Touché au coeur
Scènes 1 à 6

Prologue

Sur une musique de suspense, Nicolas arrive tranquillement. Il ouvre sa case. Comme une chatte, Ève se dirige vers lui. Elle sort son arme. Avec son pied, elle bouscule Nicolas qui tombe à la renverse.

Ève : C'est la fin. J'arrive à destination. Je te termine et c'est la consécration. Ah ! Ah ! Ah !
Nicolas vient pour faire un mouvement.

Ève : Ne bouge pas ou je tire. Si mes calculs sont bons, nous sommes les deux derniers joueurs. Tu ne trouves pas ça excitant.

Nicolas la regarde sans rien dire. Ève lui tire dessus.

Ève qui jubile : J'ai gagné ! J'ai gagné le jeu ! Je l'avais dit ! Je suis la meilleure. Ah ! ah ! Ah !

Noir

Voix off : une semaine plus tôt.

 

Scène 1 : Nicolas, Clara et Claudia

Nicolas entre en fredonnant une chanson populaire. Il ouvre sa case et y dépose rapidement ses affaires. Il prend une chaise, tire une table vers lui, dépose des feuilles pêle-mêle et se concentre sur un devoir. Claudia arrive, s'arrête, sort un petit miroir de son sac ou de sa sacoche et vérifie son maquillage. En coulisse, on entend la voix criarde de Clara.

Clara : Claudia ! Claudia !

Clara va rejoindre Claudia qui range son miroir.

Claudia : Qu'est-ce qui a ?

Clara : Ah rien ! Je voulais juste te parler. Aie, t'a un beau chandail.

Claudia : Merci.

Clara : Tu l'as acheté où ?

Claudia un peu surprise de la question : Je me souviens plus trop. Dans une boutique.

Clara : Y est vraiment cool en tout cas. As-tu été au party chez Richard hier ?

Claudia : Oui, c'est pour ça que je suis un peu scrap à matin. J'ai les yeux cernés.

En disant cela, Claudia recule pour s'asseoir sur le bord de la table où Nicolas fait son travail. Celui-ci tasse ses feuilles rapidement. Il écoute le reste de la conversation sans trop savoir quoi faire.

Clara : Je veux voir !

Clara étire les yeux de Claudia avec ses doigts.

Clara : Ben non. Sont corrects tes yeux. Est-ce qui avait beaucoup de monde ?

Claudia : J'espère, on avait même pas de place pour s'asseoir.

Clara : Fait que t'as passé la soirée debout.

Claudia : Pas toute la soirée.

Clara : Ah oui Comme je te connais, t'as du te trouver un gars pour finir ça en beauté.

Claudia : On peut rien te cacher.

Clara : C'est qui ? Est-ce que je le connais ?

Claudia : Ben là !

Clara : T'as raison. C'est pas de mes affaires. Excuse-moi, je suis trop curieuse.

Claudia : Tu devais pas venir au party, toi ?

Clara : J'ai pas pu. J'avais trop de téléromans d'enregistrés sur ma cassette. Il fallait que je les écoute pour rester à jour.

Claudia : Est-ce que t'as le dernier épisode du " Château des passions " ?

Clara : Tu veux dire l'épisode où Brad apprend que sa fiancée est en réalité sa sur.

Claudia : Conte-moi le pas !

Clara : Ça m'a tellement bouleversée. Je voudrais pas que ça m'arrive.

Claudia : T'as même pas de chum, comment voudrais-tu que cela t'arrive ?

Clara : J'ai peut-être pas un gars à chaque soir, moi. Mais un jour, je vais avoir un chum pis ça va être le plus beau gars qui a jamais eu.

Un peu frustrée, Clara part subitement. Claudia hausse les épaules, regarde Nicolas qui lui fait un sourire un peu niais. Claudia part à son tour.

 

Scène 2 : Nicolas et Hugo

Hugo entre. Il est encore sous l'effet du party. Il titube et accroche la table de Nicolas toujours concentré dans ses travaux.

Nicolas : Voyons !

Hugo : Désolé, j'ai de la misère avec mon équilibre.

Nicolas : Ben assis toi !

Nicolas pousse sa table pour laisser un peu de place à Hugo qui s'assoit et se prend la tête.

Hugo : Ça bouge. J'hallucine encore.

Nicolas : Bienvenue dans la quatrième dimension. Nous prenons le contrôle de votre appareil.

