Touché au coeur
Scènes 7 à 13

Scène 7 : Bob, Nicolas, Marie-Soleil, Hugo, Jessica, Ève et Claudia

La cloche sonne. Une cohue d'élèves passe et traverse la scène. Nicolas et Bob les suivent et restent sur scène. Marie-Soleil arrive, va à sa case et suit la conversation des deux gars en rangeant ses affaires.

Bob : Enfin, c'est vendredi. Ça fait cinq jours que j'attends ça !

Nicolas : La dernière heure a été plate, je finissais en religion.

Bob : Moi, j'étais en éduc. C'était pas trop pire.

Nicolas : Je m'ennuyais tellement que je comptais les secondes. Savais-tu qu'il y a 3600 secondes dans une minute ?

Bob : Ouais !

Nicolas : Ben, si tu calcules qu'on a cinq heures de cours par jour et 180 jours d'école, ça fait 3 240 000 secondes qu'on passe assis sur nos chaises.

Bob : Vu comme ça, c'est assez décourageant. Combien y a de secondes dans une fin de semaine ?

Nicolas : Attends un peu Entre le vendredi à 16h et le lundi à 8h, ça fait 64 heures, donc 64 fois 3600 À peu près 230 000 secondes.

Bob : Alors, je vais profiter au max de ces 230 000 secondes pour sortir et dormir le matin.

Nicolas : Il faut aussi se préparer pour le Tag qui commence lundi matin. As-tu été chercher ton gun.

Bob sort un fusil à fléchettes de son sac et le tient comme James Bond.

Bob : Mon nom est Bonneau, Bob Bonneau.

Nicolas rit un peu.

Bob : Inquiète-toi pas, je suis déjà prêt. Surtout que j'ai une mission spéciale.

Nicolas : Qu'est-ce que tu veux dire par là ?

Bob : Image-toi que Claudia m'a lancé un défi. Si j'arrive à l'abattre, elle est à moi.

Nicolas : Wow, tout un défi. Et j'imagine que ce n'est pas pour ses yeux seulement ?

Bob : Non, et pour elle, le monde ne suffit pas.

Nicolas : Tu dois donc faire attention de ne pas te faire tuer tout de suite lundi.

Bob : Il faut que je meurs un autre jour. Seuls les diamants sont éternels.

Nicolas : Sinon, tu n'auras pas d'autre chance.

Bob : Jamais plus jamais.

Nicolas : C'est un jeu dangereux.

Bob : Tuer, n'est pas jouer. C'est vivre et laisser mourir.

Nicolas : Bon, c'est ça, à demain peut-être !

Bob : Demain ne meurs jamais.

Nicolas : Fais attention à toi. Fais pas trop le fou en fin de semaine.

Bob : Bof, on ne vit que deux fois. Faut bien en profiter.

Nicolas : En tout cas, n'oublie pas ton permis de tuer et je suis certain que ça va être une opération tonnerre.

Bob en saluant : Dangeureusement vôtre !

Nicolas : Ben oui !

Bob quitte et Nicolas se retourne vers sa case, mais Marie-Soleil est adossée dessus en train de lire. Nicolas se racle la gorge pour signifier sa présence. Marie-Soleil lève les yeux.

Marie-Soleil : Ah ! Salut !

Nicolas : Qu'est-ce que tu fais là ?

Marie-Soleil : Je lis.

Nicolas : Qu'est-ce que tu fais sur ma case ?

Marie-Soleil qui fait l'innocente : Ah ! C'est ta case ! Excuse-moi. C'est que je suis absorbée par ma lecture. Est-ce que tu connais Socrate ?

Nicolas : C'est un vieux grec.

Marie-Soleil : C'était surtout un philosophe. Son histoire est grandiose. Socrate enseignait la philosophie sur la place publique et il fut accusé de pervertir la jeunesse. On le condamna à mort et, alors qu'il aurait pu se sauver, il demeura à Athènes et accepta de boire un poison. Il mourut en philosophant avec ses disciples.

