?

René : Je te dis que t'en pose des drôles de questions, toi.

Sarah : Oui, mais est-ce que tu trouves ça plate ?

René : C'est comme dans tout. Y a des bons et des mauvais côtés.

Sarah : Le mauvais côté, c'est que tu peux plus courir ?

René : C'est un des mauvais côté. Dire que j'ai déjà été champion de saut en longueur.

Sarah : Pis tu te faisais pas mal ?

René : T'as l'air de penser que j'ai toujours été vieux. J'ai été jeune et en forme moi aussi. J'étais capable de courir vite, ben plus vite que toi.

Sarah : C'est-tu vrai ?

René : Si je te le dis.

Sarah : Pis les bons côtés, c'est quoi ?

René : Quand on vieillit, notre récompense, c'est qu'on comprend mieux la vie. On savoure avec plus d'attention les p'tits moments merveilleux. Justement ce matin, un p'tit bonheur sur deux jambes est venu cogner à ma porte pour me demander de l'accompagner au parc. Ça, ça fait plaisir!!!

Sarah est toute contente.

René : Je te dis que t'en fais des faces, toi.

Petit temps

René : C'est certain que je m'ennuie par exemple. Ça, je trouve ça dur.

Sarah : Je vais toujours m'occuper de toi, moi, grand-papa.

René : C'est ben fin de me dire ça, mais je le sais que tu vas grandir et que tu vas avoir d'autres activités en tête plus tard. Le pepère va prendre le bord.

Sarah : Non, moi, j'ai un grand coeur. Y va toujours y avoir de la place pour toi dedans.

René : Moi aussi dans mon coeur, y a une place spéciale pour toi, juste pour toi.

Sarah : Grand-Papa, je le sais ce que je vais faire. Y nous ont demandé nos idées pour le nouveau gouvernement. Je vais proposer une loi pour qu'on s'occupe toujours des grands-parents.

René : Ah oui ! Le gouvernement des enfants. Est bonne celle là ! Je pensais jamais que je verrai ça de mon vivant.

Sarah : Justement, Dominique est là-bas. (Elle crie vers les coulisses) Dominique, Dominique, viens ici.

Dominique arrive flanquée de Mireille et Alexis.

Dominique : Oui !

Sarah : Dominique, j'ai trouvé une suggestion, sors ton calepin.

Dominique fouille dans son sac pour sortir un calepin et un crayon. Mireille prend son Tamagotchi dans ses mains.

Dominique : Je t'écoute.

Sarah : Je voudrais une loi pour qu'on s'occupe toujours des grands-parents.

Alexis : Drôle d'idée !

Sarah : J'ai le droit de demander ce que je veux.

René à Mireille : T'as encore ton Tatagotchi ?

Mireille : Mon Tamagotchi. Je suis rendu à 18 jours.

René : Bateau ! (C'est un patois)

Alexis : Essayes-tu de battre un record ?

Mireille : Non ! Je fais ça parce que ça me tente.

Alexis : Moi, j'ai battu un record au jeu Super Speed Racer.

Mireille : As-tu la dernière version ?

Dominique : Pour être "up to date", on peut "downloader" la dernière version sur le site de Microsoft.

René : Bonyeu, je comprends rien à votre jargon. Je pense que je vais aller retrouver les jeunes de mon âge pour voir s'ils parlent le même langage que moi.

Sarah : Salut grand-papa !

René : Au revoir ma chouette !

René s'en va.

Alexis : Tiens, pendant que ton carnet est sorti Dominique, je vais te donner mon idée.

Dominique : Parfait !

Alexis : Tout le monde, même les adultes, devraient avoir une récréation obligatoire à tous les jours de la semaine.

Dominique : Une récréation pour tout le monde ?

Alexis : Oui, comme ça, toute la population ferait de l'exercice physique et serait en forme. Fini les engorgements dans les hôpitaux, fini les problèmes du budget dans la santé.

Mireille : Si on n'aime pas faire de l'exercice ?

Alexis : T'aurais pas le choix. Ça te forcerait à lâcher tes jeux d'ordinateurs.

Dominique : Moi, j'aime mieux les ordinateurs que l'exercice.

Alexis : Comme dit mon prof d'éduc : "Un esprit sain dans un corps sain". Tu devrais savoir ça, madame la bolle.

Dominique : Appelle-moi pas comme ça, j'aime pas ça !

Alexis : Ben quoi, c'est vrai que t'es une bolle. Accepte-le !

Mireille : Pis toi, t'es pas mieux, monsieur sport. T'as rien dans la tête et tout dans les bras.

Alexis : Ça me dérange pas. Au moins, moi, je l'accepte.

Dominique : Le sport, ça va te donner quoi plus tard. Je suppose que tu rêves comme tous les p'tits gars de devenir joueur de hockey. Avec des connaissances, on peut facilement avoir une job de chercheur. C'est bien payé à part ça.

Alexis : Plus tard, je vais me partir une compagnie d'exercice physique et je vais avoir mon émission à la télé.