Hugo : Quoi ?

Nicolas : Laisse faire.

Hugo : Qu'est-ce que tu fais avec tout ce tas de feuilles ?

Nicolas : Je suis en train, ou plutôt j'essaie d'écrire la conclusion de mon travail de Français. Il faut remettre ça à matin.

Hugo : Ah non !

Nicolas : Tu l'as pas fini.

Hugo : Je l'ai même pas commencé. J'ai vraiment oublié.

Nicolas : Un travail de quinze pages qui compte pour la moitié de la session. Ça va te coûter cher.

Hugo : Je suis tellement dans la brume ces temps-ci.

Nicolas : Il faudrait que tu ralentisses un peu. T'es rendu que tu fais le party même les soirs de semaine.

Hugo : Je le sais, mais j'ai tellement d'occasions pis j'ai pas le goût de gaspiller ma jeunesse à étudier. Il faut vivre man.

Nicolas : C'est une manière de voir les choses.

Hugo : Juste hier, au party à Rich, j'ai rencontré une super belle fille.

Nicolas : Je gage qu'elle s'appelle Claudia.

Hugo : Comment tu sais ça ?

Nicolas : Disons les nouvelles voyagent vite dans cette école pis quand un gars se tape une fille, il y a une chance sur deux pour ce ça soit Claudia, t'sé veut dire !

Hugo un peu mêlé : Eh oui !

Nicolas : Fa que toi pis elle, vous avez

Hugo : Me semble que oui, je suis plus certain.

Nicolas : Elle, de son bord, elle a l'air de s'en souvenir plus que toi.

Hugo qui se met à rire un peu : On a fait ça sur le lit à travers les manteaux. Ah Ah !

Marie-Soleil passe et s'en va à sa case.

Nicolas qui la regarde passer : Je l'ai jamais vu, elle.

Hugo qui revient sur le sujet : En tout cas, au moins, moi, je me déniaise. Je reste pas là planté à adorer une fille sans lui dire.

Nicolas : C'est pas ça !

Hugo : C'est quoi d'abord.

Nicolas : J'attends juste le bon moment.

Hugo : T'es drôle avec tes raisons. Le meilleur moment, c'est tout de suite. Veux-tu que je lui en glisse un mot.

Nicolas : Fais jamais ça !

Hugo : Pourquoi ? Je veux juste te rendre service.

Nicolas : Si tu veux me rendre service, mêle-toi pas de ça, compris ?

Hugo : Ok, cool.

Petit temps.

Hugo : Y paraît qu'ils vont organiser un jeu de Tag dans toute l'école.

Nicolas : Qui ça ?

Hugo : Le Comité de la vie étudiante.

Nicolas : Tag, c'est le jeu où on se court après avec des fusils à suce.

Hugo : Tu cours pas après n'importe qui. Quand tu t'inscris, ils te donnent la photo de quelqu'un que tu dois tuer. Si tu réussis, tu prends le contrat de la personne que tu as abattu jusqu'à ce qu'il reste rien qu'une personne.

Nicolas : C'est violent !

Hugo : Ben non, c'est buzzant. C'est juste des fusils à suce.

Nicolas : Ça donne quoi.

Hugo : Le survivant gagne le voyage de fin d'année gratis.

Nicolas : Wow !

Hugo : Tu changes d'avis là !

Nicolas : Ah non ! Dans le fond, j'ai pas le temps. J'ai des affaires plus importantes que ça à faire. Pis toi aussi d'ailleurs. T'as un travail de quinze pages à remettre.

Hugo : Fatigue-toi pas. Je vais trouver quelque chose sur Internet. Tu vas voir, m'as t'arranger ça vite.

Nicolas : Si tu fais du plagiat, tu peux te faire mettre à la porte de l'école.

Hugo : L'important, c'est de ne pas se faire pogner. Tu changes un mot par ci et par là. Tu rajoutes des fautes d'orthographe et le tour est joué.

Nicolas : C'est dangereux quand même.

Hugo : Faut prendre des risques dans la vie. C'est ça qui est intéressant. Tiens, la v'la.

 

Scène 3 : Nicolas, Hugo et Ève

Ève entre, sûr d'elle, et se dirige vers les deux gars. Nicolas se redresse et se tient droit.