Nicolas : Ouais pis ?

Marie-Soleil : Il ne s'est pas défilé. Il avait le courage de ses convictions, lui.

Nicolas : Mais, il est mort, lui.

Marie-Soleil : Par contre, 2500 ans plus tard, on en parle encore. Les lâches, on les oublie. Ils passent complètement inaperçus.

Nicolas : Coudonc, j'ai le droit de jouer au Tag si je veux pis j'ai le droit de changer d'idée. On est dans un pays libre !

Marie-Soleil : Ah oui ! On dit cela. Mais, dans ta tête Nicolas, est-ce que tu es vraiment libre ?

Nicolas exaspéré : Tes folle toi ! Laisse-moi tranquille pis tasse-toi de ma case !

Marie-Soleil : Est-ce que j'ai le choix ?

Nicolas : Ben, c'est à moi cette case-là !

Marie-Soleil : Bon, bon, monsieur est possessif. Je vais quitter ton territoire. (Elle imite un chien) Wouf, wouf.

Marie-Soleil se tasse et tourne autour de Nicolas éberlué.

Marie-Soleil : Au revoir James, on se retrouvera.

Elle quitte la scène comme une espionne. Hugo va retrouver Nicolas.

Hugo : Aie salut ! Qu'est-ce que tu fais en fin de semaine ?

Nicolas : Je le sais pas, mais ça commence sur un mauvais pied.

Hugo : Comment ça ?

Nicolas : C'est la nouvelle, Marie-Chose Est weird pas mal. Elle arrête pas de m'achaler parce que j'ai changé d'idée pour le Tag.

Hugo : Laisse-la faire !

Nicolas : Facile à dire.

Hugo : As-tu vu Claudia ? J'essaye d'y parler depuis plusieurs jours. On dirait qu'à me fuit.

Nicolas : Tu veux y parler de votre nuit dans les manteaux ?

Hugo : Je veux savoir à quoi m'en tenir.

Nicolas : Si j'étais toi, j'oublierais ça.

Hugo : Aie, non.

Nicolas : Elle a lancé un défi à Bob. S'il réussit à l'abattre, elle va se donner à lui.

Hugo : Quoi ?

Nicolas : T'as bien entendu. Suis mon conseil. On se rejoint au local de " Donjon " demain ?

Hugo : Ouais.

Nicolas : À demain.

Nicolas quitte. Jessica entre peu après comme si elle était suivie. Elle se retourne subitement, fait semblant de tirer avec son fusil à fléchette et semble très satisfaite. Hugo se retourne pour regarder ce qu'elle fait et continue de mettre ses choses dans sa case. Jessica fait plusieurs fois le mouvement de sortir son fusil comme pour se défendre. Hugo est encore une fois attiré par ses gestes brusques. Ève arrive derrière elle tranquillement et lui fait faire un saut.

Ève : Bouh !

Jessica échappe son arme. Ève rit.

Ève : Surveille tes arrières ma belle, sinon tu vas te faire tirer dans le dos.

Jessica : Aie pas peur. Tu vas voir, je vais être équipée et prête.

Ève : J'ai bien hâte de voir ça.

Jessica : Mon frère est dans police pis y vas me préparer pis me prêter du stock. Je vais être la première arrivée lundi matin. Je vais être camouflée pour attendre ma proie.

Ève : Lundi matin de bonne heure !

Jessica : Oui.

Ève : C'est une bonne idée, ça.

Jessica : Certainement.

Ève : Je vais la retenir. Salut !

Ève quitte. Jessica met son manteau et part également, sûre d'elle. Claudia passe et sort de scène. Hugo l'interpelle.

Hugo : Claudia ! Claudia, je veux te parler.

Claudia revient.

Claudia : Qu'est-ce qui a ?

Hugo : Ben, j'ai essayé de te parler toute la semaine.

Claudia : Pourquoi ?

Hugo : Je pensais qu'après l'autre soir.

Claudia : Ah ! Tu t'en souviens ?