Sarah : Ah ah ! J'ai hâte de voir ça.

Dominique : Toi, Mireille, qu'est-ce que tu veux faire plus tard ?

Mireille : Je le sais pas. Pour l'instant, je m'occupe de mon Tamagotchi.

Alexis : Tu vois loin !

Sarah : Moi, je vais m'occuper de mon grand-père.

Gwenaël arrive.

Alexis : Salut Gwen !

Gwenaël : Je vous souhaite une bonne journée.

Alexis : Toi, t'es comique quand tu parles.

Gwenaël : Pourquoi, je vous prie ?

Alexis : Tu parles bien "Pourquoi, je vous prie", "Je vous souhaite une bonne journée".

Dominique : Faut la comprendre, elle apprend le français dans des livres.

Alexis : Je vais y apprendre moi à parler comme du monde. Au lieu de dire "Je vous souhaite une bonne journée", dis plutôt "Salut gang !". Répète après moi "Salut Gang!".

Gwenaël : Salut Gang.

Alexis : C'est presque ça !

Sarah : Au lieu de dire "Pardon, je vous prie", tu peux répondre "Quessé tu veux, toué ?"

Gwenaël : Quessé tu veux, toué ?

Mireille : C'est ça. Pis quand tu sais pas quoi dire, t'as juste à dire "Cool".

Gwenaël : Cool.

Mireille : Bien. T'as juste à mettre des "Cool" partout, comme ça tu vas avoir l'air cool.

Gwenaël : Cool.

Dominique : C'est pas du bon français que vous lui apprenez.

Alexis : C'est pas grave ça. Au moins, on va la comprendre.

Mireille : Une règle ben importante, c'est que tu peux ajouter les mots "genre" et "comme" n'importe où dans une phrase.

Alexis : L'école, c'est comme plate. La gymnastique, c'est genre le fun.

Mireille : Jouer aux jeux vidéo, c'est comme genre trippant.

Gwenaël : C'est comme genre trippant !

Dominique : C'est vrai qu'on va mieux la comprendre.

Gwenaël : Cool !

Sarah : T'as compris !

Gwenaël : Moi aussi, j'aimerais ça genre participer à votre gouvernement. En tant qu'immigrée, j'ai comme quelque chose à dire.

Dominique : T'as juste à venir avec moi. On a justement une réunion de comité bientôt.

Gwenaël : Cool !

Dominique et Gwenaël partent d'un bord, les autres, de l'autre bord.

 

Scène 9

Adrien arrive seul sur scène. Il est nerveux. Il a l'air fatigué.

Adrien : Je dois toujours m'occuper de tout. Les autres partent en vacances, mais, moi, je reste pour travailler. La job plate, c'est toujours pour moi. Les honneurs, les médailles et les récompenses, c'est pour les autres par exemple. Qu'est-ce que vous voulez, ça prend du monde pour travailler dans l'ombre !

Il vient pour s'en aller. Mireille arrive avec son Tamagotchi.

Adrien : Qu'est-ce que tu veux, Toi ?

Mireille : Je voudrais parler à Samantha.

Adrien : Tout le monde veut parler à Samantha : les médias, les syndicats, les enfants, même Céline Dion veut parler à Samantha.

Mireille : Ah bon !

Adrien : Qu'est-ce que tu lui veux ? Je peux toujours lui faire le message.

Mireille : Je voulais lui dire que j'étais rendu à 21 jours avec mon Tamagotchi.

Adrien : Tu voulais juste lui dire ça ?

Mireille : Oui ! Regardez, il demande justement qu'on le flatte.

Adrien se penche pour regarder.

Adrien : Ben oui, c'est donc drôle ! Ç'est ça un Tamagotchi ?

Mireille : Oui !

Adrien : Où est-ce que tu l'as pris ?

Mireille : Dans un magasin.

Adrien : Ah bon... Dis-moi ton nom, je vais faire le message à Samantha.

Mireille : C'est Mireille !

Adrien : Bien Mireille, je n'oublierai pas.

Mireille : Parfait, merci.

Mireille s'en va. Adrien vient pour partir lui aussi, mais Cédric arrive au devant de lui.

Adrien : Encore un autre ! Est-ce que tu veux parler à Samantha toi aussi ?

Cédric : Non ! Moi, je suis le garde de sécurité de Samantha.

Adrien : Ah oui ! Habituellement, ils sont un peu grands que toi.

Cédric : C'est pas la grandeur qui compte.

Adrien : Je veux bien croire... En tout cas.

Cédric : Samantha s'en vient ici et je viens vérifier si tout est en ordre.

Adrien : Elle s'en vient ici. Parfait ! Tu lui diras que tout le monde veut lui parler et que je commence à être pas mal tanné de cette histoire de gouvernements des enfants. Je m'en vais chez nous me reposer et il sera impossible de me rejoindre. D'ailleurs, je ferme mon cellulaire.

Adrien s'en va. Cédric fait le tour pour vérifier.

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