Ève : Allo, les petits monsieurs. Ça travaille fort à ce que je vois.

Nicolas un peu nerveux en voyant la fille qu'il aime secrètement : Eh non ! Eh oui !

Ève à Nicolas : T'es en train de terminer ton travail long.

Nicolas qui ramasse ses feuilles : C'est ça.

Ève : Moi, ça fait longtemps que je l'ai terminé. Je l'ai même déjà remis. Le prof m'a dit que j'allais sûrement avoir une bonne note.

Nicolas : Moi aussi j'ai terminé. C'est juste que je le relis pour être certain qu'il n'y ait pas de fautes.

Ève : Veux-tu que je jette un coup d'il. Je suis assez bonne en Français.

Nicolas : C'est beau, merci. Ma mère est secrétaire. Elle m'a tout vérifié ça.

Ève : Donc, t'as pas besoin de stresser.

Nicolas : Je suis pas stressé.

Hugo ricane un peu.

Ève : Êtes-vous au courant pour le jeu de Tag ?

Hugo : Certain.

Nicolas fait oui avec la tête.

Ève : Y a une place pour le voyage de fin d'année à gagner.

Hugo : Sais-tu comment il faut faire pour s'inscrire ?

Ève : Les formulaires d'inscription sont disponibles à partir de ce midi à la Coop. Je vais aller m'en chercher un. Voulez-vous que je vous en apporte ?

Hugo : C'est smatte ! Amène-moi z'en un, mais laisse faire pour Nicolas, y joueras pas.

Ève : Comment ça ?

Hugo : C'est trop violent qui dit.

Nicolas : Ben non.

Hugo : Tu m'as dis ça tantôt.

Nicolas : Oui, c'est violent, mais C'est comme le hockey. C'est violent, mais ça ne m'empêche pas de jouer.

Hugo : Tu changes d'idée.

Nicolas : J'étais juste pas décidé.

Hugo : Asteure que tu sais que Ève joue, tu plonges.

Nicolas : C'est sûr que le voyage de fin d'année, c'est intéressant.

Ève : Ben, je trouve ça le fun que tu joues.

Nicolas : Ah oui !

Ève : Parce que j'ai bien l'intention de gagner pis c'est toujours plus facile d'abattre les personnes qu'on connaît.

Ève fait le mouvement d'abattre Nicolas et Hugo. Puis, elle souffle sur son doigt. Hugo déconne en faisant le mort.

Hugo à Ève : Mais, il y a une chose importante que tu dois savoir à propos de Nicolas.

Ève intéressée : Ah oui, Quoi ?

Nicolas regarde Hugo avec des gros yeux en le pointant du doigt.

Hugo : C'est que Nicolas aussi te connaît, donc, ça fonctionne dans les deux sens.

Ève : Ça devient une question de vitesse. Je me sauve.

Soudainement, elle se retourne et fait semblant de dégainer. Hugo ne réagit pratiquement pas alors que Nicolas lève les bras. Ève part en riant très fort.

Hugo : T'as eu l'air con, ah ah !

Nicolas : C'est ta faute, épais. T'étais pas obligé d'y dire que je voulais pas jouer.

Hugo : Excuse-moi, je ne pouvais pas m'en empêcher.

Nicolas : Pis ça se dit ton chum.

Hugo : Je voulais t'amener à lui révéler ton secret.

Nicolas : Arrête, laisse-moi tranquille avec ça.

Hugo : Bon, bon. Faut que j'y aille. Je vais aller continuer de dégeler ailleurs. On se retrouve ici à midi ?

Nicolas : Ben sûr !

Hugo s'en va.

 

Scène 4 : Nicolas et Marie-Soleil

Nicolas ramasse ses dernières choses et se lève. Quand il vient pour partir, Marie-Soleil qui était resté là à écouter la scène intervient.

Marie-Soleil : Comme ça, tu te défiles ?

Nicolas : Quoi ?

Marie-Soleil : Tu te défiles !

Nicolas : Non, non, je me cherche juste une place pour finir mon travail tranquille.

Marie-Soleil : C'est pas de ça que je veux parler

Nicolas : De quoi d'abord ?

Marie-Soleil : Tu disais que le jeu de Tag était violent. J'aimais ça. Tu voulais pas jouer. Je te trouvais courageux.

Nicolas : Courageux ?

Marie-Soleil : Oui, sauf que tu t'es défilé pour une fille.