Hugo : Comment oublier ça. C'est que Je me demandais si

Claudia : Tu te demandais si c'était sérieux ?

Hugo : Disons, oui.

Claudia : Poses-toi plutôt la question : est-ce que tu es un gars sérieux ? Pis tu vas avoir la réponse.

Hugo : Je suis plus sérieux que j'en ai l'air.

Claudia : Prouve-le moi.

Hugo : Est-ce qu'il faut que je fasse comme Bob, t'abattre au Tag ?

Claudia : Quoi, t'es au courant de ça ! Les nouvelles vont vraiment vite dans cette école.

Hugo : T'oublie que Bob est un vantard.

Claudia : Très bien. Le défi vaut pour toi aussi. Ça va être doublement excitant.

Hugo : Je vais être plus rapide que Bob, tu vas voir.

Claudia : Je ne vous rendrai pas la tâche facile quand même. Il faudra m'attraper. Au revoir !

Claudia part aussitôt. Hugo retourne à sa case, sort son fusil de son sac, le regarde et le replace. Il prend ses affaires et quitte la scène. Noir.

 

Scène 8 : Jessica et Ève

Nous sommes le lundi matin : début du jeu. Sur un fond sonore tiré d'un film d'action, Jessica entre comme le font les membres d'une escouade d'intervention tactique, c'est-à-dire le fusil à deux mains et prêt à tirer. Elle a une casquette et un genre de gilet pare-balles. Elle sort un walky-talky d'enfant et parle dedans.

Jessica : Le chemin est désert, Joe. Il n'y a pas d'âme qui vive Tu as raison, il faut garder l'il ouvert.

Elle fait une pirouette, rampe et se remet debout pour balayer la salle avec son fusil. Elle reprend son talky-walky.

Jessica : Joe, je crois que j'ai entendu quelque chose. Ça vient de par là (la salle) Joe, est-ce que je t'ai déjà raconté la fois où j'ai déjoué la surveillance de quatre récidivistes qui m'avait pris en otage ? J'ai reçu la médaille d'honneur pour ce fait d'arme.

Ève qui était cachée en arrière des cases, sort et abat Jessica avec son fusil à fléchettes. Ève jubile. Jessica est atterrée.

Ève : Ma première victime, LA première victime du jeu. Ah ah ah ! C'est moi qui vais recevoir la médaille d'honneur. Ah ah ah !

Jessica : C'est impossible !

Ève : Ne t'en fais pas. Tu n'es que la première d'une longue liste.

Jessica : J'avais un gilet pare-balles.

Ève : Les règlements sont très clairs. Aussitôt qu'une fléchette touche une partie de ton corps, tu es hors-jeu. T'as perdu. Maintenant, donne-moi ton contrat.

Frustrée, Jessica ne fait rien.

Ève : Allez !

Jessica sort son contrat (une feuille avec une photo et une description) et la donne à Ève.

Ève : Parfait, voilà ma prochaine victime. (À Jessica) Merci pour ton conseil. C'est une bonne idée d'arriver tôt. Et bonne chance dans tes études, tu vas être une super bonne police. Ah ah ah !

Noir.

 

Scène 9 : Les rappers, Claudia, Clara et Bob

Sur un p'tit beat de rap, Mike et Karl, les deux rappers, entrent et font quelques gestes typiques à ce style.

Mike : J'te dis que c'est tof, la rentrée du lundi matin, man.

Karl : Par chance, man, qui a le jeu de Tag pour mettre un peu de piquant

Mike : Ça l'air que Josée Galichamps s'est fait avoir en sortant de chez-elle.

Karl : Moué, j'ai entendu dire que Bernard Rodrigue s'est fait descendre par sa blonde. Yé locké, man.

Mike : C'est quasiment un drame conjugal.

Karl : Un cas de divorce, man.

Bob s'introduit subitement dans leur conversation.

Bob : Aie les gars, on peut-tu parler ?

Mike : Non, on peut pas. On aime mieux chanter.

Karl s'esclaffe.

Karl : Est bonne celle-là, man !

Bob : Non, sérieux, je voudrais vous parler du jeu de Tag.

Les rappers changent rapidement de ton et deviennent suspicieux.

Karl : Ouais, qu'est-ce qui a ?

Bob : On pourrait peut-être s'échanger des informations ?

Mike : Quelle sorte d'informations ?

Bob : Je vous donne le nom de mon contrat et vous me révélez les vôtres.

Mike : Je sais pas trop, man.

Karl : Qu'est-ce que ça va nous donner ?

Bob : En connaissant des contrats et en faisant votre enquête, vous allez finir par savoir qui vous court après. C'est toujours utile.

Mike : Ouais, peut-être.

Bob : Moi, je cherche à savoir qui a le contrat de Claudia Provost. Si vous pouvez me mettre sur une piste, je vous en serais très reconnaissant. C'est que j'ai un défi spécial avec elle.

Karl : Ouais, man. J'en ai entendu parler.

Bob : Si jamais un de vous deux obtient le contrat Claudia, je suis prêt à faire un échange avec lui.

Karl : On n'a pas le droit de s'échanger les contrats. C'est écrit dans les règlements.

Bob : D'habitude, les règlements, ça vous achale pas trop.

Mike : On veut pas être disqualifié, man.

Karl : Fa que ton marché, ça nous intéresse pas.

Bob : Mais y a rien qui nous empêche de s'échanger de l'information.

Mike : Pourquoi on te ferait confiance. D'habitude, tu nous parles pas. T'es le premier à lever le nez sur nous autres.

Karl : C'est vrai ça, man. Pis débarrasse donc le plancher. On veut pas avoir affaire avec toi.

Bob : Pensez-y bien. Je peux sûrement vous aider.

Mike : Laisse-nous tranquille. On a pas besoin de toi.

Bob : C'est correct. Pas de problème. Mais si vous avez des informations sur le contrat de Claudia, je serai prêt à écouter.

Karl : C'est ça. Scram !

Bob les quitte pour aller à sa case.

Mike à Karl : Qu'est-ce que tu penses de ça ?

Karl : Faut se fier à personne dans ce jeu-là.

Mike : Qu'est-ce que tu vas faire si jamais tu pognes mon contrat ?

Karl : Je vais te liquider body. C'est toute. C'est juste un jeu. Tu feras pareil pour moi. Faut rester cool.

Mike : T'as raison, c'est cool.

Ils se tapent dans les mains et se font des signes de rap. À ce moment, Claudia entre suivie de près par Clara.

Mike : Tiens, voici notre danseuse de claquette nationale !

Karl : J'aimerais ça te voir dans ton costume, tu dois avoir un beau body là-dedans !

Mike en dansant : Fais-nous donc une p'tite démonstration.

Karl à Mike : C'est bon ça !

Claudia sèchement : Vous pouvez pas savoir comment vous êtes con !

Karl : Je pense qu'es frue.

Claudia les ignore et s'en va à sa case. Les rappers sortent en rigolant.

 

Scène 10 : Ève, Sylvie, Claudia, Clara, Hugo, Bob et Marie-Soleil

Ève entre flanquée de Sylvie. Elles se dirigent à la case d'Ève. Claudia prend ses livres et vient pour quitter, mais Clara la rejoint.

Clara : Claudia ! Claudia !

Claudia exaspérée : Quoi ?

Clara : Tu m'avais jamais dit que tu dansais la claquette.

Claudia : Tu me l'as jamais demandé.

Clara : C'est super !

Claudia : Ben voyons, ça intéresse personne.

Claudia sort en laissant Clara bouche bée. Clara s'appuie sur un coin de table pour fouiller dans son sac. L'attention se dirige vers Ève et Sylvie.

Ève à Sylvie : Tu m'as bien compris. Tu ne me lâches pas d'une semelle. Tu me suis partout, même aux toilettes. Tu m'attends à la sortie de chaque cours et tu m'accompagnes jusque chez-moi.