Nicolas : Sacrement, fichez-moi la paix avec ça.

Marie-Soleil : Mais tu oublies que les filles aiment les gars qui se tiennent debout. Surtout une fille comme elle.

Nicolas : Coudonc, t'es qui toi pour me parler de même ?

Marie-Soleil : Ton ange gardien.

Nicolas : Fuckée !

Il part. Marie-Soleil esquisse un sourire.

 

Scène 5 : Marie-Soleil et Clara

Clara passe devant Marie-Soleil, mais revient sur ses pas.

Clara : C'est toi !

Marie-Soleil : Oui, je suis " moi ".

Clara : C'est toi la nouvelle qui est arrivée aujourd'hui. On en a parlé au Conseil étudiant. Je suis justement responsable du comité d'accueil. Je m'appelle Clara. Et toi ?

Marie-Soleil : Marie-Soleil !

Clara : Ah ! C'est beau comme nom. C'est pas habituel. C'est comme comme poétique.

Marie-Soleil : Merci.

Clara : Je suis certaine qu'on peut être les meilleures amies du monde. Je vais te présenter. Je connais tout le monde dans l'école.

Marie-Soleil : Je veux prendre le pouls du milieu avant de me saucer.

Clara qui ne comprend pas trop : Ah ! T'es déménagé. Tu viens d'où.

Marie-Soleil : D'un peu partout.

Clara : En tout cas, si jamais tu manques un épisode du " Château des passions ", je les ai tous en cassette à la maison. Je peux même te les raconter par cur.

Marie-Soleil : On a pas de télévision.

Clara : Pas de télé. Ça se peut pas. Tu me niaises.

Marie-Soleil : Non, non, c'est vrai.

Clara fait une drôle de face en voulant dire " bizarre ".

Marie-Soleil : Est-ce que tu sais où est le local de physique ?

Clara : As-tu le beau Jean-Marie Fafard comme prof ?

Marie-Soleil : Eh, je pense oui.

Clara : C'est le fun. On est ensemble. Viens avec moi.

Elles partent. La cloche sonne. Noir.

 

Scène 6 : Ève, Nicolas, Claudia, Marie-Soleil, Jessica, Bob, Hugo et Clara.

L'éclairage est de retour sur la cohue du midi. Ève entre rapidement, va à sa case, y dépose ses livres, prends un sac à lunch et sort de scène. Pendant ce temps, Nicolas entre avec un cabaret de bouffe de la cafétéria. Il s'assoit à une table, dépose son cabaret et met son sac sur une chaise pour réserver une place à Hugo. Presqu'au même moment, Claudia entre, s'assoit rapidement à l'autre table, prend son lunch et plonge dans la lecture d'une revue féminine. Ève sort, elle croise Marie-Soleil qui entre et se dirige vers Nicolas.

Marie-Soleil à Nicolas : Est-ce que je peux m'asseoir avec toi ?

Nicolas qui montre son sac : Y a déjà quelqu'un !

Marie-Soleil : Moi, je vois juste un sac.

Nicolas un peu surpris : C'est pour Hugo. On mange toujours ensemble à cette table-là.

Marie-Soleil : Je vois.

Nicolas : Je m'excuse.

Marie-Soleil se tourne vers Claudia.

Marie-Soleil souriante : Est-ce que je peux m'asseoir avec toi ?

Claudia qui lève à peine les yeux : Y a déjà quelqu'un.

Marie-Soleil pour elle-même : Le prochain coup, j'appellerai pour réserver.

Elle va s'installer à terre dans un coin, sort son lunch qu'elle grignote en lisant un livre sur Socrate. Jessica entre et va à sa case. Bob fait une entrée remarquée. Il parcourt la salle des yeux à la recherche d'une proie. Il repère Jessica et se dirige vers elle.

Bob : Salut beauté !

Jessica, un peu surprise, referme la porte de sa case.

Bob : On se connaît pas encore. Moi, je suis Bob. J'ai une civic modifiée. J'ai entendu dire que tu voulais aller en technique policière. Tu dois aimer ça les voitures pis les gun ? Tu devrais venir faire un tour avec moi, je pourrais te montrer mon artillerie.

Jessica : Fais attention ! Dans mes cours d'auto-défense, on apprend des prises qui pourraient abîmer ton petit fusil à l'eau.