Sylvie : Pas de problème !

À ce moment, Marie-Soleil entre costumée en lapin. Clara, Ève, Sylvie et Bob (qui est toujours à sa case) restent surpris.

Marie-Soleil : Oyez ! Oyez ! Ce message s'adresse aux petits et grands gibiers, aux proies de toutes sortes, aux poursuivis, aux gansters en fuite. La chasse est ouverte. Cachez-vous et portez votre meilleur camouflage car il n'y aura pas de pitié. C'est maintenant la loi du plus fort.

Marie-Soleil bondit comme un lapin et fait le tour d'Ève. Elle se dirige ensuite vers Nicolas et Hugo qui entrent à ce moment. Elle s'adresse à Nicolas.

Marie-Soleil : Monsieur le chasseur, ne me tuez pas. Soyez gentil et rangez votre fusil. S'il-vous-plait, je veux continuer à vivre et à bondir. Youhou !

Marie-Soleil sort en bondissant. Bob quitte également.

Hugo : Méchant numéro !

Nicolas : J'aime mieux l'ignorer.

Ève sort son fusil et le met sous la gorge de Nicolas.

Ève : Salut Nicolas ! Regarde comme mon fusil est chaud. Il a déjà fait une victime.

Nicolas qui éloigne le fusil : Je suis au courant.

Hugo : La mordue des techniques policières a été la première à tomber.

Ève en agitant son arme : On se reverra.

Ève s'en va avec Sylvie.

Hugo : Peut-être qu'elle a ton contrat ?

Nicolas : Je le sais pas, mais j'ai plutôt l'impression qu'elle essaie de me faire peur. Je me demande bien ce qu'elle faisait avec une fille comme Sylvie Durand ?

Hugo : On aurait dit un garde du corps.

Nicolas : C'est ça. Elle s'arrange pour être jamais seule.

Hugo : C'est une bonne idée. On devrait faire ça nous aussi.

Nicolas : D'accord, mais si l'un de nous attrape le contrat de l'autre.

Hugo : On est des chums. On se donne une chance pis on s'avertit. Celui qui a le contrat donne du temps à l'autre, une heure mettons.

Nicolas : Excellent !

Ils s'empoignent.

Nicolas : Comme ça, Ève ne pourra jamais nous avoir.

Hugo : Je voulais aussi te dire que j'ai réussi à parler à Claudia.

Nicolas : Pis, qu'est-ce qui arrive avec votre histoire ?

Hugo : J'ai accepté le défi moi aussi !

Nicolas : Quoi ?

Hugo : Il faut que je la descendre avant Bob et elle est à moi.

Nicolas : Ça va te mener où ?

Hugo : Je le sais, ça pas de sens. Mais, j'ai pas le choix. Je trippe sur cette fille-là.

Clara se faufile dans la conversation.

Clara : Les gars, étiez-vous au courant que Claudia prenait des cours de danse à claquettes ?

Hugo et Nicolas se retournent tranquillement vers elle, l'air mécontent.

Nicolas : Clara, t'as le don d'arriver comme un cheveux sur la soupe.

Clara : Qu'est-ce qui a ?

Hugo : Y a que tu sautes sur le monde sans les avertir.

Nicolas : On parlait de choses importantes et personnelles en plus.

Clara l'air intéressée : Vous parliez de quoi ? Des amours d'Hugo et Claudia ?

Hugo : Là, ça fait. Arrête de te mêler de nos affaires. C'est-tu clair ?

Clara : C'est beau. J'ai compris. Je voulais juste vous aider.

Nicolas : On est capable de se passer de ton AIDE.

Hugo lui fait signe de partir. Ce qu'elle fait d'ailleurs. Elle quitte la scène un peu vexée.

Nicolas : Elle me tombe carrément sur les nerfs avec sa fausse bonne humeur. On dirait qu'elle se pense dans un téléroman.

Hugo : C'est ça ! Tu l'as !

Nicolas : Quoi ?

Hugo : On va lui faire croire qu'elle est dans un téléroman.