Jessica part et sort de scène. Bob ne semble pas ennuyé par la rebuffade de Jessica. Il se dirige aussitôt vers Marie-Soleil.

Bob : Allo ! T'es nouvelle, toi ?

Marie-Soleil qui se lève pour faire face à Bob : T'as le sens de l'observation.

Bob qui touche à son vêtement : C'est beau ça. C'est original. J'aime ça.

Marie-Soleil : Merci !

Bob : Sais-tu ce qui serait encore plus beau sur toi ?

Marie-Soleil : Non, mais je sens que tu vas me dire.

Bob : Moi.

Marie-Soleil roule les yeux vers le haut en signe d'exaspération : Je porte rien de kétaine.

Marie-Soleil se laisse tomber pour se rasseoir et reprend sa lecture.

Bob pour lui-même : Elle a du caractère la nouvelle. C'est intéressant !

Il aperçoit Claudia. Il va s'asseoir à sa table. Il pige dans son lunch.

Bob : Bonjour ma belle Claudia !

Claudia : Tu joues les goélands aujourd'hui.

Bob : Coudonc, vous êtes toutes agressives à midi. Je comprends pas, moi qui est plein d'attention pour les filles.

Claudia : Tu devrais peut-être changer tes techniques d'approche.

Bob : Tu trouves ?

Claudia : Honnêtement Bob, avec tes répliques de gigolo, ça doit pas mordre souvent.

Bob : Tu serais surprise, j'ai un tableau de chasse assez bien garni. Mais, il me manque encore quelques beaux morceaux.

Claudia : Je te vois venir.

Bob : Parfois, il faut travailler plus fort. C'est là que ça devient intéressant. C'est là que le plaisir commence.

Claudia : Qu'est-ce que tu vas m'offrir ? D'aller faire un tour dans ta minoune. Ça me prend plus que ça.

Bob : Tu sais, on est de la même race nous deux. On devrait trouver un terrain d'entente.

Claudia : Tu penses que c'est facile de m'avoir.

Bob : C'est pas ça que je veux dire.

Claudia : Ben, tu veux travailler, tu vas travailler. Est-ce que tu vas t'inscrire au jeu de Tag ?

Bob : Je sais pas, pourquoi ?

Claudia : Moi, je vais jouer. Et si tu réussis à m'abattre, je vais garnir ton tableau de chasse. Tu saisis ?

Bob : Très bien. C'est un beau défi.

Claudia : Alors, bonne chasse !

Bob en se levant : Je m'en vais me chercher une formule d'inscription tout de suite. On va se revoir.

Claudia est déjà replongée dans sa revue. Bob part. Hugo arrive et va rejoindre Nicolas qui enlève le sac sur la chaise pour faire place à son ami.

Nicolas : Qu'est-ce que tu faisais ?

Hugo : C'est à cause du prof de Français qui m'a gardé après le cours.

Nicolas : Vas-tu avoir une extension pour ton devoir ?

Hugo : Y veut rien savoir. Y dit que j'ai tellement étiré l'élastique qu'il va péter. Y parle même de soumettre mon cas à la direction. C'est un con !

Nicolas : Remarque, je te regarde aller, pis je trouve qu'il n'a pas complètement tort. Me semble que depuis quelques semaines, t'es sur la pente descendante. T'es souvent dans la brume. Il faudrait peut-être que tu ralentisses un peu.

Hugo : Ah ! Ça me tente plus de penser à ça. On change de sujet.

Nicolas : Tu manges pas ?

Hugo : J'ai pas de lunch, j'ai pas d'argent pis j'ai pas le goût de me taper la bouffe dégueulasse de la café.

Nicolas : T'as pas d'argent pis tu travailles quasiment 40 heures par semaine à la station d'essence ?

Hugo : Ben, ça coûte cher sortir.

Nicolas : Je veux ben croire, mais

Ève revient à ce moment. Elle s'adresse aux deux gars.

Ève : Salut les boys !

Elle fait signe à Nicolas de se tasser. Celui-ci se déplace pour prendre la chaise libre à côté de Claudia. Il tourne la chaise vers Nicolas et Ève qui, elle, se retrouve assise entre les deux gars.

Ève : J'ai une pile de feuilles d'inscription pour le Tag. Il faut les remettre avant vendredi.

Hugo : C'est bien !