Nicolas : Comment ?

Hugo : En y laissant des mots d'amour dans sa case, des mots signés par un beau jeune premier.

Nicolas : Ah oui ! Ça serait drôle. Ma sur a du papier à lettres qui sent le parfum, je pourrais y en piquer quelques feuilles.

Hugo : Elle va marcher, je suis certain. On va rigoler.

Ils sortent en riant.

 

Scène 11 : Marie-Soleil et Clara

Marie-Soleil revient en costume de lapin. Elle va à sa case et commence à l'enlever. Clara est aussi de retour. Elle a l'air un peu dépitée.

Marie-Soleil à Clara : T'as pas l'air dans ton assiette ?

Clara : C'est pas mon assiette, c'est mon bol.

Marie-Soleil : Hein ?

Clara : Mon bol à soupe, y a un cheveux dedans. J'arrive tout le temps comme un cheveux dans la soupe, ça l'air !

Marie-Soleil : Je commence à comprendre.

Clara : J'ai l'impression que plus j'essaie d'être fine, plus le monde est bête.

Marie-Soleil : C'est probablement parce que tu t'y prends mal.

Clara : Je veux juste les aider.

Marie-Soleil : Les gens n'aiment pas se faire aider. Si tu veux le faire, il faut que tu sois subtile.

Clara : Subtile, oui Mais, j'ai pas trop compris pourquoi tu te promenais dans l'école habillée en lapin. C'est un peu bizarre.

Marie-Soleil : J'ai peut-être été trop subtile. C'était ma façon de manifester mon désaccord concernant le jeu de Tag.

Clara : T'es contre ça ?

Marie-Soleil : Oui, d'autant plus que c'est une idée de ton Conseil étudiant.

Clara : Ben quoi, c'est une suggestion qui est venue d'un groupe d'élèves. Ça marche. C'est une activité qui est très populaire.

Marie-Soleil : Mais, c'est violent et franchement dépassé. Surtout après les événements des dernières années dans les écoles américaines. Est-ce que tu te rappelles la tuerie de l'école Colombine au Colorado en 1999 ? Deux jeunes sont entrés dans l'école armée de mitraillettes et de bombes. Résultat : ils ont tué une douzaine de personnes et en ont blessé 70 autres.

Clara : Ça me dit quelque chose, là.

Marie-Soleil : Un an plus tard à Flint au Michigan, un garçon de 6 ans assassine une petite fille de 5 ans en pleine classe. Il était armé d'un revolver qu'il avait trouvé chez son oncle.

Clara : C'est donc ben triste.

Marie-Soleil : Sans parler du Sniper de Washington qui a tué gratuitement 10 personnes et a tenu la ville en otage pendant trois semaines.

Clara : Mais, tout ça s'est passé aux États-Unis.

Marie-Soleil : Y en a, ici aussi, des meurtres dus aux armes à feu. Sans parler des jeux vidéos sanglants, des films d'actions qui sont de plus en plus accessibles aux enfants, de la rage au volant, des gangs de rue. La violence est maintenant omniprésente.

Clara : Ben là, il aurait fallu le savoir avant.

Marie-Soleil : Je sais, vous n'y avez pas pensé. C'est toujours ça le problème.

Clara : Je sais pu trop quoi te dire.

Marie-Soleil : Laisse faire, de toute façon, on est en retard au cours de physique.

Clara qui regarde sa montre : Ah mon Dieu !

Marie-Soleil : J'espère que Jean-Marie va pas nous coller une retenue.

Elles sortent. Noir.


Scène 12 : Bob, Anne-Marie, Mme Fradette, Jenny, Jonathan et Kristel.

Il n'y a personne sur la scène pendant quelques secondes. Anne-Marie arrive, s'appuie sur une case et attend. Bob sort. Il était caché derrière les cases. Il va voir Anne-Marie.

Bob : Salut, Anne-Marie, qu'est-ce que tu fais ?

Anne-Marie : Tiens, si c'est pas le beau Bob.

Bob : C'est parce que je joue au jeu de Tag et j'attends quelqu'un qui devrait sortir de la retenue d'une minute à l'autre. Je dois être seul avec elle si je l'avoir.

Anne-Marie : Moi aussi, j'attends quelqu'un pis je vais l'attendre icitte que ça te plaise ou non.

Bob qui prend un ton enjoleur : Anne-Marie, s'il-te-plait, fais ça pour moi.

Anne-Marie : Arrête Bob, ça pogne pu. Tu m'as eu une fois, c'est assez.

Bob : Tu peux-tu au moins me dire si Kristel Sauvageau est sortie de la retenue ?

Anne-Marie : Quand je suis partie, elle était encore là.

Bob : Bon, c'est au moins ça.

Mme Fradette arrive et se dirige vers Anne-Marie.

Mme Fradette : Mademoiselle Falardeau !

Anne-Marie : Oui, c'est moi.

Mme Fradette : J'ai examiné votre travail de réflexion et j'estime que ce n'est pas satisfaisant. Je vous demande donc de revenir en retenue pour faire les correctifs appropriés.

Anne-Marie : Ah non ! C'est pas vrai.

Mme Fradette : Allez, vous connaissez les sanctions si vous n'obtempérez pas immédiatement.

Anne-Marie : Ok, cool. C'est correct. J'y vais.

Mme Fradette sort suivie d'Anne-Marie.

Bob vers Mme Fradette qui n'est plus là : Chère Madame Fradette, pour une fois, je suis content que vous soyez si pointilleuse. Merci beaucoup.

Bob retourne dans sa cachette. Mais Jenny arrive avec son chum Jonathan. Ils s'installent sur une table pour se minoucher. Bob sort en laissant aller un soupir d'exaspération. Il essaie d'entrer en contact avec eux.

Bob : Excusez-moi !

Les deux autres n'entendent rien.

Bob : Est-ce que ça vous dérangerait de

Bob réfléchit un peu et se décide à taper sur l'épaule du gars. Celui-ci, sans desserrer son étreinte, repousse Bob d'une main. Tout à coup, Kristel revient de sa retenue.

Kristel : Jenny, la Fradette m'a enfin laissée sortir.

Jenny lâche Jonathan. Bob retourne rapidement se cacher.

Jenny : Enfin, il commençait à être temps.

Jonathan : Moi, j'y vais. Je vous retrouve au rave ce soir.

Jenny : Ok, salut !

Jenny embrasse Jonathan une dernière fois. Celui-ci quitte la scène nonchalamment.

Kristel : Tu parles d'une retenue. Je devais écrire une réflexion sur l'apparence vestimentaire en classe.

Jenny : Moyen sujet plate. Qu'est-ce que t'as écrit pour que Mme Fradette te laisse sortir ?

Kristel : Qu'on devrait tous être habillés pareil comme dans le temps que les surs enseignaient. Ça eu l'air de la satisfaire.

Jenny : Je suis contente de ne pas avoir vécu dans ce temps-là.

Kristel : Mets-en !

Jenny : Tu devineras jamais qui sont les invités du rave de ce soir.

Kristel : Je sais pas.

Jenny : DJ Super Whooper and the relishman.

Kristel : Wow ! Pis au rave de samedi, j'ai entendu dire que le grand MC Kodak Flashback sera là.

Jenny : Ça l'air qu'ils vont organiser ça dans la cale d'un gros bateau.

Kristel : C'est hot ! Mais, j'espère qu'on va pas couler. Parlant de couler, ton maquillage est en train de faire comme le Titanic.

Jenny : Ah non ! Attends-moi, je vais aller m'arranger ça tout de suite.

Kristel : Dépêche-toi !

Jenny part et laisse Kristel seule. Bob sort aussitôt de sa cachette et tire sur Kristel.

Bob : T'es morte, je t'ai eu.

Kristel : Ah non ! C'est plate. Je le savais que je me ferais tuer rapidement. T'es sorti d'où ?