Claudia qui tourne son attention vers eux : Est-ce que t'as une feuille de trop ? Je voudrais m'inscrire moi aussi.

Hugo qui regarde Claudia intéressé : Tu vas jouer ?

Claudia : Certainement !

Ève : J'ai les règlements ici.

Nicolas : C'est simple. On reçoit la photo de quelqu'un pis on doit le tuer avec un fusil à fléchette. Quand on réussit, notre victime doit nous donner la photo de la personne qu'elle poursuivait jusqu'à temps qu'il ne reste plus que deux personnes.

Ève : Il faut tuer la personne quand elle est seule, c'est important.

Hugo : Ça veut dire qu'on ne peut tirer personne en pleine classe.

Nicolas : Ça ferait trop capoter les profs.

Claudia : Et si jamais on se retrouve avec notre propre photo ?

Ève : Impossible ! Les organisateurs s'arrangent pour faire un cercle parfait. Y a juste le dernier ou la dernière qui peut récupérer sa photo.

Hugo : Ça va vraiment être capotant. Il va toujours falloir se surveiller pis s'organiser pour pas être tout seul. Juste pour ce feeling-là, ça vaut la peine.

Ève : Moi, si je joue, c'est pas pour le feeling, c'est pour gagner.

Hugo : Gagner, gagner Il va peut-être y avoir 75 ou 100 joueurs pis juste un gagnant.

Ève : Une gagnante ! Ça va être moi, je te le dis.

Hugo : Si tu veux.

Clara surgit à ce moment.

Clara : Salut tout le monde ! Ça va bien ? Ah ! Vous êtes en train de vous inscrire pour le jeu.

Nicolas : On peut rien te cacher.

Ève : Est-ce que tu vas jouer, toi ?

Clara : J'ai pas ben le choix, je suis dans le Conseil étudiant. Mais, moi, c'est la photo qui m'énerve. Je suis jamais ben bonne dans les portraits. Je trouve que j'ai l'air folle.

Hugo : C'est fidèle à la réalité.

Les autres rient un peu.

Clara : Hein !

Clara aperçoit Marie-Soleil qui lit toute seule dans son coin.

Clara : Marie-Soleil ! Qu'est-ce que tu fais là toute seule dans ton coin ?

Marie-Soleil lève la tête et Clara se dirige vers elle.

Clara : Reste pas par terre. Viens avec la gang.

Hugo : Y reste plus de chaise.

Clara : Je vais vous en trouver des chaises, moi.

Elle amène Marie-Soleil vers le groupe.

Clara : Attend-moi là !

Clara sort de scène. Marie-Soleil reste plantée là devant le groupe. Une certaine gêne s'installe. Clara revient avec une chaise qu'elle place à côté de Nicolas. Elle assoit Marie-Soleil sur la chaise.

Clara : Je vous présente Marie-Soleil. C'est une nouvelle. Elle vient d'arriver.

Tout le monde se regarde en ne sachant pas quoi faire.

Claudia : Ben moi, il faut que j'y aille. Je dois passer au secrétariat avant la cloche.

Claudia se lève et part.

Ève : Moi, j'ai déjà rempli ma formule. Je vais aller la porter.

Ève se lève, les deux gars font de même.

Nicolas : Faut qu'on se sauve. On a des choses à régler.

Clara et Marie-Soleil restent seules.

Marie-Soleil : C'est chaleureux !

Clara : T'en fais pas. Sont juste un peu gênés, mais sont ben fins.

Marie-Soleil : J'aime mieux les individus que les groupes d'individus. Les gens sont toujours trop influencés par le groupe.

Clara qui ne pige pas trop : C'est quoi tu lis ?

Marie-Soleil : Socrate.

Clara : Ah oui ! C'est le dernier Danielle Steel !

Marie-Soleil : Non, c'est un livre de philosophie.

Clara : De la philosophie. T'es tu obligé de lire ça pour un cours ?

Marie-Soleil : Non, je lis ça par plaisir.

Clara : Ah oui ! Tu commences en quoi après-midi ?

Marie-Soleil : En math.

Clara : On sera pas ensemble, je rentre en Anglais.

Marie-Soleil : C'est pas grave. Je suis capable de m'organiser. Merci.

Clara : Bye.

Elles sortent chacun de leur côté. Noir.

Scènes 1 à 6

Scènes 7 à 13

Scènes 14 à 17

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