Bob : J'étais caché en arrière des cases. Ça fait au moins une heure que je t'attends.

Kristel : T'es un gars patient. C'est quoi donc ton nom ?

Bob : Bonneau, Bob Bonneau.

Kristel : Ça te tenterait-tu de venir à un rave à soir ?

Bob : Désolé, en temps normal, je n'aurais pas refusé une si belle invitation. Mais, j'ai une mission plus importante à accomplir.

Kristel : Dommage, ça sera pour une autre fois.

Bob : Est-ce que tu peux me donner ton contrat ?

Kristel : Tiens !

Kristel fouille dans ses poches et lui donne le contrat en question. Bob le prend et le développe rapidement. Il le lit. Ce n'est pas celui de Claudia.

Kristel : T'as l'air déçu.

Bob : Est-ce que tu sais qui a le contrat de Claudia Provost ?

Kristel : C'est qui ça Claudia Provost ?

Bob : C'est pas grave, merci beaucoup et à la prochaine.

Kristel : Au revoir !

Bob quitte et Jenny revient presqu'aussitôt.

Jenny : J'ai entendu des voix. Je suis arrivé le plus vite possible.

Kristel : Ah c'est rien. Je me suis faite assassinée par un gars super intéressant.

Jenny : Quoi ?

Kristel : Ramasse tes affaires, je te raconte ça en chemin.

Elles quittent. Noir.

 

Scène 13 : Nicolas, Hugo, Clara et Bob.

Au retour des lumières, Nicolas et Hugo sont debout penchés sur une table. Ils terminent l'écriture du faux mot d'amour.

Nicolas : Nous vivrons heureux jusqu'à la fin des temps.

Hugo : Attends, pas trop vite. Comment t'as dit ça.

Nicolas : Nous vivrons heureux jusqu'à la fin des temps.

Hugo : C'est bon. On signe-tu un nom ?

Nicolas : Écris, un admirateur romantique.

Hugo : Ah oui, c'est drôle ça.

Nicolas : Faut qu'on se dépêche, elle doit être à veille de sortir de sa réunion.

Hugo : C'est prêt !

Nicolas : Donne.

Nicolas prend le mot, le plie et le glisse dans une enveloppe rose. Hugo va voir dans le corridor.

Hugo : Vite, elle arrive.

Nicolas place le mot dans une fente de la case de Clara. Bob arrive sur l'entrefaite.

Nicolas : Reste pas là, toué. Viens te cacher avec nous.

Bob : Pourquoi ?

Nicolas : Pose pas de question. Viens-t-en !

Bob suit Nicolas et Hugo qui vont se cacher. Clara arrive et va à sa case. Elle trouve la missive, la développe et la lit.

Voix off de jeune premier : Chère Clara. Récemment, je t'ai aperçu pour la première fois et tu m'est apparu comme une rose à travers les ronces. Tes yeux clairs m'ont sauvagement ensorcelé et ton nom résonne à mes oreilles comme une douce musique. Je rêve de partir avec toi vers des contrées inconnues où notre amour pourra fleurir. Nous marcherons sur la plage vers le soleil couchant. Je t'inonderai de caresses et les vagues berceront nos étreintes. Unis l'un à l'autre, nous vivrons heureux jusqu'à la fin des temps. Un admirateur romantique.

Clara mets le mot sur son cur et hume le parfum de la lettre.

Clara : Enfin !

Elle met la lettre dans son sac et part, la tête dans les nuages. Les trois gars sortent de leur cachette. Hugo et Nicolas se claquent dans les mains.

Bob : J'ai pas trop compris. C'est quoi cette lettre-là ?

Nicolas : C'est une fausse lettre d'amour qu'on lui a écrit.

Bob : Ah oui ! Est bonne !

Hugo qui regarde sa montre : C'est l'heure de mon rendez-vous avec la direction. Tu viens avec moi Nic ?

Nicolas : Je te suis.

Hugo et Nicolas sortent.

Bob pour lui-même : Ça me donne une idée.

Il sort.


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